LE MANDARIN, LE PATRIOTE ET LA SCIENTIFIQUE

Semaine spécial IRON MAN 3 sur Capture Mag ! En attendant notre critique et notre interview du réalisateur Shane Black, nous avons rencontré trois des acteurs principaux du film. En l’occurrence Sir Ben Kingsley, Rebecca Hall et Don Cheadle, interprètes respectifs du Mandarin, du docteur Maya Hansen et du lieutenant-colonel James Rhodes, alias Iron Patriot. 

À PROPOS DE LEUR RÔLE DANS LE FILM

Ben Kingsley La clé de mon rôle se trouvait dans le script, ce n’est pas quelque chose que j’ai inventé. Je n’ai pas encore vu le film mais je pense qu’à l’arrivée, ça se ramasse dans cette phrase : « Vous savez qui je suis. Vous ne savez pas où je suis. Vous ne me verrez jamais venir. ». C’est ça qui m’a guidé tout au long du film. En dehors de ça, en tant qu’acteur, je dois être conscient que les méchants ont leur propre sens des valeurs, qu’ils estiment représenter la bonne direction dans laquelle doit aller la civilisation. Le Mandarin a une certaine droiture dans ce qu’il fait. Je nourris mon personnage avec des figures contemporaines ou issues du passé. Je suis personnellement fasciné par l’Histoire et par les individus qui la traversent. Et ce que j’ai pris dans ces figures historiques, c’est ce sens de la droiture et du bon droit qui est généralement le leur. Ils sont persuadés que leur manière de guider l’humanité est la bonne. C’est pour ça que le Mandarin utilise un vocabulaire rattaché à l’enseignement, avec les mots professeur, leçon, etc. C’est cet aspect-là qui m’a vraiment intrigué et intéressé chez ces gens-là.

Rebecca Hall Je pense que mon personnage veut ce qu’il y a de meilleur pour l’humanité. Et elle sera prête à tout pour atteindre cet objectif, y compris aux plus grands sacrifices. Pour elle, tout est question de compromis, et comment votre intégrité peut être déformée par les évènements. En tant que personnage féminin, j’ai vraiment apprécié le fait que nos conflits avec le personnage qu’interprète Gwyneth Paltrow ne vire pas au si prévisible crêpage de chignons, c’est bien plus fin que ça et c’est un traitement extrêmement rare dans un film dominé par des personnages masculins si forts.

Don Cheadle Pas mal de gens ont commencé à me prendre à partie sur Twitter, pour me signaler que ce n’est pas possible qu’Iron Patriot soit dans le film et que je puisse enfiler son costume, car il s’agit d’un méchant, ce qui n’est pas le cas de War Machine. Mais je ne suis qu’un passager ici, et Marvel a cette tendance à repenser ses franchises pour les transposer au cinéma. Peut-être que dans le prochain film, je serai de nouveau War Machine et c’est tout, mais disons que les deux médiums sont complémentaires, suivant la façon dont certains personnages sont représentés. Clairement, le rôle est plus physique ici, que ce soit avec ou sans le costume. J’ai travaillé avec les cascadeurs et la seconde équipe, et c’était l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté d’interpréter le personnage à la base. J’espère d’ailleurs que j’aurais d’autres occasions d’interpréter des rôles aussi physiques dans d’autres films que ceux de la franchise IRON MAN, mais également dans les suites à venir.

À PROPOS DE SHANE BLACK

DC Quand on m’a annoncé que ce serait Shane Black qui ferait le film, je me suis dit que ça allait être très intéressant et rafraîchissant d’avoir son style reconnaissable sur ce film. Et beaucoup de choses qui ont contribué au renouvellement de la franchise proviennent de sa relation avec Robert Downey Jr, car ils ont pas mal improvisé sur le plateau, avant les prises de vues, afin de définir quelques séquences clés du film. C’est très libérateur et on s’amuse beaucoup avec une telle méthode. Shane a amené le côté « buddy movie » : le fait que les deux personnages soient amis, mais qu’en même temps, ils n’arrêtent pas de s’envoyer des piques, ce qui tend à éliminer toute forme de sentimentalité entre eux deux, et c’est très fun à jouer. Parfois, sur le plateau, Shane nous demandait de refaire certaines prises en nous disant « est-ce que vous pouvez nous donner la version sérieuse de cette séquence ? », parce que nous avions tendance à nous laisser aller, et à proposer de nombreuses versions différentes de nos échanges, en partant toujours de plus en plus loin. Et je pense que c’est une dynamique qui a été favorisée par l’arrivée de Shane Black sur le projet.

RH J’adore KISS KISS BANG BANG, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’étais si excitée à l’idée de travailler avec Shane. Mais j’adore aussi sa façon d’écrire, il comprend parfaitement l’esprit pulp, mais aussi une certaine idée de l’esprit américain je pense. Et à ce titre, il semblait totalement logique qu’on lui confie ce film.

À PROPOS DE L’IMPROVISATION

BK J’ai particulièrement apprécié que mon personnage soit très écrit. Il y a eu évidemment de la place pour l’improvisation mais cela restait cantonné aux limites de la scène à jouer. Je pense que lorsque vous excédez ces limites, vous ne faites que vous amuser avec vous-même et vous oubliez de communiquer avec le public. Et votre travail finit la plupart du temps dans la poubelle du monteur. Je pense que Robert connaît suffisamment son personnage et les limites de sa caractérisation. Du coup, il peut se permettre d’improviser.

