SALUT LES MUSCLÉS

Ce week-end, EXPENDABLES 3 a mordu la poussière au box-office américain. Certains mettent ce bide sur le compte du piratage, étant donné que le film a été illégalement distribué en ligne trois semaines avant sa sortie dans le monde entier. C’est évidemment une raison à prendre au sérieux mais d’un autre côté, quand on tourne le dos à son public de base, il n’est peut-être pas étonnant que celui-ci refuse de se pointer, non ?

À chaque fois qu’il a tenté de draguer le public en suivant une mode lancée par les autres ou en ratissant très large, Sylvester Stallone a foutu sa carrière dans une sérieuse panade. Des titres putassiers comme NEW YORK COWBOY, L’EMBROUILLE EST DANS LE SAC, GET CARTER ou encore MISSION 3D : SPY KIDS 3 en attestent, et c’est probablement le prix à payer pour un comédien qui a bâti sa carrière sur des films d’autant plus honnêtes et intègres qu’ils sortaient des tripes. Le premier EXPENDABLES n’est certainement pas un film de la trempe d’un ROCKY ou d’un RAMBO, mais il avait le mérite d’aller à contre-courant du cinéma d’action moderne, en proposant de mettre en avant des vedettes de la série B et d’anciennes gloires du cinéma d’action des années 80 dans une œuvre pas sophistiquée pour deux sous, mais néanmoins conçue dans la sueur et le sang. Pour Sly, l’enjeu était simple : après avoir donné ses lettres de noblesse au personnage qui l’a rendu célèbre avec ROCKY BALBOA, après avoir permis à John J. Rambo de rentrer au bercail dans JOHN RAMBO, il fallait qu’il démontre qu’il en avait encore dans le ventre, qu’il était bel et bien le « last action hero » de sa génération. Et à 60 ans passés, il a tout donné dans EXPENDABLES, comme si c’était la dernière fois. Mais le succès du film permet aujourd’hui à la franchise de connaître une seconde suite, et les enjeux ont radicalement changé. Il ne s’agit plus d’assurer le spectacle avec ses muscles saillants (depuis EXPENDABLES 2, Sly n’assure même plus ses combats), mais finalement de réunir le plus de vedettes ou de trognes possibles, quitte à les employer n’importe comment : désormais, c’est la taille du casting qui compte, pas ce qu’ils font ! Et ce n’est pas tout d’aller chercher Robert Davi, Wesley Snipes, Harrison Ford, Antonio Banderas ou Mel Gibson, mais encore faut-il leur offrir un semblant de rôle substantiel, une bonne raison d’être là. Ou du moins, quelque chose qui corresponde au moins à leur image publique.

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Le premier problème d’EXPENDABLES 3 est donc qu’il semble distribuer les rôles sans aucune perspicacité. Si Wesley Snipes s’en sort à peu près, du fait que la prison n’a pas trop entaché ses capacités physiques et que le film lui réserve au moins la scène d’ouverture en guise d’introduction, les autres vedettes n’ont pas autant de chance, ou tout du moins ne se la foulent pas autant : Harrison Ford est ici présenté comme un pilote d’hélicoptère émérite histoire d’évoquer le personnage de Han Solo (Indiana Jones était peut-être plus opportun non ?), Robert Davi fait un petit tour et puis s’en va, et Antonio Banderas tape littéralement sur les nerfs en jouant le sidekick bondissant de service. Quant à Mel Gibson, son emploi de bad guy névrotique est tout simplement une erreur de casting monumentale, tant il ne puise dans aucun référent de sa carrière pour vendre l’idée au public. Aucun des trois EXPENDABLES n’a jamais brillé par son écriture, le but de chaque film étant avant tout de se reposer sur les acquis de ses vedettes, avec plus ou moins de lucidité. Mais dans le cas de Mel Gibson, celui-ci n’a jamais donné l’image – au cinéma comme dans sa vie publique – d’un homme d’affaires méthodique et machiavélique qui fraye dans les soirées de l’ambassadeur pour vendre ses pétoires et ses bombes nucléaires (celui qui me cite MACHETE KILLS est viré !). Au contraire même, ce qui vaut à Mel Gibson ses déboires avec les médias aurait plus à voir avec ses tendances maniaco-dépressives et son indélicat franc-parler, et on peut difficilement taxer la star de L’ARME FATALE d’être une sorte de mondain suave et calculateur. C’est dire à quel point le personnage de Stonebanks est à côté de la plaque et de toute évidence, Mel Gibson n’assure finalement que le service minimum, se reposant sur son charisme pour faire passer la pilule, et ne mouillant la chemise que pour un petit combat contre Sly dans la dernière bobine, un mano-a-mano qui n’a d’ailleurs absolument rien d’événementiel, vu le piètre résultat à l’écran.

