PULP SCIENCE FICTION

Faites chauffer le Psycho-gun ! Cobra, l’un des héros les plus marquants de la japanimation des années 80, fait son grand retour à travers une intégrale remastérisée en haute-définition de la série éponyme. Une bonne occasion pour vérifier que ce titre reste encore aujourd’hui un solide concentré de fun et de dépaysement made in Japan.

Il y a des œuvres qui marquent une enfance mais qui s’avèrent finalement impuissantes à passer l’épreuve du temps. Ce n’est pas le cas de COBRA. Redécouverte plus de 30 ans après sa diffusion à la télévision française, la série adaptée du manga de Buichi Terasawa (élève d’Osamu Tezuka, rappelons-le) et réalisée par le grand Osamu Dezaki (LADY OSCAR, L’ÎLE AU TRÉSOR, RÉMI SANS FAMILLE, les longs-métrages télé LUPIN III des années 90) frappe par sa qualité globale, tant dans son design riche que dans ses scénarios soignés ou encore sa mise en scène recherchée, faite de cadrages surprenants, d’un art consommé du découpage et au final d’une approche très cinématographique de l’animation. Conçue au début des années 80, cette série marche ouvertement sur les brisées de STAR WARS et de l’école Métal Hurlant, régurgitant une imagerie SF tentaculaire, où s’entrechoquent les influences du film de sabre, du western, des récits fondateurs du genre à la Edgar Rice Burroughs, du polar « hard boiled », du cinéma français d’aventures des années 60 (on sait que Terasawa a calqué la physionomie de son héros sur celle de Jean-Paul Belmondo), des films de James Bond ou encore d’écrivains plus sophistiqués comme Philip K. Dick, dont la nouvelle SOUVENIRS À VENDRE – qui donnera naissance quelques années plus tard au TOTAL RECALL de Paul Verhoeven – a inspiré les prémices de l’intrigue (Cobra étant au début un ancien pirate qui a changé de visage et qui a oublié son passé). Personnage badass, macho, goguenard, obsédé sexuel, bon vivant porté sur les bouteilles de marque et n’hésitant pas à tuer ses ennemis sans sommation, Cobra fait figure de dinosaure pour notre époque, de même que l’univers dans lequel il évolue, quasi-exclusivement peuplé de méchants hirsutes sans foi ni loi et de donzelles affriolantes se trimballant en string bikini. Mais si le mercenaire de l’espace a su s’imposer comme une icône de la culture pulp nippone, ce n’est pas juste à ces attributs réjouissants qu’il le doit, mais aussi à une approche aussi ambitieuse qu’intelligente de la part de ceux qui ont conçu cette série captivante.

Les 31 épisodes de la saga forment ainsi un tout cohérent racontant la lutte d’un aventurier contre la Guilde des Pirates de l’espace qui tente d’asservir l’univers. Certes agrémentée de quelques épisodes « standalones », la série n’en est pas moins découpée en trois grands arcs narratifs : le premier décrit la quête du trésor du capitaine Nelson, dont la carte est tatouée sur le dos de ses trois filles (parmi lesquelles la sculpturale Dominique, qui deviendra le « love interest » principal du héros), et voit Cobra y affronter le terrible Crystal Boy ; le deuxième arc – sans doute le plus culte de la saga –  est celui du « Rugball », sport ultraviolent qui fonctionne comme un décalque dégénéré du baseball et que Cobra va devoir pratiquer afin de mettre à jour un trafic de drogue ; enfin, le troisième et dernier arc est celui de l’affrontement final entre l’infâme Salamander, chef suprême de la Guilde des Pirates (dont l’identité réelle reste un sommet d’esprit « pulp » qui serait aujourd’hui impensable), et notre héros, qui recompose pour l’occasion une équipe de mercenaires constituée de vieux amis. Se renouvelant continuellement tant au niveau des ambiances que des personnages (les auteurs n’hésitant pas à faire mourir certains d’entre eux, y compris les plus attachants), la série conserve tout du long son pouvoir d’étonnement, versant même lors de certains épisodes dans un imaginaire passablement barré, comme dans l’épisode très MILLE ET UNE NUITS qui voit Cobra retenu prisonnier par un immense génie lubrique à la tête d’un énorme harem, ou encore celui où notre blondinet de service est confronté au peuple des Swords, des extraterrestres ressemblant à des épées parlantes (!). Même l’utilisation du fameux Psycho-gun (le canon caché dans le bras gauche de Cobra, rebaptisé en français par un « rayon Delta » moins pertinent) fait l’objet de nouvelles séquences à chaque épisode, permettant de renouveler le traitement animé de cet élément attendu par les fans. À la fois malpolie (et on signalera au passage aux spectateurs nostalgiques que le doublage français d’époque est quand même sacrément édulcoré par rapport aux dialogues bien crus de la version originale), sexy, drôle, politiquement incorrecte et bourrée d’action, la série animée COBRA est donc un véritable must de la japanime SF, à redécouvrir de toute urgence.

