L’AMOUR MONSTRE

C’est toujours un plaisir de converser avec Guillermo Del Toro. Mais si, par le passé, on a pu le sentir un peu tendu par la sortie de l’un de ses films, cette fois-ci, notre Mexicain préféré semble nager en plein bonheur avec la sortie de son nouvel opus, le magnifique LA FORME DE L’EAU. Après avoir décroché, entre autres, le Lion d’Or à Venise, le Golden Globe du meilleur réalisateur et le trophée du meilleur cinéaste remis par la prestigieuse Director’s Guild of America, il est désormais le grand favori pour l’Oscar du meilleur réalisateur, alors que son film est nommé 13 fois lors de la cérémonie du 4 mars prochain. Une véritable consécration pour ce geek érudit et monstrophile qui a grimpé une à une les marches de la gloire sans pourtant jamais renier sa personnalité et son univers.

Pourquoi n’avez-vous pas réalisé PACIFIC RIM 2 ?

Le film avait reçu le feu vert. J’avais six mois à attendre et le tournage commençait. Donc soit j’attendais et je faisais le film, soit je m’embarquais immédiatement dans LA FORME DE L’EAU, que j’avais vraiment envie de faire. C’était comme une urgence pour moi. Je ne voulais pas attendre, je voulais travailler tout de suite et j’ai donc choisi LA FORME DE L’EAU. Je sentais que j’avais besoin de faire ce film, pour moi-même. J’avais fait le premier PACIFIC RIM et je voulais pouvoir me dire que c’était assez, tout en étant en paix avec ça. J’ai toujours eu cette philosophie : si je ne peux pas le faire tout de suite et qu’ils le font quand même sans moi, c’est qu’ils n’ont pas vraiment besoin de moi. Si je leur dis que je dois d’abord faire un autre film avant le leur et qu’ils me disent « OK, tant pis, on va chercher un autre réalisateur », je leur réponds « Pas de problème, vous avez besoin de faire le film tout de suite, allez-y dans ce cas ».

Beaucoup de vos fans étaient déçus de ne pas vous voir aux commandes de la suite car c’était votre univers à la base…

J’aime beaucoup le premier film. J’ai vu pas mal d’images tournées du second film, j’ai lu le script, j’ai vu les story-boards et évidemment, je ne suis pas objectif mais…

Entre nous, j’ai trouvé la bande-annonce beaucoup trop brillante, trop rutilante. On ne retrouve pas l’esthétique industrielle rouillée et cabossée du premier film…

Oui… Je peux comprendre ça mais bon c’est un réalisateur différent donc… (il hausse les épaules d’un air désolé)

La bande-annonce beaucoup trop brillante et rutilante de PACIFIC RIM : UPRISING

En tout cas, c’est dingue d’arriver à passer d’un énorme blockbuster pyrotechnique à un film comme LA FORME DE L’EAU…

La raison pour laquelle je continue de faire des films, c’est que je ne les verrais pas si je ne les faisais pas. Donc je comprends ce que vous dites, ça s’explique par le fait que ces films sont mes films et qu’ils n’appartiennent qu’à moi. Ils sont évidents pour moi, ils coulent de source. C’est donc de plus en plus facile pour moi de les concevoir. Mais en même temps, ça devient de plus en plus difficile de revenir à chaque fois avec un nouveau film car il est très dur pour moi de croire en un système où tout est réglé le premier week-end de sortie d’un film, où votre film est rangé dans le tiroir des échecs si il ne marche pas les trois premiers jours. C’est très difficile pour moi d’accepter que deux ou trois ans de votre vie puissent se conclure aussi vite. Mais bon, c’est une réalité et on doit donc faire avec. Je peux sans problème faire des films le reste de ma vie mais ce qui est très dur c’est d’accepter ce genre de coups de dés. Par exemple, CRIMSON PEAK n’a pas marché au box-office mais ma plus grande consolation c’est de rencontrer des gens qui aiment ce film. Parce que c’est un film que j’adore. Il fait partie de mes préférés parmi les films que j’ai faits, des films qui sont les plus proches de ce que je voulais faire à la base.

Quels sont les autres ?

