LA PEAU DURE

Belle année pour MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE. Le classique de Tobe Hooper fête ses 40 ans et s’offre une restauration 4K de haute volée, un petit passage au Festival de Cannes et une édition vidéo plutôt fournie. Pas mal pour un film qui a longtemps été invisible en France !

C’est effectivement ironique, mais les fans de cinéma d’horreur n’auraient jamais cru que MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE allait finir par avoir les honneurs du Festival de Cannes, ne serait-ce que pour une séance spéciale afin de marquer le 40ème anniversaire du film. Il faut rappeler que le film a longtemps été interdit en France, avant de finalement sortir dans nos salles en 1982, avec l’arrivée de la gauche mitterrandienne au pouvoir. Ensuite, cette restauration tombe à pic pour… restaurer – c’est bien le terme – l’image publique du film, malmenée par des remakes clinquants et opportunistes (deux d’entre eux, en l’espace de dix ans) ou encore des suites qui ne lui arrivent jamais à la cheville, y compris celle signée par Tobe Hooper lui-même en 1986. En effet, il faut quand même souligner que MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE a toujours été victime de sa propre réputation, tant et si bien qu’il passe encore aujourd’hui pour une œuvre gore à la limite du documentaire aux yeux de certains ! Certes, Tobe Hooper n’a pas forcément brillé par la suite dans sa carrière, mais il serait tout de même malhonnête de ne pas lui accorder la réussite stylistique du film, qui doit beaucoup aux expérimentations de ses cadres, ainsi qu’à sa volonté de proposer un montage parfois très brut, et qui participe à la sensation d’étouffement que procure le film. Des séquences comme la première apparition de Leatherface ou encore la célèbre scène du repas n’auraient jamais été aussi efficaces et terrifiantes sans cette volonté de casser les axes et les raccords, pour maximiser l’impact des coups de massue du croquemitaine ou encore retranscrire la terreur de la pauvre Sally (Marilyn Burns, qui nous a quittés cette année). Revoir le film dans une copie aussi fidèle aujourd’hui, c’est retrouver cet exercice de style hautement esthétique tel qu’il a été pensé depuis le début, et lui accorder enfin sa place au panthéon du cinéma d’horreur précisément pour ce qu’il est : un très grand film d’horreur justement !

Évidemment, cette édition Blu-Ray met l’accent sur l’importance du film, surtout à travers sa restauration et sa présentation au Festival de Cannes. Pas de doute : l’édition est assez fournie mais son contenu éditorial reste employé de façon assez convenue, pour ne pas dire un peu fourbe. En effet, en se concentrant sur l’actualité récente du film et en accentuant notamment son statut d’œuvre majeure et politisée, cette édition omet (probablement par défaut) le véritable historique du film. Si le film a le droit au tapis rouge aujourd’hui, on ne peut pas vraiment dire qu’il en a toujours été ainsi, et pour tout dire cette reconnaissance de l’intelligentsia nous semblait même inconcevable il y a tout juste dix ans, pour les 30 ans du film. Ce revirement tardif est certes appréciable, mais il occulte malheureusement le véritable chemin de croix du film, qui a connu la censure dans de nombreux pays (en France, en Australie, ou encore en Angleterre où le film n’est visible sous sa forme initiale que depuis une quinzaine d’années) et le dédain d’une très grande partie de la critique pendant de nombreuses années. Pour un historique qui se concentre un peu plus sur le cinéma et un peu moins sur les paillettes, mieux vaut se lancer la galette DVD présente sur la même édition, afin de jeter un œil sur le documentaire « Texas Chain Saw Massacre : The Shocking Truth » produit par Blue Underground et retitré chez nous « Autopsie d’un Massacre ». Cette petite heure regroupant tous les acteurs majeurs du film en dit plus sur MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE que tous les autres bonus de cette édition réunis. Reste que le Blu-Ray mérite néanmoins l’achat, ne serait-ce que pour cette restauration qui remet les pendules à l’heure et confirme qu’en matière de titre mythique, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE ne tolère aucun substitut !

TITRE ORIGINAL The Texas Chainsaw Massacre
RÉALISATION Tobe Hooper
SCÉNARIO Kim Henkel & Tobe Hooper
CHEF OPÉRATEUR Daniel Pearl
MUSIQUE Wayne Bell & Tobe Hooper
PRODUCTION Tobe Hooper & Kim Henkel
AVEC Marilyn Burns, Gunnar Hansen, John Dugan, Edwin Neal, Allen Danziger, Paul A. Partain…
DURÉE  84 min
ÉDITEUR TF1 Vidéo
DATE DE SORTIE 03 Décembre 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Mode de lecture « The Cannes Experience »
Commentaire audio avec le réalisateur Tobe Hooper, le chef opérateur Daniel Pearl et l’acteur Gunnar Hansen (« Leatherface ») (VOST)
Commentaire audio avec les acteurs Marilyn Burns, Paul A. Partain, Allen Danziger et le Décorateur/Directeur artistique Robert A. Burns (VOST)
Conférence de presse de Hooper à l’American Pavilion (Cannes 2014 – 45’)
Texas Chainsaw Martinez : Tobe Hooper & Nicholas Wingden Refn (Cannes 2014 – 6’)
« Leatherface fait peau neuve » : la restauration (10’)
Entretien avec l’acteur John Dugan (15’)
Entretien avec l’actrice Teri McMinn (17’)
Entretien avec le Directeur de production Ronald A. Bozman (16’)
Entretien avec le monteur J. Larry Carroll (11’)
Scènes coupées inédites (15’)
Scènes coupées & plans non retenus (25’)
Sur le DVD
« Autopsie d’un massacre » : documentaire (70’)
« Autopsie d’un massacre » : scènes coupées (7’)
Bêtisier (2’)
Galerie de photos et visuels publicitaires

3 Commentaires

  1. Je recommande l’excellent bouquin de JB Thoret, UNE EXPERIENCE AMERICAINE DU CHAOS, passionnant pour en apprendre encore plus le film…

  2. Fest

    Redécouvert le film grâce au Blu-ray cet semaine, quel bonheur ! Un peu comme lors de mes premiers visionnages des copies HD des Dents de la mer ou de Mad Max, je me rend compte que je n’avais jamais pu voir le film avant dans de bonnes conditions…

    Ces restaurations effectuées à l’occasion des ressorties en Blu-ray sont de véritables bénédictions !

  3. Leroms

    J’espère trouver le coffret sous mon sapin dans quelques jours… Ca fera que la 3e édition dans ma vidéothèque (un Z2 plutôt moche, un beau Z1 et ce blu ray).

    D’ailleurs Postscriptom le coffret est accompagné d’un livret de JB Thoret (dont j’espère qu’il reprendra des éléments de son bouquin que je n’ai pas pu lire…).

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