SUR LE TOURNAGE DE GOSEI SENTAI DAI RENJA

Voilà un beau cadeau de noël ! Il y a quelques jours, est apparue sur la toile une vidéo en tout point exceptionnelle sur les coulisses du tokusatsu. Deux heures de document curieux, amusant et, surtout, extrêmement instructif.

À l’aube des années 1990, le producteur américano-israélien Haim Saban parvient, après moult tentatives infructueuses, à importer sur le territoire nord-américain les sentais, ces séries japonaises narrant les exploits explosifs d’un groupe de super héros colorés et bondissants. Si Saban rachète la plupart des scènes à effets spéciaux, il américanise sans vergogne la série en retournant toutes les séquences dans lesquelles les héros sont démasqués : à la place des acteurs japonais, ce sont des comédiens américains qui jouent les rôles principaux dans des scénettes bêtifiantes, gommant tout ce que les séries originales peuvent avoir d’un peu sombre et, surtout, de premier degré. Le résultat, POWER RANGERS, remporte un succès monumental et fait la fortune de Saban, qui persiste encore aujourd’hui à pervertir l’importation mondiale du tokusatsu. Cette manne financière inépuisable fait d’ailleurs de lui une figure importante des médias et de la politique américaine : Saban est, depuis plusieurs années,  l’un des plus grands mécènes du parti démocrate.

La distribution américaine de POWER RANGERS. Oui, c'est effrayant.En 1992, alors que POWER RANGERS s’apprête à rentrer en production, Saban envoie au Japon Jeff Pruitt, un cascadeur (il a notamment travaillé sur BATMAN, LE DÉFI) et chorégraphe de combats qui sera promu réalisateur de seconde équipe sur la série POWER RANGERS et le film de sinistre mémoire qui en sera tiré. Jeff Pruitt doit alors comprendre comment les Japonais parviennent à emballer une série extrêmement généreuse en action et en effets spéciaux à moindre coût et surtout avec une rapidité défiant toute concurrence. Si la première saison de POWER RANGERS intègre des scènes tirées de KYORYU SENTAI ZYURANGER, Pruitt part sur le tournage d’une autre série de sentai, GOSEI SENTAI DAI RENJA et en rapporte deux heures de vidéo en VHS, commentées par ses soins. Le cascadeur nous explique ainsi en voix-off le déroulement du tournage, transformant ces deux heures d’archive en une mine incroyable d’informations.

L'un des héros masqués de la série japonaise. A chaque code, correspond un type de personnage.On y découvre notamment la méticulosité des Japonais lors du tournage des maquettes, la résistance des comédiens travaillant sous le costume des monstres et des robots géants (les pauvres mecs portent le costume en permanence pour gagner du temps !), la rapidité hallucinante d’une équipe extrêmement disciplinée ou encore le dénuement complet dans lequel travaillent ces humbles ouvriers de la télévision nippone. Dans l’une des plus amusantes séquences de ce document, on entend Pruitt dire d’un ton amusé : « Voici la table régie », en désignant deux vieux bidons, l’un avec un peu d’eau pour que les cascadeurs puissent se désaltérer, un autre permettant de jeter les mégots de cigarettes ! Dans une autre séquence, le cascadeur « gaijin » s’étonne de l’absence totale de protection sur les cascadeurs interprétant un monstre… dont la tête doit exploser ! Si Pruitt filme également les entrepôts bordéliques dans lesquels sont « rangés » les maquettes et les costumes de monstres en piteux état, le documentaire est aussi passionnant en ce qu’il permet de comprendre en quoi la mise en scène des séries japonaises diffère des séries américaines. Parce qu’ils tournent les combats dans la continuité, qu’ils se contentent très souvent d’une seule prise, mais aussi grâce à leur rapidité dans la mise en place, les Japonais parviennent à se passer de « masters shots ». Les angles de caméra sont ainsi démultipliés, chaque action bénéficiant de son propre plan dans cette méthode de filmage qui s’apparente presque à du « tourné-monté ». Évidemment, la tradition du tokusatsu est pour beaucoup dans cette efficacité : on apprend ainsi de la bouche des cascadeurs qu’ils ont tous entre 8 et 19 ans de métier. L’expérience d’une équipe qui ne ménage pas sa peine (ils travaillent souvent sept jours sur sept !) est l’un des secrets de l’incroyable dynamisme du tokusatsu : Pruitt raconte que l’équipe se vante d’avoir filmé plus de 170 plans en une seule journée de travail ! Apparemment, même lors des journées lourdes en effets spéciaux chronophages, l’équipe parvient à emballer aux alentours de cent plans par jour. On vous met au défi d’en faire autant.

Image de prévisualisation YouTube

Une chose est certaine au terme de ces deux heures fascinantes : s’il est parfois déstabilisé (notamment dans l’absence totale de considération sur la continuité), Jeff Pruitt ne cache jamais son admiration pour ses courageux confrères japonais. Et d’ailleurs, si l’approche du genre de Saban est hautement condamnable, il faut rappeler qu’une partie de l’équipe américaine apprendra, au cours de la production des multiples saisons de POWER RANGERS, à respecter et à maîtriser ce genre et ce type de filmage jadis endémiques du Japon. Comme on dit : à quelque chose malheur est bon !

2 Commentaires

  1. Ddx

    A noter que la série étudiée ici (GOSEI SENTAI DAI RENJA) sera utilisée pour construire pour la 2ème saison de Power Rangers.

  2. HellKaiju

    Dairanger est peut etre le meilleur super sentai avec Dekaranger et Shinkenger.

    Peut etre meme l’une des meilleures série jamais fabriquées.

    Le scénario est bon la série est sombre et parfois surprenante dans sa violence (un gosse meurt dès le premier épisode) et l’arc narratif avec Kibaranger est juste mortel (le costume et son mecha sont utilisés pour la saison 2 de power rangers)

Laissez un commentaire