Autre point très problématique : ce besoin impératif d’apporter du sang neuf à la franchise, en allant ainsi à l’encontre de l’un de ses fondements principaux. De toute évidence, EXPENDABLES a été conçu en réaction à la dérive du cinéma d’action moderne, à une époque où des films comme IDENTITÉ SECRÈTE peuvent se monter sans soucis financiers en faisant passer un gamin de 18 ans pour un véritable homme d’action. EXPENDABLES 3 emploie quatre jeunes gens comme Kellan Lutz, Victor Ortiz, Ronda Rousey et Glen Powell, mais aucun d’entre eux n’a déjà fait ses preuves dans le genre. Et vu le résultat, ils n’ont toujours rien accompli de substantiel, si on excepte éventuellement les coups de tatanes de Ronda Rousey, qui est peut-être la seule à pouvoir prétendre à une carrière prometteuse dans le domaine de l’action, même si le projet n’a rien d’idéal pour démontrer ses capacités de bastonneuse émérite du MMA sur grand écran. Mais là encore, leur présence empiète sur celle du casting original, et les habituels Jason Statham, Randy Couture, Arnold Schwarzenegger et autres Dolph Lundgren sont relégués au rang de faire-valoir, ce qui est définitivement le cas pour le pauvre Terry Crews, qui prend une balle dans le cul en début de film et disparaît jusqu’à la fin, histoire de justifier très mollement la colère du personnage de Sly à l’égard de son ennemi juré. Ce point d’intrigue révèle d’ailleurs une autre problématique d’EXPENDABLES 3, qui a définitivement été pensé pour ratisser large. Pour la première fois dans le cadre de la franchise, EXPENDABLES 3 a été conçu comme un produit classé « PG-13 », ce qui ne signifie pas seulement que le film est expurgé de sa violence graphique (et ça se voit !), mais qu’il faut également mettre la pédale douce sur l’intensité de l’action. Les producteurs promettent une version classée « R » pour sa sortie en vidéo, et les diverses interviews promotionnelles des membres de l’équipe semblent d’ailleurs indiquer que l’issue du personnage de Terry Crews sera totalement différente dans ce montage plus violent. Soyons clairs, il y a très peu de chances que cette version « R » sauve le film de la catastrophe étant donné qu’en l’état, EXPENDABLES 3 répète tous les défauts inhérents à la franchise, sans jamais reproduire aucune de ses qualités. Là encore, il s’agit d’un film à l’intrigue prétexte, dont les travers de production sautent aux yeux (on ne cherche même plus à cacher que les scènes d’action se tournent dans des pauvres décors délabrés d’Europe de l’Est voués à une destruction imminente), où le planning de tournage se monte au détriment du projet, selon les disponibilités de chacun, et dont la longue durée (2h06 !) est tributaire de la taille du casting, et non pas du rythme de l’intrigue. Bref, c’est un ratage en bonne et due forme, qui n’avait par ailleurs aucune bonne raison de tenter de rendre la franchise plus « hype » et sophistiquée (à ce titre, la promo du film était vraiment à côté de la plaque), ou du moins plus « civilisée » aux yeux d’un public qui n’est pas concerné par la sauvagerie intrinsèque du premier film. Quand on lui demande pourquoi EXPENDABLES 3 est classé « PG-13 », Sly répond « parce qu’on le devait à la jeune génération ». Vu la façon dont la « jeune génération » le lui rend bien mal, est-ce qu’il serait possible d’éviter de faire la même erreur pour le prochain RAMBO ?

