Cette semaine, Marie Casabonne, Vincent Guignebert et Érich Vogel ont vu LEVITICUS et donnent leur avis À LA PREMIÈRE PERSONNE. Une chose est sûre, qu’ils soient d’accord ou pas sur la qualité du film d’Adrian Chiarella, le film leur a fortement rappelé IT FOLLOWS de David Robert Mitchell !
L’AVIS DE MARIE CASABONNE
Précédé de sa réputation en festivals, (Sundance, Étrange Festival, Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg), j’attendais LEVITICUS assez impatiemment, notamment parce qu’on me l’avait pitché comme une sorte de IT FOLLOWS australien queer dans une thérapie de conversion. Et c’est vrai que le film d’Adrian Chiarella est très inspiré de IT FOLLOWS, qui est pour moi l’un des meilleurs films d’horreur des années 2010. On suit ici deux jeunes garçons poursuivis par une entité qui, à la différence de celle du film de David Robert Mitchell, prend l’apparence de l’être aimé. Il y a donc un degré de perversité supplémentaire dans ce pitch, qui fait que le film fonctionne redoutablement bien, puisque le doute est toujours présent quant à l’identité réelle de la personne que les personnages ont face à eux. Alors évidemment, derrière cette idée de créature qui peut prendre le visage de ceux qu’on aime, il y a une métaphore de l’homophobie qui frappe les personnages. Celle de la société, celle de l’Église, qui est très présente dans le film, mais aussi cette homophobie intériorisée par des adolescents qui sont eux-mêmes en train de se débattre avec leur identité et leur désir. Mais ce que j’aime bien, c’est que le film ne se contente pas d’être un film d’horreur à métaphore. C’est aussi un « coming of age » et une histoire d’amour adolescente plutôt tendre et jolie. Visuellement, c’est très beau. Il y a notamment un vrai travail sur la lumière, et sur le décor de cette petite ville industrielle australienne, avec sa communauté, qui renvoie encore une fois au cinéma de David Robert Mitchell. Cette manière de raconter une petite ville à l’échelle de quelques rues, où tout le monde se connaît et où cet environnement finit par devenir oppressant et menaçant. Le casting est vraiment solide, aussi. Mia Wasikowska (CRIMSON PEAK, STOKER) joue la mère de Joe Bird (le petit frère dans l’excellent LA MAIN des frères Philippou) et Stacy Clausen incarne son copain. Je trouve ces deux jeunes acteurs très justes, d’autant plus qu’ils doivent à la fois incarner leur propre personnage, mais aussi la créature lorsqu’elle prend son apparence. Pour moi, LEVITICUS, c’est une très bonne surprise, un premier long métrage peut-être un peu trop référencé, mais maîtrisé de bout en bout. Et j’ai hâte de voir les prochains films de son réalisateur.
L’AVIS DE VINCENT GUIGNEBERT
Il y a beaucoup de choses formidables dans LEVITICUS, à commencer par l’essentiel, cette capacité à peindre avec sensibilité le début d’une romance homosexuelle entre deux ados au sein d’une communauté où le respect de la norme religieuse est poussé très loin, jusqu’à l’intervention du curé local pour une thérapie de conversion ressemblant en tout point à un exorcisme inversé. À partir de ce moment, il y a aussi beaucoup de choses qui ne tournent pas rond dans le film, à commencer par ce démon qui prend la forme de l’être aimé, trop symbolique et conceptuel pour être effrayant, et dont les règles très élastiques d’apparition et de disparition n’aident pas vraiment à clarifier la partie « fantastique » du récit, ni à installer la tension nécessaire à cette forme de récit horrifique. Dans son approche minimaliste et ses monstres à l’allure banalement humaine, LEVITICUS ressemble à un IT FOLLOWS version queer, mais de loin seulement : de près, le premier film d’Adrian Chiarella utilise le cinéma de genre de manière détachée et maladroite pour dénoncer l’homophobie de manière générale et délivrer un joli message d’amour absolu, quand celui de David Robert Mitchell foutait d’abord bien les jetons sans qu’on sache trop quel message il entendait délivrer, peut-être même aucun ce qui n’est pas plus mal.
L’AVIS D’ÉRICH VOGEL
Si les bonnes intentions faisaient des bons films ça se saurait, et tous les films sur le « vivre ensemble » produits en masse par le cinéma français seraient des chefs d’œuvres. Si les bonnes intentions faisaient des bons films, on défendrait carrément LEVITICUS qui nous explique que les personnes homosexuelles méritent de vivre tranquillement leur passion. Le monstre du film, c’est ce qui se met entre les deux ados amoureux. Une entité abstraite qui ressemble soit à l’un, soit à l’autre, et qui les attaque vicieusement. Car voyez-vous, les deux ados vivent dans une communauté ultra croyante, et ont été soumis à un exorcisme étrange quand on a su qu’ils étaient homosexuels. Cet exorcisme crée une entité qui s’incarne en leur amant et, dès qu’ils sont seuls, les agresse sournoisement. Mais si t’as un briquet, il reste à distance. Mouais. Moi j’y crois pas à cette embrouille. Comme je ne croyais pas à IT FOLLOWS et son horreur toute conceptuelle, dont ce film semble s’inspirer beaucoup, notamment au niveau du style, du rythme et du fait que ça ne fait pas peur du tout, jamais. LEVITICUS est hyper bien photographié, et donne envie de suivre la carrière de son chef-op, plutôt que de son réalisateur scénariste, qui nous explique, in fine, que le mal c’est pas bien, et que le bien, c’est pas mal, et que aussi (attention spoiler !) l’amour doit triompher de tout, même entre deux personnes du même sexe. De bien belles intentions, mais pas besoin d’un film pour nous rappeler lourdement tout ça en 2026, non ?