L’éditeur @Anime, qui nous offre de plus en plus de belles choses ces derniers temps, a soigné le travail pour cette édition intégrale en Blu-Ray, présentée dans un très joli coffret renfermant un digipack dépliant. La remastérisation est de toute beauté, tant au niveau de l’image que du son (pour ce dernier, préférez la version originale, bien plus claire et bien mieux spatialisée), permettant ainsi de redécouvrir la série dans des conditions beaucoup plus satisfaisantes que l’ancienne édition DVD un peu terne. Côté suppléments, même si c’est quand même assez succinct, on a droit à une intéressante interview de 18 minutes du mangaka Buichi Terasawa, quelques variantes des génériques de fin et d’ouverture, ainsi que le mauvais épisode pilote conçu pour le marché américain (et donc disponible uniquement en anglais sous-titré), beaucoup plus bavard et explicatif que son homologue japonais, et nanti d’un Cobra un peu idiot, qui ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Alors que l’une des caractéristiques les plus jouissives du personnage réside justement à la base dans sa capacité à se faire passer pour plus bête qu’il n’est auprès de ses ennemis. Bref, une édition inratable, d’autant plus que, malgré son prix élevé (près de 100 euros dans le commerce), elle reste néanmoins largement moins chère que son pendant japonais. À noter : pour les fans invétérés, le coffret est également disponible dans une version « ultimate » contenant en plus un tee-shirt, un jeu de sous-bocks, un guide des personnages, une série d’illustrations de Terasawa au format photo, un poster et surtout le Blu-Ray du long-métrage COBRA réalisé en 1982, relecture un peu plus friquée mais aussi un peu moins fantaisiste et allumée du premier arc de la série télé. Il manque juste une réplique grandeur nature du Psycho-gun !

TITRE ORIGINAL Space Kobura
RÉALISATION Osamu Dezaki et Yodio Takeuchi
SCÉNARIO Haruya Yamazaki, Kôsuke Miki et Kenji Terada, d’après le manga de Buichi Terasawa
DIRECTEUR ARTISTIQUE Tsutomu Ishigaki et Toshiharu Mizutani
MUSIQUE Kentarô Haneda
PRODUCTION Tatsuo Ikeuchi
VOIX Nachi Nozawa, Yoshiko Sakakibara, Yûko Sasaki, Gara Takashima, Toshiko Fujita, Kiyoshi Kobayashi…
DURÉE 806 mn
DISTRIBUTEUR @Anime
DATE DE SORTIE 28 janvier 2015
BONUS
Interview de Buichi Terasawa
Variantes et comparatif des génériques d’ouverture et de fin
Épisode pilote (version anglaise sous-titrée français)

11 Commentaires

  1. Fest

    COBRA en HD, ça pour une nouvelle !

  2. La version japonaise était déjà disponible la précédentes édition collector de la série parue chez Déclic Image il y a quelques années et qui contenait également le film produit avant la série et le pilote inédit. Dommage de ne pas en avoir causé aussi le film mal aimé est assez captivant aussi et fait quelques entorse à l’esprit de la série.

  3. Fest

    (100 € ah ouais quand même…)

  4. Arnaud BORDAS

    Justin, au temps pour moi : j’avais eu entre les mains l’édition DVD précédent celle de Déclic Image et qui ne comportait pas la version originale. On m’a signalé ce que tu me dis dans ton message et j’ai corrigé le texte du coup. Pour ce qui est du long-métrage, j’en parle justement à la fin du texte : c’est un film effectivement intéressant, principalement pour la finition visuelle plus poussée qu’induit son budget mais personnellement, je trouve que l’univers de Cobra y est un peu amoindri par une volonté de faire quelque chose de plus « noble », de moins barré que la série télé, quitte à verser dans certaines incohérences. Je ne me suis pas plus étendu sur ce film principalement parce qu’il est conçu comme un bonus pour ceux qui pourront se payer le coffret Ultimate mais aussi parce que je le trouve au final moins intéressant que la série, qui représente l’essence même de cette franchise.

  5. Oui je suis d’accord pour le film je préfère l’arc des filles du Commandant Nelson tel qu’il figure dans la série mais visuellement et pour le ton onirique plus poussé (et un Cobra un peu plus vulnérable) ça vaut le coup d’oeil aussi, on trouve même Hayao Miyazaki en scrutant bien le générique !

    Et puis un dernier élément qui tue quand même dans Cobra, la musique de Kentaro Haneda (à qui l’on doit les scores bien épiques de Macross aussi) que recycle brillamment John Barry, Ennio Morricone ou Lalo Schiffrin dans des sonorités easy listening et funky bien classe. Le générique original enterre de loin son pendant français.

    • John Shaft

      A noter que le score comprend également des reprises bien sympa de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak (le 1er mouvement essentiellement si ma mémoire est bonne)

  6. Je me suis refait ce week end le cycle du Rugball , je ne pense pas que cela serais encore possible de nos jours

  7. Leroms

    J’avais également en tête l’arc Rugball que j’ai revu il y a des années lors de la sortie en VHS et qui m’avait scotché dans les 80’s…
    Je craignais le revisionnage (comme dit en début de chronique, certains animes subissent mal le poids des années) mais tout cela me rassure et me motive à me replonger dedans.

  8. Laurent

    Des nouvelles du projet d’adaptation d’Alexandre Aja ?

  9. Moonchild

    Effectivement, une putain de série animée qui n’a pas pris une ride … ah le Rugball …

    Quant à l’éditeur @Anime, même s’ils font un boulot intéressant d’édition (Patéma) et de réédition (Tom Sawyer, Cat’s eyes), ils sont super chérot et apparemment loin d’être irréprochables (qualité d’image, pas de chapitrage sur Cat’s eyes,coffrets mal dimensionnés …). Pour ma part, je me contente de la version Déclic image de Cobra avec la vo, elle est tout à fait satisfaisante

    Pour finir, message perso à Alexandre Aja : par pitié, laisse Cobra où il est (étant donné les daubes que tu alignes depuis un petit moment …).

  10. Si version ciné il y a , se sera du PG13 grand maximum

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