EN CONNAISSANCE DE CAUSE

En salles depuis le 2 mai dernier, OTAGES À ENTEBBE confirme le retour en état de grâce du réalisateur José Padilha, après sa désastreuse expérience de studio sur le remake de ROBOCOP. En multipliant les différents points de vues sur la fameuse « Opération Thunderbolt », le réalisateur de TROUPE D’ÉLITE signe un thriller politique tendu, mais aussi emprunt d’une véritable humanité prégnante. Du grand cinéma, poignant et documenté.

Les véritables événements relatés dans OTAGES À ENTEBBE ont maintes fois été portés à l’écran par le passé. Quelle a été votre approche du projet ?

Pour mettre les choses au clair, j’aimerais déjà préciser que je ne suis pas à l’origine du projet. Il a été initié par Working Title, qui avait déjà dans ses tiroirs un scénario signé Gregory Burke, basé sur un livre de l’universitaire Saul David publié en 2015. Beaucoup de temps s’est donc écoulé entre les événements de 1976 et le moment où le professeur David a fini ses recherches. On m’a envoyé le scénario et en tant que réalisateur, je l’ai lu pour évaluer si je pouvais en tirer un film. Mon premier constat, c’est que ce scénario approchait les évènements sous un angle différent, il ne se plaçait pas du point de vue militaire. Il ne suivait pas les préparations qui ont eu lieu pendant ces sept jours au sein de l’armée israélienne mais se concentrait plutôt sur la relation entre les pirates de l’air et les otages, avec un focus plus prononcé sur les pirates de l’air allemands. Dans le même temps, le scénario évoquait aussi la relation entre Shimon Peres et Yitzhak Rabin et la façon dont ils ont géré les options envisageables pour résoudre cette crise. C’est un point de vue qui m’a été proposé, mais qui n’avait pas été exploré jusque-là, tout du moins dans les films et documentaires que j’ai pu voir sur le sujet, et cela m’a paru intéressant à explorer. J’ai donc décidé de lire le livre, mais le compte-rendu des évènements y était sensiblement différent. D’ailleurs, j’aimerais préciser qu’il n’existe pas un seul compte-rendu israélien des événements, mais plusieurs ! (Rires) Alors quand je lis dans la presse que le récit du film est différent de la version officielle israélienne, je sais que c’est une lecture superficielle car je me suis entretenu avec de nombreux soldats présents au moment des faits et ils m’ont tous raconté des choses différentes. Quoi qu’il en soit, je suis parti pour Tel Aviv et j’ai passé beaucoup de temps à interviewer des participants à l’opération. Je me suis notamment entretenu pendant deux jours avec Ehud Barak, l’ancien premier ministre, qui était très proche de Yoni (1). Ils vivaient dans le même immeuble, lui au quatrième étage et Yoni au troisième avec sa compagne Bruria. J’ai également interviewé nombre des soldats qui étaient dans le premier avion et qui ont lancé l’assaut sur le terminal. Nous avons aussi interviewé des otages, en nous focalisant sur ceux qui n’avaient pas d’agenda politique, à savoir les pilotes et ingénieurs de vol français. Quand je les ai rencontrés, je leur ai demandé si le livre de Saul David était exact dans sa description des faits, et il s’est avéré que c’était le cas. Il peut prétendre à un récit objectif des faits. C’est à ce moment-là que je me suis décidé à faire le film.

LA BANDE-ANNONCE DE OTAGES À ENTEBBE

L’opération « Thunderbolt » est considérée comme l’un des grands accomplissements de l’armée israélienne, mais quand on regarde le film, on a le sentiment que vous vouliez conclure sur une note plus réservée, plus amère même…

Ce n’est pas tant qu’il s’agit d’un sentiment personnel que je voulais faire passer. C’est ce qui s’est passé, dans les faits. Mon but avec ce film n’est pas de questionner le succès ou non de l’opération « Thunderbolt ». Personne sur ce projet ne voulait faire ça, d’ailleurs. Ceci étant dit, il est très facile de remettre en question l’idée que cette opération a été un succès. Prenez le nombre de victimes par exemple. Dans les trois semaines qui ont suivi la prise d’otages, Idi Amin Dada a persécuté et tué 245 Kényans innocents qui vivaient en Ouganda, à savoir le double du nombre d’otages sauvés. Pourquoi ? Parce que le Kenya a permis aux troupes israéliennes de se servir de l’aéroport de Nairobi afin de monter l’opération. Comment peut-on parler de succès, du point de vue des pertes humaines ? Ce n’en est pas un, sauf si l’on se soucie seulement des vies israéliennes. Toutes les vies importent pour moi, donc je ne considère pas cette opération comme un succès.

Peut-t-on dire que OTAGES À ENTEBBE prend en compte toutes les répercussions géopolitiques de cet événement central qu’a été la prise d’otages ?

