LA VOIE DU SAMOURAÏ

Cartoon Network a récemment annoncé que SAMURAI JACK fera son grand retour sur la chaîne soeur Adult Swim en 2016, soit 15 ans après la diffusion du premier épisode. Le retour de Genndy Tartakovsky aux commandes de sa propre création est une excellente nouvelle, dont nous ne manquerons pas de faire l’écho en temps et en heure. En attendant, pour ceux qui ne connaissent pas la géniale création de Tartakovsky, un petit topo s’impose, en revenant directement sur le pilote de la série !

« The Beginning », diffusion le 10 août 2001 sur Cartoon Network.

Une éclipse solaire aux proportions apocalyptiques. Des racines noires qui prennent vie et s’extirpent du sol. Un découpage vertical en trois parties égales qui mettent l’accent sur la naissance du mal à laquelle le spectateur est en train d’assister… En seulement quelques images magnifiques dignes des plus belles estampes japonaises et un découpage inventif et bourré de sens, SAMURAI JACK s’impose comme une nouvelle série animée à suivre de très près. Certes, à l’échelle de l’histoire de la télévision américaine, la diffusion du pilote « The Beginning » sur la chaîne Cartoon Network (suivi des deux épisodes suivants) n’a probablement rien d’un événement incontestable à la mesure de la diffusion des épisodes incontournables « Qui à tué J.R. ? » ou « The Contest », deux classiques à forte audience des séries DALLAS et SEINFELD. Et pourtant, le public adulte identifie immédiatement les influences de SAMURAI JACK et s’empare de la série pour en faire un véritable phénomène « Geek ». Et pour cause, puisque le pitch (un samouraï du japon féodal est projeté dans le futur et cherche à remonter le temps pour annihiler Aku, le mal suprême) permet à son créateur Genndy Tartakovsky de cumuler les genres avec une aisance phénoménale, passant du chambara classique à la science-fantasy peuplée de monstres mythologiques en l’espace de quelques images.

Le générique absolument génial de SAMURAI JACK

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Attention, le génie de SAMURAI JACK ne réside pas tant dans l’accumulation de ses références de bon goût, mais précisément dans sa façon de traiter sur un pied d’égalité les œuvres d’Akira Kurosawa, la série télévisée KUNG-FU avec David Carradine, STAR WARS (Tartakovsky rend un hommage à la scène de la Cantina dès le second épisode), MON VOISIN TOTORO d’Hayao Miyazaki (dans l’épisode « Jack and the Creature ») ou encore le travail de découpage extrêmement dynamique de Frank Miller (un autre épisode fait référence à la bande dessinée 300) pour les infuser dans une nouvelle mythologie pluriculturelle, mais totalement cohérente. Dès le pilote, Genndy Tartakovsky s’emploie à intégrer ce maelstrom d’influences diverses au sein de sa narration, faisant de son héros un samouraï qui traverse le monde entier pour faire son apprentissage, combattant aussi bien les lutteurs de Grèce antique que le chef guerrier d’une tribu africaine, tout en étudiant l’art des hiéroglyphes en Égypte et celui du Kung-Fu chez les moines Shaolins. Mais aussi et surtout, Tartakovsky prend le parti pris de la narration par l’image (les dialogues de la série sont généralement purement informatifs) sans jamais s’imposer de cadre précis, et certainement pas celui du format télévisuel de son époque, à savoir le 4/3 très restrictif. En effet, étant donné que SAMURAI JACK est une série animée à la croisée des arts visuels, Tartakovsky s’inspire autant des estampes d’Hokusai que des cadres en CinémaScope de David Lean pour concevoir son découpage et les cadres spécifiques dont il a besoin pour maximiser les actions de ses personnages. Ainsi, chaque image profite ainsi d’un cadrage spécifique, Tartakovsky n’hésitant jamais à imposer de larges bandes noires le temps de se concentrer sur le regard de son personnage à la manière de Sergio Leone, comme à multiplier l’action par l’effet d’un split-screen vertical digne d’une pleine page de comics, afin de renforcer l’impact d’un coup de sabre dévastateur.

Le très court teaser qui annonce le retour de SAMURAI JACK sur Adult Swim.

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Approche décomplexée du découpage, style graphique très marqué, parti pris narratif quasiment muet : tous ces éléments tendent à offrir une personnalité unique à SAMURAI JACK, et il n’est pas étonnant que Cartoon Network ait signé à l’époque pour quatre saisons consécutives. Mais si la diffusion du pilote « The Beginning » constitue bel et bien un événement télévisuel d’envergure pour la communauté « Geek », c’est surtout car il a révélé le talent hors normes de Genndy Tartakovsky, un auteur sur lequel il faut désormais compter, comme en témoigne depuis son passage remarqué sur la série animée CLONE WARS (la version en animation traditionnelle) qui permet de redonner à STAR WARS ses quelques lettres de noblesses à une époque ou George Lucas plante le dernier clou sur le cercueil de sa propre création avec STAR WARS : ÉPISODE III – LA REVANCHE DES SITHS.

NB : Ce texte a d’abord été publié dans le numéro Hors-Série spécial « Les 51 moments les plus cultes de la TV Américaine » de ROCKYRAMA, actuellement en kiosques (et qu’il est possible de commander ici). Merci à Johan Chiaramonte pour l’autorisation de diffusion.

2 Commentaires

  1. runningman

    Je suis content de revoir Genndy sur samourai Jack, surtout après ces égarements pour Sony sur les films Hôtel Débilemanie…

  2. Swordsman

    « Samurai Jack » est MA série préféré celle qui a bercé mon adolescence, et que je garde religieusement dans mon disque dur ( les dvd n’étant jamais sorti en france ). Je suis deçu que le film « Popeye » de Tartakovsky soit annulé, mais heureux d’apprendre qu’il revient aux commandes de sa série fétiche afin qu’il puisse lui donner une fin que je fantasme autant que je fantasme toujours un episode 7 à « Star Wars » ( hein ? y’en a un ? ). Parce que bon ses « Hôtel Transylvannie » bien que pas dégueu sont quand même loin de ce qu’il peut faire.

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