LE DERNIER VOYAGE DU ROI RAY

Il faisait tant partie de l’ADN de notre culture cinématographique, que sa disparition semblait inimaginable. Et pourtant, l’immense Ray Harryhausen aura fini par quitter notre monde, le mardi 7 mai 2013 à l’âge honorable de 92 ans. Capture Mag se devait de tirer sa révérence à celui qui incarne à jamais le merveilleux cinématographique.

Ray Harryhausen fut un cas unique dans l’histoire du cinéma : sans jamais avoir signé (en solo du moins) le scénario ou la mise en scène d’un seul long-métrage et sans qu’aucun de ses films n’ait réellement chamboulé le box-office, il est devenu au fil des ans et par la seule puissance de son génie à la fois une star, un mentor et une source d’influence majeure pour toute une génération de cinéastes. Bref en un mot comme en cent, il fut le créateur d’une vague cinématographique à lui seul. Car il y existe bel et bien un « genre Harryhausen », reconnaissable entre mille par son sens du merveilleux sans pareil, une candeur inébranlable, mais aussi de petits élans canailles bien dans le ton de cet éternel insoumis qui ne s’est jamais plié aux diktats d’un studio, d’une mode ou d’une école de pensée.

Son s2tatut, Harryhausen le devait certes à son immense talent (en animation, en sculpture, en design, en trucage optique, en mise en scène), mais aussi à une intégrité artistique là encore unique dans l’histoire des effets spéciaux : Harryhausen ne se pliait pas aux films. Les films s’adaptaient au maître, quitte à sombrer dans la médiocrité entre deux de ses magistrales interventions. Un fonctionnement aussi artisanal ne pouvait survivre à cet homme-orchestre, et plutôt que de s’échiner à poursuivre sa carrière jusqu’à l’épuisement, Harryhausen aura eu l’élégance de tirer sa révérence après les premiers signes de faiblesse, à savoir l’inégal CHOC DES TITANS qui, par bien des aspects, marquait les limites de ses aptitudes.

D’une générosité étonnante, Harryhausen aura passé une bonne partie de sa retraite à sillonner le monde pour accorder quantité d’entretiens et participer à d’innombrables festivals. Il embarquait toujours dans ses valises l’un des squelettes de JASON ET LES ARGONAUTES, auquel il avait pris soin de confectionner un petit cercueil sur mesure. Une preuve supplémentaire, si nous en avions besoin, de l’amour démesuré qu’il portait à ses monstres miniatures. Au crépuscule de sa vie, Harryhausen aura également reçu de multiples hommages, qui lui auront permis de regarder paisiblement son legs porter ses fruits. Et quels fruits ! On ne compte plus le nombre de réalisateurs et, bien entendu, de créateurs d’effets spéciaux, qui le citent comme leur père spirituel. À tel point, que personne n’osera nier que sans Ray Harryhausen, le cinéma ne serait pas le même.

3Cet homme qui, toute sa vie, a œuvré quasi seul dans des studios minuscules pour confectionner humblement, à la main, moult scènes d’anthologie, laisse derrière lui un continent plein de géants grimaçants, de dinosaures apeurés, de petits monstres rigolos et de titans toujours émouvants. Il nous lègue également quantité de projets inaboutis dont les tests, designs ou marionnettes ont été généreusement révélés dans la quantité absolument phénoménale de livres et de documentaires qui lui ont été consacrés. Une véritable nuée de merveilles en devenir, qui sont autant de pistes possibles pour se laisser aller à la rêverie.

Alors, ne vous y trompez pas : l’homme est peut-être parti vers d’autres cieux. Mais pour nous qui avons grandi avec ses films et vieillirons à l’ombre de ses géants, Ray Harryhausen est immortel.

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1 Commentaire

  1. Il siège au panthéon des Dieux de l’imaginaire, avec Howard et Frazetta.

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