Nouvelle rubrique sur le site de CAPTURE MAG. Comme il n’est pas forcément possible de traiter toute l’actualité en podcast, certains membres de la rédaction donnent leurs premières impressions sur un film qui fait l’actualité, « à la première personne » comme le titre de la rubrique l’indique ! Cette semaine : HEART OF THE BEAST de David Ayer, un survival avec Brad Pitt et le chien Odin.
L’AVIS D’ÉRICH VOGEL
C’est un film de survie dans la nature, dans la tradition du TERRITOIRE DES LOUPS ou À COUTEAUX TIRÉS. Un vétéran et un chien, tous les deux traumatisés par la guerre, doivent survivre en pleine forêt après un accident d’avion. J’adore la manière dont ils ont caractérisé le chien : cicatrices, dents en titane, cauchemars post-traumatiques… Ils ont tout fait pour qu’il ne soit pas juste un « sidekick ». Comme j’adore les animaux, mais aussi randonner en forêt et les films de survie, j’étais vraiment le public idéal. Le problème, c’est que le film n’utilise pas son très bon pitch. Ça vire vite au catalogue d’obstacles : un pont, un grizzly, des loups… Et quand arrive le climax, on réalise que ni le chien, ni le vétéran, ni leur relation n’ont vraiment évolué. LE TERRITOIRE DES LOUPS parlait du deuil, À COUTEAUX TIRÉS de la solitude et de la trahison. Ici, le syndrome post-traumatique aurait pu être le vrai sujet. Tout est là, mais c’est écrit et réalisé avec une truelle. C’est assez typique de David Ayer. Que ce soit comme scénariste (TRAINING DAY, DARK BLUE) ou dans ses propres films (END OF WATCH, SABOTAGE, FURY – dont j’aime beaucoup certaines scènes), il cherche surtout l’efficacité. La contemplation, le sous-texte, la profondeur, le style, ça ne l’intéresse pas beaucoup. Et dans un film aussi épuré, ça saute aux yeux : world music à la Deep Forest, piano triste, nature mal filmée, scènes d’action qui prennent toute la place. Ça m’a rappelé LA MONTAGNE ENTRE NOUS avec Idris Elba et Kate Winslet, autre très bon principe ruiné par un manque de finesse carabiné. La fin reste malgré tout assez émouvante, parce qu’un homme traumatisé avec un chien traumatisé, ça contient déjà quelque chose. Et il ne faut jamais sous-estimer l’empathie très primaire qu’on développe pour un animal qui souffre à l’écran. Mais même avec ça, l’impression dominante reste celle d’un gros gâchis un peu plouc. Vraiment dommage.
PS : Faudrait faire le même film, mais avec Will Ferrell et un chat.
L’AVIS DE STÉPHANE MOÏSSAKIS
Après BAD TIMES, SABOTAGE, SUICIDE SQUAD, je tiens quand même David Ayer pour l’un des scénaristes-réalisateurs les plus bas du front du cinéma hollywoodien actuel. Autant dire que je ne débordais pas d’envie d’aller voir HEART OF THE BEAST, si ce n’est que cette fois, c’est un chien qui tient l’un des deux rôles principaux. Mine de rien, cela reste une gageure de faire un film tout entier qui reposerait sur la performance d’un chien, et c’est d’ailleurs le tout premier problème du film, qui reste un survival principalement centré sur le personnage de Brad Pitt, qui ne connaît pas vraiment d’évolution, alors que le film aurait dû adopter le point de vue du chien Odin (c’est son nom) sur l’ensemble du récit. Tout au plus, HEART OF THE BEAST repose sur l’idée habile et intéressante de caractériser Odin comme un survivant, car il a connu la guerre en tant que chien de combat, et qu’il en porte les stigmates à la fois physiques et psychologiques. De fait, cela induit l’idée qu’il puisse survivre dans la nature hostile. Malheureusement, ce trait de caractérisation n’est pas vraiment exploité par un récit qui ne déroule pas sa principale thématique. Ainsi, même si la relation entre les deux personnages est aimante et qu’elle prend une place importante, elle ne dépasse que très rarement le cadre de celle d’un maître à son chien, à plus forte raison qu’on ne sent jamais vraiment le danger rôder autour d’eux. Concrètement, cela signifie que les séquences de tension sont désamorcées par des instincts de survie qui semblent totalement manufacturés : le regard d’Odin qui soutient celui de l’ours qui le menace lui et son maître, ou encore cet élan de rage qui permet au personnage de Brad Pitt de se débarrasser d’une meute de loups, alors qu’il vient d’enchaîner trois crises cardiaques. Pendant ce temps, le pauvre Odin est quasiment relégué au second plan durant l’attaque, ce qui confirme que sa caractérisation n’est jamais vraiment confirmée par ses actes. Même souci avec le personnage de Brad Pitt, qui se met régulièrement dans la panade tout seul, et s’en sort aléatoirement, au bon vouloir d’un flashback qui nous rappelle ses attributs guerriers. Il y a donc très peu d’évolution de personnages dans HEART OF THE BEAST, car le cœur émotionnel du film manque à l’appel. Tout ceci reste donc très superficiel, à l’image de ces petites vidéos TikTok feel-good, qui vantent le chien comme le meilleur ami de l’homme. Ça fonctionne sur moi pendant 30 secondes, forcément. Mais pas dans le cas de cet HEART OF THE BEAST, qui soutient d’ailleurs plus volontiers que c’est l’homme qui serait en réalité le meilleur ami du chien. La distinction est malheureuse.