Alors dans l’ordre décroissant : LA FORME DE L’EAU, L’ÉCHINE DU DIABLE, LE LABYRINTHE DE PAN, CRIMSON PEAK, HELLBOY II et PACIFIC RIM. Après, il y a les autres films que vous pouvez mettre dans l’ordre que vous souhaitez. Mais ces six-là, j’y suis vraiment très attaché parce qu’ils sont quasiment tels que je les avais imaginés. Certains d’entre eux contiennent peut-être deux ou trois détails qui ne me satisfont pas forcément mais globalement, ce sont des films dans lesquels je me reconnais pleinement.

Que pensent les studios à votre avis de cette versatilité vous permettant d’enchaîner des films très différents ?

Je ne sais pas si je suis capable de tout faire non plus… Je me suis fixé depuis longtemps de ne rester à bord d’un projet que si je vois que le studio et moi avançons dans la même direction. Quand je sens que ce n’est pas le cas, je tourne les talons, je refuse le projet. Par exemple, Legendary était vraiment le studio parfait pour faire PACIFIC RIM. Lorsque j’ai eu ma première réunion avec Thomas Tull, le boss de Legendary, je lui ai présenté le projet et je lui ai dit « voilà le film que j’ai envie de faire ». Et il m’a répondu que c’était exactement ça qu’il voulait faire lui aussi. C’était génial. Et après ça, il a été aussi totalement motivé par CRIMSON PEAK. Le problème, c’est que le film coûtait cher, 55 millions de dollars pour être exact. C’était donc un film qui nécessitait un marketing énorme et axé sur le côté horrifique, car je suppose que ce n’est pas évident de vendre une romance gothique dans une telle configuration commerciale. Du coup, quand l’heure est venue de faire LA FORME DE L’EAU, je voulais qu’il ressemble à un film qui ait coûté 65 millions de dollars mais avec un budget réel qui corresponde davantage à ce que représente ce genre de film sur le marché. J’ai donc demandé à Fox Searchlight quel était le budget exact alloué pour ce film et ils m’ont répondu « 19,5 millions de dollars, c’est le maximum que l’on puisse se permettre ».  J’ai demandé si je pouvais y inclure mon salaire et ils ont accepté. Et après ça, je pouvais avoir à peu près ce que je voulais : si j’avais besoin d’un ou deux jours de tournage supplémentaire, ou bien de quelques accessoires en plus, je les avais. Je vois les films comme un collectionneur d’art. La seule chose que je possède c’est une maison peuplée de monstres en caoutchouc et de quelques œuvres d’art que j’aime. Pour le reste, je m’habille comme une merde, je n’ai pas besoin d’une île, d’un putain de jet privé ou d’une Lamborghini. Est-ce que je préfère avoir une foutue Lamborghini garée dans mon allée ou faire un bon film ? Bah faire un bon film pardi !

Vous avez dit que LA FORME DE L’EAU était votre premier film à traiter d’un sujet adulte. Mais n’avez-vous jamais rien fait d’autre que des contes pour adultes finalement ?

Probablement, oui. Mais ce que je voulais dire par là c’est que jusqu’ici, si l’on voit nos vies comme une portée musicale, mes films manipulaient essentiellement les notes de musique liée à l’enfance. CRIMSON PEAK et LA FORME DE L’EAU sont mes premiers films à utiliser la gamme des notes liées à l’âge adulte – même si le premier comporte une scène d’ouverture décrivant l’enfance du personnage et que l’on voit ensuite l’influence de cette épisode enfantin sur sa vie d’adulte. LA FORME DE L’EAU était vraiment le premier film où je voulais parler comme un adulte. Il n’y a pas d’enfants intervenant dans l’intrigue centrale et le conflit qui anime le personnage principal est totalement en rapport avec la vie adulte. Même si cette différence est invisible pour la plupart des gens, elle est très importante pour moi. Je sais ce que je voulais essayer de faire avec ce film et la manière que cela avait de m’affecter d’une manière nouvelle. Déjà, avec CRIMSON PEAK, j’avais ressenti le besoin de me remettre en question, de faire quelque chose que je n’avais pas encore fait. Mais vu que je ressentais CRIMSON PEAK comme un film tellement pensé en terme de design, tellement travaillé au niveau du visuel, j’avais envie d’aller vers quelque chose de neuf, de plus épuré. J’ai essayé pas mal de nouvelles choses avec LA FORME DE L’EAU. Par exemple, c’est mon premier film qui porte en lui une affirmation de la vie, qui essaie d’apporter une touche de grâce à ce qu’il montre, qui par exemple dépeint la sexualité comme une force vitale positive et puissante. Pour moi, ce film n’est pas un film de monstre classique : ce n’est pas le monstre qui attrape la fille, c’est la fille qui attrape le monstre. C’est un joli renversement des figures habituelles, je trouve. La fille sauve le monstre, et en retour, la créature la sauve. Dans le film, il y a des moments à la symbolique cinématographique très forte qui résonnent profondément en moi, des moments comme celui où la fille touche les gouttes d’eau sur la vitre, des moments de grâce aussi comme la fin… En tant que réalisateur, je n’aurais pas tenté ces choses-là il y a encore quelques années, je ne m’y serais pas autorisé.

