NEON COUNTRY FOR OLD MEN

En 2012, pour des raisons diverses et variées, nous avons raté quelques jeux majeurs, sur lesquels il nous semblait cependant important de revenir. Aujourd’hui, petit retour sur DOUBLE DRAGON NEON, disponible sur PSN et XBLA depuis septembre dernier.

Comme aurait pu le dire Marty McFly, « les années 80, c’est pas l’pied ! ». La chose est communément admise aujourd’hui : si elles auront su donner naissance à nombre d’œuvres qui imprègnent encore aujourd’hui notre imaginaire collectif (on ne vous fera pas l’affront de vous faire une liste), les glorieuses eighties auront avant tout été la décennie de l’argent roi et du mauvais goût dominant, un état d’esprit qui aura contaminé toutes les formes d’expression artistique (et que le SCARFACE de De Palma aura brillamment anticipé). La nostalgie amenant souvent à voir les choses comme plus roses qu’elles ne l’étaient vraiment, la période a effectué dernièrement un sacré retour en force. Que ce soit en musique, en cinéma (par le biais de films comme les EXPENDABLES ou SUPER 8), les œuvres référentielles se multiplient. On ne s’étonnera guère de la chose, surtout en ce qui concerne le jeu vidéo, puisque les gamers trentenaires représentent une bonne partie du cœur de cible des éditeurs : titiller leur fibre nostalgique est un moyen sûr de s’ouvrir les voies vers leurs portes monnaies. La remise au goût du jour d’anciennes gloires ludiques est donc devenu une industrie à part entière et c’est en toute logique que les frangins Billy et Jimmy Lee sont revenus nous rendre visite l’an dernier.

On aurait tendance à l’oublier vu la relative désuétude dans laquelle est tombé le beat’em up à l’ancienne, mais DOUBLE DRAGON fut un vrai phénomène en son temps. D’abord carton en salles d’arcade, puis décliné d’innombrables fois sur à peu près toutes les consoles existantes, la série de Technos avait atteint un tel degré de popularité qu’elle eut même « l’honneur » de faire partie de la première vague d’adaptations de jeux au cinéma. Le résultat était déplorable (on en retiendra surtout l’improbable look capillaire du méchant incarné par Robert Patrick et un monstre caoutchouteux craignos comme on les aime), mais permet bien de mesurer l’empreinte de DOUBLE DRAGON sur la culture pop de l’époque. Il y avait donc une certaine légitimité à vouloir la faire revenir sur le devant de la scène, au-delà de la considération mercantile qui préside souvent à ce genre d’entreprises. On n’était pour autant pas à l’abri de se retrouver face à un produit torché à la va-vite pour capitaliser sur un nom et délester de leur argent durement gagné des trentenaires alléchés à l’idée de renouer avec une série phare. Fort heureusement, les responsables du projet ont eu la riche idée de le confier aux bons soins de Wayforward Technologies. Par le biais de titres comme CONTRA 4, A BOY AND HIS BLOB ou le récent ALIENS INFESTATION, le studio a largement fait preuve tant de sa capacité à rendre justice à de vieilles gloires que de son amour du pixel chiadé et du design à l’ancienne, remis intelligemment au goût du jour. Autant de qualités que l’on retrouve une nouvelle fois aujourd’hui dans ce DOUBLE DRAGON NEON. L’essentiel du gameplay consiste ainsi toujours en une ode au coup de boule dans le pif, au mawashi-geri en pleine tronche et au lattage de punk à l’aide d’ustensiles contondants divers et variés et ne fait donc guère preuve d’une grande complexité dans son approche. Cependant, Wayforward l’enrichit de quelques ajouts, entre autres un système d’esquive venu tout droit des équivalents plus modernes du genre, permettant une plus grande souplesse d’approche que dans les glorieux ancêtres et démontrant par là même un bel équilibre entre l’approche old-school et la nécessité de faire progresser les fondamentaux. Une approche qui s’étend par ailleurs à l’emballage du jeu.

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Car si on revenait aussi longuement sur les années 80 en introduction, ce n’est pas pour rien. DOUBLE DRAGON NEON n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à la période, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés. Les 80’s informent ainsi tous les aspects du titre, sur le fond comme sur la forme. D’un côté, on se retrouvera donc à collectionner les mix-tapes pour donner coups spéciaux et bonus de statistiques à son perso, on fera des highs-fives à son partenaire de co-op pour se filer des power-ups et on le ranimera en remettant en place la bande magnétique d’une cassette avec un crayon. De l’autre, on évoluera dans des niveaux dans la droite lignée des grands classiques, on affrontera des boss référentiels (qu’il s’agisse d’un clone de Mega Man ou d’un grand méchant tout droit sorti d’un cartoon du samedi matin de La 5), le tout sur fond de bande-son rétro qui pulse, d’esthétique criarde et de voix digitalisées kitsch. Le tout aurait pu produire un gloubi-boulga peu digeste et forcé dans son approche mais Wayforward trouve constamment le ton juste, à mi-chemin de l’hommage respectueux et de la distanciation ironique, pour faire passer la pilule sans encombres.

Si comme nous, vous aviez englouti des quantités de pièces de dix francs dans VIGILANTE ou FINAL FIGHT, et si vous êtes encore aujourd’hui capable de siffloter par cœur le thème musical de STREETS OF RAGE 2, alors réjouissez-vous : DOUBLE DRAGON NEON est fait pour vous. Dans le fond, le trip nostalgique peut avoir du bon quand il est bien fait.

2 Commentaires

  1. LordGalean

    Est-ce qu’on doit se mettre sur la gueule comme à l’époque de l’original pour les beaux yeux de Marion ^^

  2. Matthieu GALLEY

    N’ayant malheureusement pas pratiqué le mode deux joueurs jusqu’au bout, je ne saurais dire (tiens d’ailleurs j’aurais pu préciser qu’un des défauts du jeu c’est que son mode co-op est uniquement sur le même écran et pas en ligne). Ceci dit, vu le final plutôt barré du jeu, je serais surpris qu’ils aient repris l’idée.

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