BALLE PERDUE

À peine quelques semaines après la sortie en HD des aventures de Frank Drebin (on en parlait ici), la Fox ravive la compétition amicale entre les ZAZ en publiant un coffret Blu-ray réunissant les deux HOT SHOTS pour un prix dérisoire. Un bon moyen de constater que Charlie Sheen savait déjà se rendre ridicule à l’époque, même s’il n’était pas encore le mec « winning » d’aujourd’hui.

Un peu de concurrence entre amis ne peut pas faire de mal : aux débuts des années 90, les ZAZ ont décidé de partir faire quelques projets en solo. Alors que Jerry Zucker cartonne avec GHOST (une comédie, à sa manière) et que son frangin David se fout légèrement de sa gueule en parodiant la fameuse scène de la poterie dans Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LE PRÉSIDENT ?, Jim Abrahams décide lui aussi de voler de ses propres ailes, c’est le cas de le dire, en réalisant HOT SHOTS tout seul, comme un grand. Parodiant principalement TOP GUN, HOT SHOTS tire également à vue sur 9 SEMAINES ET DEMIE, ROCKY, SUPERMAN et autres succès, et fait ainsi un véritable carton dans les salles, lorsqu’il sort à la fin de l’été 1991. À vrai dire, si Jim Abrahams en était resté là, on ne parlerait pas ici de cette parodie facile, qui privilégie régulièrement l’idée instantanée du détournement, plutôt que de creuser les gags pour les rendre plus savoureux. Tout au plus, le film relance légèrement la carrière (ou la flingue, c’est selon) de Charlie Sheen, qui peinait tout de même à confirmer son statut d’acteur sérieux, malgré des débuts chez Oliver Stone (PLATOON, WALL STREET), et un passage chez Clint Eastwood avec LA RELÈVE. L’air ahuri et le geste gauche, même quand il garde son sérieux, Charlie Sheen joue finalement de la même façon non nuancée que dans ses œuvres dramatiques, et se fait voler la vedette par le grand Lloyd Bridges, qui reprend plus ou moins le rôle qu’il tenait dans Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ? dix ans auparavant. Sa carrière ne s’en remettra pas, jusqu’à ce qu’il devienne une énorme star à la télévision avec le succès de la sitcom MON ONCLE CHARLIE.

Bref, on ne misait pas vraiment un kopeck sur cette nouvelle franchise, mais Jim Abrahams sait faire amende honorable avec une suite en tous points supérieure à l’original. Premier gag de cet hilarant second opus ? Un titre en version originale susceptible de faire rire les français, puisqu’en anglais, le film s’appelle HOT SHOTS PART DEUX. Ensuite, le film parodie plus volontiers les films d’action musculeux des années 80, RAMBO en tête, et on peut dire qu’il y a déjà là plus de matière à parodier, sans trop sortir du cadre imposé (car on cherche encore le rapport entre ROCKY et TOP GUN tissé par le premier film). Et cette fois, Jim Abrahams pousse la logique absurde des gags jusqu’à leur point de non retour (Richard Crenna y reprend ainsi le rôle du colonel Trautman), avec des degrés de lecture parodique qui demandent une connaissance – parfois plan par plan – des films tournés en dérision. Ainsi, dans un premier temps, le gag de Charlie Sheen qui tire une poule avec son arc pourra gentiment faire rire pour son absurdité évidente. Mais l’effet doublement pervers (et hilarant) d’un tel gag est révélé à celui qui se souvient bien de RAMBO II – LA MISSION, et notamment de ce plan d’insert totalement improbable d’une poule, que John Rambo va finir par égorger (hors champ) pour en utiliser le sang et faire croire à ses ennemis qu’il est blessé. Vous pouvez tester la vision des deux séquences à la suite, mais attention, vous risquez de ne plus jamais voir le film bourrin de George Pan Cosmatos de la même manière !

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On le voit, HOT SHOTS 2 pousse la parodie plus loin (et Charlie Sheen aussi, puisqu’il se fait les muscles de Stallone pour l’occasion), jusque dans les mœurs hollywoodiens de l’époque, en se moquant ouvertement de la vision géopolitique du milieu (avec l’usage d’un hilarant sosie de Saddam Hussein, mais également en transformant le personnage de Lloyd Bridges en président des États-Unis sénile et pétomane) ou encore des exigences des studios qui consistait à produire des films plus violents que ceux du voisin (un exercice compétitif désormais reconnu par Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone en interview, et ici représenté par un compteur de cadavres). Plus rythmé, plus cohérent et même plus respectueux des éléments parodiés (voir le score épique de Basil Poledouris, qui singe Jerry Goldsmith à la perfection et qui aurait très bien fait l’affaire sur un gros film d’action), HOT SHOTS 2 aura signé la fin de la franchise… en faisant un bide en salles ! S’il faut reconnaître que les deux films sont plus datés que ceux de la franchise des Y A-T-IL UN FLIC ?, cette édition permet néanmoins de jeter un œil sur des documents d’époque, très promotionnels dans l’âme. Vu le tarif pratiqué par l’éditeur (une vingtaine d’euros pour les deux films), on n’en demandait pas tant.

TITRE ORIGINAL Hot Shots ! / Hot Shots ! Part Deux
RÉALISATION Jim Abrahams
SCÉNARIO Jim Abrahams / Pat Proft
CHEF OPÉRATEUR Bill Butler / John R. Leonetti
MUSIQUE Silvester Levay / Basil Poledouris
PRODUCTION Bill Badalato
AVEC Charlie Sheen, Valeria Golino, Lloyd Bridges…
DURÉE 1h24 / 1h26
DATE DE SORTIE 30 octobre 1991 / 25 août 1993 (en salles en France) 02 octobre 2013 en Blu-Ray
BONUS
L’histoire du film
Making of

1 Commentaire

  1. jackmarcheur

    c’est bon ça !
    A quand la sortie de TOP SECRET en BR ?

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