Il y a une séquence en noir et blanc dans le film mais pourquoi n’avez-vous pas tourné le film entier ainsi, comme vous le souhaitiez au tout début ?

Vous savez, je suis quelqu’un qui sait toujours ce qu’il veut et ce dont il a besoin. Et il y a une différence entre ce que vous voulez et ce dont vous avez besoin. Je voulais faire LA FORME DE L’EAU en noir et blanc mais je n’en avais pas besoin. Plus j’y réfléchissais et plus j’en discutais avec mon directeur de la photographie Dan Laustsen, car la différence était quand même de trois millions de dollars. Fox Searchlight baissait le budget à 16,5 millions de dollars si on le tournait en noir et blanc. Je me suis alors posé deux questions. 1/ Est-ce que je peux faire un film avec de magnifiques couleurs qui racontent mon histoire ? Réponse : oui. 2/ Si je le fais en noir et blanc, est-ce que ça ne va pas devenir une sorte de posture cinéphile, d’artifice fétichiste ? Réponse : oui. Pour choisir de faire un film en noir et blanc, il faut avoir une bonne raison à mon sens. Les valeurs chromatiques du noir et blanc, c’est-à-dire les nuances de gris, la profondeur des noirs, l’intensité lumineuse des blancs, vous ne pouvez créer ça que par le choix du bon filtre sur l’objectif. Ce choix est déterminé par le noir et blanc. Faire un film en noir et blanc, ce n’est pas convertir en noir et blanc un film tourné en couleurs. C’est une approche totalement différente dès les prises de vue, avec des valeurs esthétiques radicalement différentes. Bref j’ai finalement choisi la couleur et j’ai donc dit aux studios « OK, allez, filez-moi 19,5 millions de dollars ! » (rires)

Et vous avez fait le film en vert et or !

C’est important, pour moi, que les couleurs du film reflètent l’histoire. J’ai ainsi choisi le bleu cyan pour l’environnement aquatique, l’or et l’ambre pour l’air libre, le vert pour tout ce qui représente le futur (la voiture, la gélatine, le laboratoire, etc.) et le rouge uniquement pour la vie, l’amour et la salle de cinéma.

L’affiche du film est magnifique et semble, avec quelques autres affiches de films actuels, célébrer le grand retour de l’affiche illustrée par un artiste. Que pensez-vous de ce come-back permis par le boom du marché des affiches alternatives type Mondo ?

Je pense que cela vient de notre génération, qui a grandi avec les belles affiches de Drew Struzan et d’autres grands illustrateurs. Mais sur LA FORME DE L’EAU, je dois saluer Fox Searchlight, qui est une compagnie qui laisse les réalisateurs intervenir sur la campagne marketing de leurs films. Ils m’ont littéralement posé la question : « Qu’est-ce que tu veux comme poster ? » et j’ai gribouillé un dessin représentant Elisa en train d’embrasser la créature. Là ils m’ont demandé qui je voulais pour dessiner cette illustration et je leur ai glissé le nom de James Jean. J’adore ce que fait James, il arrive à retrouver la beauté de certaines gravures japonaises. Et il a accepté de dessiner l’affiche. Deux grands trucs sont ressortis de ça au bout du compte : on avait une superbe affiche pour le film, et moi j’avais l’original pour ma collection personnelle ! (rires)