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TITRE ORIGINAL The Expendables 3
RÉALISATION Patrick Hughes
SCÉNARIO Creighton Rothenberger, Katrin Benedikt & Sylvester Stallone
CHEF OPÉRATEUR Peter Menzies, Jr.
MUSIQUE Brian Tyler
PRODUCTION Avi Lerner, Danny Lerner, Les Weldon, Kevin King Templeton & John Thompson
AVEC Sylvester Stallone, Jason Statham, Dolph Lundgren, Arnold Schwarzenegger, Mel Gibson, Harrison Ford, Wesley Snipes, Ronda Rousey…
DURÉE 126 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 20 août 2014

5 Commentaires

  1. C’est d’autant plus rageant que la réal’ est pas mal dans les deux scènes d’action d’ouverture et dans le final, dommage…

  2. jackmarcheur

    En tous cas la bande annonce est sympa.
    Mais rien que pour Mel, j’aimerais bien voir ce truc.

    Apres, je me demande ce que va faire Sly prochainement. Tain c’est dur de se renouveller !

  3. Moonchild

    Même si je n’en attendais pas énormément, je suis assez déçu par ce troisième volet qui finit par confirmer la pente descendante prise par la franchise.

    Comme le dit S. Moïssakis, on a l’impression que Stallone cherche de manière compulsive à empiler les anciennes gloires du cinéma « d’action » des années 80 et 90 ; or, quand on voit les rôles grotesques qu’il attribue à A. Banderas ou à H. Ford et la sous-utilisation très frustrente (on peut aussi parler de mauvaise utilisation) de M. Gibson, on est en droit de penser qu’il aurait mieux fait de se concentrer sur un nombre restreint de protagonistes afin de les faire exister un tant soit peu (comme dans le premier volet) ; quant à la bande des jeunes « Expendables » qui polluent un tiers du métrage, no comment …

    Et puis, je me suis vraiment emmerdé devant les scènes d’action (Mogadiscio, le final dans l’immeuble), j’ai trouvé qu’elles manquaient de coffre, d’impact, sans compter une mise en scène et un montage bien trop hachés (mais on a l’habitude).

    Après, on peut toujours se dire que les séries des Rocky et des Rambo avaient également filé un mauvais coton pendant un certain temps avant de se reprendre honorablement … l’espoir fait vivre.

    PS : si vous voulez voir un bon film cette semaine, précipitez-vous sur Les combattants, premier film français bien écrit, bien mené, bien dialogué, avec de bons acteurs, en plus c’est drôle, parfois touchant … bref, une réussite quasi complète.

  4. bopiz230

    globalement assez d’accord avec la critique de ce film même si à mon avis expendables 3 ne doit être considéré que comme un film pop corn ou on pose son cerveau de côté pendant 2 heures et que l’on se dit « ha tient ca va être marrant de revoir tous ces bad ass des 80’s »

    a mon sens « sly » avait compris le potentiel du projet avec le second volet, celui-ci faisait exactement ce qu’on lui demandait et que demander de mieux que van dam en bad guy et chuck fucking norris venant lui même tel un deus ex machina sauvé la bande à stalone en nous gratifiant d’un chuck norris fact au passage. Et le film transpirait de cet état d’esprit.

    Ici on sent que la formule s’essouffle, et le film ne restera pas dans nos mémoires.

    Film à voir lors d’un dimanche pluvieux, sans plus.

  5. shai-ullud

    Un film sympatoche avec des effets parfois indignes. Le concept de film d’action bourrin et ultra violent remplis des stars de notre enfance s’est complètement perdu en chemin. Et puis cette façon de lancer des piques pas très subtiles à Bruce Willis dans les dialogues, c’est pathétique surtout qu’au final, c’est peut-être lui qui a eu raison.

    … Et oui, Mon Dieu Schwarzeneger, ça fait déjà plusieurs fois qu’on le dit, mais ce n’est plus possible, si il n’avait pas toute sa filmo derrière lui, on se demanderait pourquoi ils ont mis Jet Li en couple avec ce petit vieux !

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