RH Par le passé, j’ai pu souffrir au contact d’autres comédiens qui pratiquaient l’improvisation. Mais pas avec Robert Downey Jr, qui est excellent en impro. Non pas parce qu’il parvient à trouver de nouvelles répliques, mais parce qu’il sait écouter et qu’il n’écarte jamais ses partenaires de ses improvisations. Si vous le suivez, vous constaterez que ses improvisations sont une source d’inspiration pour vos propres répliques. C’est une invitation à jouer, ce qui est très appréciable.

À PROPOS DE L’HÉRITAGE D’AVENGERS

RH IRON MAN 3 est un film très différent d’AVENGERS, même si l’on y retrouve certains personnages. J’ai senti évidemment une grande attente du public, puisque apparemment beaucoup de monde a vu AVENGERS. (rires)

DC Les dirigeants de Marvel m’ont fait part de la pression due au succès colossal qu’a rencontré AVENGERS. Il était clair que la barre avait été placée très haut et qu’ils ne voulaient pas décevoir leurs fans. Je n’ai pas encore vu le film mais j’espère que les gens seront réceptifs. Et je dois signaler qu’il n’a jamais été question de se censurer à cause du succès d’AVENGERS, car si on fonctionne uniquement en cherchant à retrouver une supposée formule à succès, on se tire une balle dans le pied. L’univers est bien évidemment pris en compte, mais IRON MAN 3 est un film à part entière, et c’est comme ça qu’il fallait le traiter.

À PROPOS DE ROBERT DOWNEY JR.

RH Robert est un acteur contagieux, dans le sens où son style et sa façon de jouer produisent une énergie qui vous bénéficie. Donc, même si Shane Black définissait mon personnage comme un Tony Stark féminin, je n’ai pas cherché à imiter Robert, j’ai juste laissé sa manière de jouer me traverser. C’aurait été une erreur de tenter de marcher sur ses pas. Finalement, Maya est aussi passionnée et concentrée sur son travail que Stark, et j’ai tenté d’interpréter ça à ma façon.

DC Le succès de la franchise est dû à l’interprétation de Robert. C’est le mariage parfait entre un acteur et un personnage, et c’est plutôt rare au cinéma. Il se produit quelque chose d’énigmatique et de magique quand il est à l’écran, et il parvient à incarner Tony Stark de manière très convaincante. Il est taillé pour le rôle même !

À PROPOS DE L’INTÉRÊT PORTÉ DANS LE PROJET

RH Ce qui m’a attiré dans IRON MAN 3, c’est ce que j’avais déjà beaucoup aimé en découvrant le premier en salles : ils n’avaient pas limité ce concept à un simple film d’action. Et ça se sentait notamment dans le casting : ils n’étaient pas allés chercher des comédiens coutumiers des blockbusters, ils étaient allés chercher des acteurs connus pour leurs rôles de composition. Et il en était de même pour les réalisateurs : il me semble qu’ils avaient une vraie exigence. C’est ce qui fait que cette franchise sort du lot, cette recherche de qualité, cette volonté de ne pas se cantonner aux simples blockbusters. Et je crois qu’IRON MAN était le premier gros budget à oser ce type de démarche.

À PROPOS DE LA DIFFÉRENCE ENTRE SHANE BLACK ET JON FAVREAU

DC Ce sont des énergies différentes. Ils sont tous les deux consciencieux et très conscients de leurs backgrounds respectifs. Et ils ont conscience d’être dépendants de la technologie, mais ils ont une idée très précise de ce qu’ils veulent faire et font tout pour l’accomplir, de la manière la plus collaborative qui soit. D’ailleurs, certains aspects du film sont directement liés à l’univers qui a été mis en place, et c’est pourquoi Shane Black et Jon Favreau se consultent régulièrement pour bien prendre en compte la continuité de la série, afin de mieux faire avancer l’intrigue. D’ailleurs, IRON MAN 3 a la particularité d’être le dernier film d’une trilogie et il se pourrait très bien qu’il s’agisse du dernier film du personnage en solo. Si on termine sur cette note, cela me convient parfaitement.

À PROPOS DU MANDARIN

BK Les fans de comics constituent un public très confiant. Les deux premiers IRON MAN et AVENGERS avaient un style très reconnaissable. C’est un univers familier. Lorsque le public rentre dans la salle, au bout de trente secondes, il se dit : « Aaah je suis au pays de Marvel ! Il va y avoir de l’ironie, de l’esprit, des surprises… ». Pour en avoir parlé avec Kevin Feige avant de lire le script, il y avait quelque chose de très embarrassant dans la destinée de ce personnage. Mais sur le plateau, Shane Black et Drew Pierce avaient une telle confiance en cette approche qu’ils m’ont laissé agir à ma guise. Ce qu’allait provoquer ce personnage chez le spectateur a donc été très peu débattu, ils ont préféré se concentrer sur la confection du personnage plutôt que sur les effets de sa caractérisation. Pour moi, c’est très réconfortant de savoir qu’on me laissait prendre des risques avec un rôle pareil. Ça élargissait mon champ d’action. Bref, c’était très excitant pour moi. Je pense que le style du film, l’approche de Shane et de mes collègues acteurs, étaient si réfléchis que nous pouvions nous permettre de prendre des risques et de repousser certaines limites. Evidemment, il ne s’agissait pas de prendre des risques inconsidérés qui auraient pu détruire la cohérence interne du Mandarin.

Remerciements particuliers à Aude THOMAS.

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