Le personnage du scientifique russe est étonnant dans un film hollywoodien, surtout aujourd’hui où nous traversons une sorte de nouvelle Guerre froide…

Je voulais créer un groupe de personnages qui soient invisibles pour Strickland, le méchant du film. Des personnages capables de se réunir pour sauver la créature. Il y a donc la femme de ménage, le peintre homosexuel et cet espion russe qui ne peut même pas utiliser son vrai nom – jusqu’au moment où il va tout envoyer balader et où il dit à Elisa « Je m’appelle Dimitri ». La beauté de la chose, c’était de montrer que même un ennemi a un côté humain. C’est un peu comme la relation du docteur et du capitaine dans LE LABYRINTHE DE PAN. Le docteur comme le scientifique russe ont beau être du côté du méchant, ils retrouvent leur humanité en refusant à un moment de lui obéir. C’était bien de pouvoir montrer un espion russe qui a des principes. Mais je voulais aussi que chaque personnage réagisse différemment à la créature. Elisa voit dans le monstre une sorte de semblable alors que Giles, le peintre, y voit une sorte de vestige du passé, peut-être même une sorte de dieu. Quant au scientifique russe, pour lui, la créature représente la beauté de la nature. Et pour Zelda, l’amie d’Elisa, c’est le mec de sa meilleure amie. (rires) Enfin, pour Strickland, c’est une sombre chose visqueuse qui vient d’Amérique du Sud. Il ne voit rien de plus dans cette créature et c’est pour cela qu’il est sans pitié avec elle, qu’il peut la torturer. Le scientifique est donc l’une des clés de tout ça, car il ne veut pas tuer quelque chose d’aussi beau et d’aussi complexe.

Tous les journalistes français doivent vous poser la question mais pourquoi avoir mis la chanson La Javanaise de Serge Gainsbourg dans votre film ?

Je suis né en 1964 et quand j’étais enfant, au Mexique, Gainsbourg passait beaucoup à la radio, notamment avec cette chanson mais aussi avec « Bonnie & Clyde », qui fut un gros tube. Jacques Brel était très connu aussi et les chanteurs français en général étaient très appréciés. Tout cela faisait partie d’une sorte de vague française moderne qui touchait également la mode, les voitures, la décoration… Tout ce qui était français était alors… Comment pourrais-je dire ça ? C’était très « modern pop ». Et moi j’écoutais donc ces chansons. Je me souviens de cette chanson fameuse… Comment ça s’appelait ? Avec les ahanements de la fille…

La bande-annonce de LA FORME DE L’EAU

« Je t’aime, moi non plus » ?

C’est ça ! « Zeu t’aimeu, moa non plou ! » (en français, puis il se met à chanter le refrain en rigolant) Je devenais tout excité en écoutant ça, c’était comme regarder un porno mais avant même de savoir que le porno existait ! (rires) Mais il n’y a pas que Gainsbourg dans mon film comme influence française : on entend aussi de l’accordéon dans la bande son, mon compositeur est d’ailleurs français, ça parle d’amour, de cinéma, il y a du sexe… Et de manière beaucoup plus libérale et épicurienne qu’un film américain. J’ai toujours dit que c’était mon film français et je ne rigole pas en disant ça. Quand je voyais mes copains Alejandro González Iñárritu et Alfonso Cuarón durant la production du film, ils me demandaient « Alors ? Tu en es où avec ton film français ? » (rires) La vocation du cinéma m’est venue par des choses très légères. Pas du cinéma important comme CITIZEN KANE ou CHANTONS SOUS LA PLUIE. C’était du cinéma du dimanche, des trucs colorés et agréables. Pas des films d’horreur, je n’avais pas envie de réfléchir, mais plutôt des films comme L’HISTOIRE DE RUTH ou les comédies de Doris Day. Elisa, dans le film, est amoureuse de ce genre de films. Ce n’est pas du grand cinéma mais c’est du cinéma. N’importe quel film peut vous sauver la vie. À un moment ou à un autre, certains d’entre nous, beaucoup d’entre nous peut-être, ont été sauvés par le cinéma. Je sais que c’est mon cas. J’ai eu des moments dans ma vie où je ne voulais pas rentrer chez moi, où je me sentais complètement détruit, et c’est un film qui m’a sauvé la vie, qui m’a fait rire, qui m’a fait pleurer… Le truc le plus important avec un film comme LA FORME DE L’EAU, c’est qu’il doit transmettre une émotion. Quand vous voyez un film dans une salle de cinéma, dans un festival ou ailleurs, la première chose que vous faites c’est de ressentir une émotion, pas de réfléchir. Et ça, c’est de plus en plus rare de nos jours.

Oui, en particulier les films de studios hollywoodiens de ces dix dernières années. Les blockbusters sont devenus d’une indigence narrative et émotionnelle… Excepté PACIFIC RIM bien sûr ! (rires)

Et bien je ne peux qu’être d’accord avec vous « mon ami » ! (en français) Je voulais faire ce film pour plein de raisons mais il est sorti au moment où Warner et Legendary étaient en train de divorcer. Et je pense qu’il en a souffert. Bon, c’est la vie, mais vous voyez, quand je vous ai énuméré les films que j’aime le plus parmi ceux que j’ai faits, il en fait partie. Je l’adore.

La saison 2 de CHASSEURS DE TROLLS vient d’arriver sur Netflix et la première saison a apparemment été un carton. Pourtant, je ne vois pas vos fans et ceux qui aiment votre cinéma s’enthousiasmer sur cette série, comme si ils l’avaient regardée du bout des yeux, voire même pas regardée du tout…

Oui, la première saison est le plus gros succès de Netflix dans la catégorie des programmes familiaux. C’est donc un vrai carton mais en effet, j’ai l’impression que c’est le grand public qui a fait ce succès et pas forcément mon public habituel. J’explique cela par deux raisons : tout d’abord, je pense que ceux qui aiment mon cinéma ont pensé que c’était un truc pour les gamins et que ça ne les concernait pas, et ensuite je crois qu’ils ont pensé que j’avais simplement supervisé d’un peu loin la production de la série, alors que je m’y suis investi corps et âme. Mais bon, je ne m’inquiète pas, je crois que cette saga va faire son chemin et que mes fans finiront par l’apprécier pleinement. Surtout avec la saison 2, qui porte encore plus ma patte.

Une dernière question, importante pour moi. Deux jours avant le palmarès du festival de Venise, vous avez posté sur Twitter un article à propos d’une découverte majeure dans les glaces de l’Antarctique. Puis, vous avez décroché le Lion d’Or à Venise. Et enfin, peu de temps après, ÇA, le film d’Andres Muschietti, est devenu le plus gros succès pour un film d’horreur classé R. Donc, en voyant tout ça se succéder, je me suis dit que c’était le bon moment pour relancer LES MONTAGNES HALLUCINÉES !

Je n’ai jamais abandonné ce projet. Jamais. Regardez ma bague. (il me montre sa main gauche, avec une bague frappée d’armoiries au nom de l’Université de Miskatonic et portant la date 1930) Là, c’est la date de l’expédition qu’il y a dans le roman. Je porterai cette bague jusqu’à ce que je réalise ce film, comme un talisman, car je ne veux pas lâcher ce projet. Mais je ne sais pas si j’y arriverai à l’heure actuelle. Il faudrait que je réécrive encore le script pour qu’il colle avec un budget de 60 ou 80 millions de dollars mais c’est très dur de repenser tout ça. Je vais essayer quand même. Mais honnêtement, je ne sais pas ce qui va m’arriver dans les mois à venir car, pour la première fois depuis 53 ans, je vais me prendre une année sabbatique. En tant que réalisateur. En tant que producteur, je continue CHASSEURS DE TROLLS et on vient de finir THE STRAIN. Mais je ne veux pas me lancer dans un film pour l’année qui vient. Je veux aller à la plage, lire des bouquins, voir des films…

OK Guillermo, mais faites LES MONTAGNES HALLUCINÉES s’il vous plaît. Je ne veux pas mourir sans avoir vu ce film moi…

Je ne veux pas non plus mourir avant de l’avoir fait, mais si je meurs, c’est que je dois mourir ! (rires)

Remerciements à Jean-Christophe Buisson et Alexis Rubinowicz

Des extraits de cet entretien ont été publiés dans un portrait de Guillermo Del Toro paru dans le Figaro Magazine du 23 février 2017.

LA FORME DE L’EAU de Guillermo del Toro : en salles depuis le 21 février 2018.

10 Commentaires

  1. Max

    Merci pour cet entretien et merci d’avoir évoqué Les Montagnes Hallucinées. Vu la forme de l’eau hier soir, magnifique

    • Max

      Juste si je puis demander, quand il dit en parlant de Pacific Rim 2 : « j’ai lu le script, j’ai vu les story-boards et évidemment, je ne suis pas objectif mais… » cette fin de phrase laissait penser quelque chose d’optimiste ou le contraire ?

      • Arnaud BORDAS

        Honnêtement Max, on sentait clairement qu’il allait dire quelque chose de positif, mais bon je ne peux pas lui jeter la pierre : il a quand même un poste de producteur exécutif sur le projet et il ne peut donc pas faire de l’anti-promo. Ce qu’il dit ensuite n’est pas négatif mais en même temps, c’est imparable : je ne suis pas le réalisateur de ce film donc si le réalisateur veut s’accaparer mon univers et le traiter différemment, il peut parfaitement le faire. Voilà. En espérant avoir répondu à ta question.

        • Max

          Oui merci pour la réponse. Même si cette suite me semble bien triste sans le maître à la barre, le fan de kaiju au fond de moi espère tout de même une surprise, ou du moins quelque chose de potable…

  2. Merci pour cet entretien passionnant 🙂
    La Forme de l’eau est en effet un pur bijoux cinématographique, porté par une émotion et une mise en scène qui fait la part belle au « non-verbale » – le symbolisme y est plus fort encore que dans ses films précédents. Et pour ma part, j’adore Chasseur de Troll, c’est aussi jubilatoire et étonnant d’ambition 🙂

  3. Euh

    Un bel entretien d’un réalisateur passionné. Quand on pense que son gros cadeau aux geeks « Pacific rim » a été rejeté par beaucoup d’entre eux, pour un scénario soi-disant « inexistant »…

  4. jackmarcheur

    « Pour le reste, je m’habille comme une merde, je n’ai pas besoin d’une île, d’un putain de jet privé ou d’une Lamborghini. Est-ce que je préfère avoir une foutue Lamborghini garée dans mon allée ou faire un bon film ? Bah faire un bon film pardi ! »

    té bin entendre ça de la part de ce génie, ça fait trop chaud au coeur ! Le seul truc que j’ai envie de dire à Guillermo , c’est : maigris un peu comme ça tu vas vivre plus longtemps en bonne santé pour faire pleins de films encore pour nous ! T’as qu’à demander à Peter Jackson comment il a fait ! J’ai trop hâte de voir la Forme de l’eau ! La BA est magnifique. Au fait est-ce un film pour les adolescents ?

  5. Stephan

    Merci M. Bordas pour ce passionnant entretien. Quel plaisir de lire l’interview d’un réal passionné par un journaliste passionné ! Cela fait combien de temps que vous connaissez Del Toro? On sent une vraie complicité dans l’échange.
    J’ai toujours dit que c’était mon film français et je ne rigole pas en disant ça. Quand je voyais mes copains Alejandro González Iñárritu et Alfonso Cuarón durant la production du film, ils me demandaient « Alors ? Tu en es où avec ton film français ? »
    Super nouvelle, La forme de l’eau est donc un film de genre français !! Cela doit vous remonter le moral M. Bordas après Grave (qui m’a plutôt touché, désolé).
    Et l’accueil chaleureux de ce film, après celui mitigé (et du coup incompréhensible en ce qui me concerne aussi) de Pacific Rim et de Crimson Peak, fait chaud au cœur.
    Au sujet de Trollhunter, peut être justement que Capturemag pourrait publier un petit papier pour mettre en avant la série et proposer une belle analyse, comme Aurélien Noyer l’a fait avec Rick and Morty, à l’occasion. Ou vous en parlerez dans la partie 2 du podcast consacré à Del Toro?

  6. Bob Crane

    Tres sympa cette interview ! et je comprend Arnaud sur les LES MONTAGNES HALLUCINÉES cette adaptation est faite pour lui et on l’attend tous !

  7. Jules

    Bon, maintenant qu’il a son OSCAR, ça devrait rassurer les banques. On peut relancer LES MONTAGNES HALLUCINÉES !

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