Pas toutes non. Il est impossible de prendre en compte toutes les répercussions de cet événement, il y en a eu tellement… Comme je l’ai dit, mon objectif n’est pas de réfuter la réussite de l’opération « Thunderbolt » car dans ce cas, j’aurais raconté la suite des événements et l’histoire des Kényans. Tout le monde sait ce qu’il s’est passé, mais les gens choisissent de l’ignorer. C’est leur choix. Avec OTAGES À ENTEBBE, nous voulions relater la relation entre Yitzhak Rabin et Shimon Peres car elle est finalement très représentative d’une problématique encore très actuelle. Voyez-vous, quand Rabin est arrivé au pouvoir, il a remporté l’élection d’une courte tête face à Peres. Sa plate-forme politique était de diminuer le budget de l’armée israélienne. Je le sais car j’ai longuement interviewé l’assistant de Yitzhak Rabin, ainsi que son fils Yuval. Shimon Peres était plus belliciste, il voulait pour sa part augmenter ce budget. Quand surviennent les événements d’Entebbe, Peres est catégorique : il ne faut pas négocier par principe, mieux vaut la mort des 103 otages. C’est ce qu’a rapporté Henry Kissinger à l’époque. Ce parti pris a mis Rabin dans une situation complexe d’un point de vue politique, car il ne croyait pas qu’une opération sûre à 100% puisse être envisageable. Il réfléchissait donc réellement à la possibilité de négocier avec les preneurs d’otages, tout en étant conscient qu’il en paierait lourdement le prix. Selon moi, c’est le sujet même du film, et il reste très pertinent de l’évoquer aujourd’hui. Pourquoi ? Si vous vous penchez sur une situation aussi extrême de celle survenue à Entebbe, vous vous rendez compte que les politiciens israéliens s’obligent à d’énormes restrictions en ce qui concerne les négociations avec leurs homologues palestiniens. C’est d’ailleurs le cas du côté Palestinien aussi. On ne parle pas directement de ça dans le film, mais c’est là. L’Histoire est très claire sur ce point. Quand Yitzhak Rabin a négocié les accords d’Oslo, il a été assassiné par un extrémiste orthodoxe. Le climat en Israël à l’époque – alors que les politiciens cherchaient réellement un accord – était terrible. Les gens tenaient des rassemblements en chantant « Mort à Rabin ! » et Benjamin Netanyahu y participait. Des rabbins signaient des lettres prétendant qu’il était acceptable de tuer Rabin. Cela vous donne une idée de la problématique. Je vais placer les choses comme ça : pour être un courageux soldat israélien, il fallait faire ce qu’on fait ces hommes, Yoni compris, lorsqu’ils sont entrés dans l’avion. Pour être un courageux politicien israélien, il fallait faire ce que Rabin a tenté de faire. C’est le nœud de l’affaire selon moi. Pour être équitable, lors des accords de Camp David en 2000, Ehud Barak a fait une proposition à Yasser Arafat et la plupart des leaders mondiaux pensaient qu’il allait la prendre en considération et négocier sur cette base. Mais selon Bill Clinton, Arafat a tout refusé en bloc. Pourquoi ? À ce moment précis, négocier lui aurait fait perdre sa position politique en Palestine. Il est essentiel de comprendre qu’Israël et la Palestine sont enfermés dans un cycle de peur perpétuel. Le conflit dure depuis trop longtemps et trop de politiciens, d’un côté comme de l’autre, sont arrivés au pouvoir en disant au peuple qu’il le défendrait contre son ennemi. C’est la même chose aujourd’hui quand Donald Trump dit aux Américains qu’il va les défendre du Mexique. C’est une carte facile à jouer, mais une fois que vous l’avez fait, vous positionnez l’autre comme l’ennemi. À partir de là, comment négocier ? Il me semble donc très important de parler de ce piège. Les politiciens israéliens préféreraient ne parler que du sacrifice de Yoni mais moi ça ne m’intéresse pas, je préfère parler de ça.

Le film s’ouvre sur une séquence de danse moderne qui irrigue tout le film et culmine dans la scène de l’assaut pour y rajouter une véritable tension dramatique. Certes, le film est très documenté et recherché, mais sur cet élément important, vous adoptez un point de vue de cinéaste. Quelle était votre intention derrière cette idée très cinématographique ?

Ce que vous dites est intéressant. Nous faisons effectivement un film qui se base sur des faits réels. Je suis documentariste avant tout, je fais ça depuis longtemps et dans ce type d’exercice, le film aborde deux dimensions distinctes. D’une part, il y a celle que je qualifierai d’épistémologique, qui tient à la relation entre l’histoire que vous racontez et ce qui s’est passé dans la réalité. D’autre part, il y a la dimension dramatique, qui tient à l’art cinématographique. Comment structurer cette histoire ? Est-ce qu’on peut utiliser la technique du flashback, ce qui n’existe pas dans la réalité ? Est-ce qu’on utilise de la musique ? Tout cela est possible bien sûr, en fonction des faits qui sont énoncés dans le film. En tant que cinéaste, je me dois de faire des choix dramatiques. Tous les cinéastes le font, même sur un documentaire, et ces choix tiennent du cinéma : est-ce que j’opte pour un montage rapide ? Est-ce que j’en fais un thriller ? Dois-je ralentir le rythme ? Je prends les choix que je fais à bras le corps, en bien ou en mal. La danse moderne a une signification particulière pour moi : c’est un groupe de danseurs qui monte sur scène avec des habits orthodoxes, et ils représentent selon moi l’afflux des juifs en Palestine, avant et après la Seconde Guerre Mondiale. Quand ils commencent à danser, leurs mouvements font allusion à une douleur qu’ils s’infligent à eux-mêmes. On les voit se flageller le dos. Au fur et à mesure que le film avance, ils se mettent à s’arracher leurs habits orthodoxes et le seul danseur qui refuse de le faire tombe à répétition, et retourne sur sa chaise en rampant. Pour moi, il s’agit d’une métaphore assez claire sur ce que le film essaie de dire, à savoir qu’il faut se débarrasser de l’orthodoxie, sinon aucune négociation ne sera possible. Mais je voulais faire passer cette idée de façon cinématographique, plutôt que de l’écrire sur un carton dans le générique de fin. J’ai donc intégré cette scène de danse pour signifier ceci. Je suis parfaitement conscient que certaines personnes vont aimer ça autant que d’autres vont détester mais personnellement, ça me plait.

Toutefois, il arrive parfois que le film dévie des simples faits, pour s’aventurer dans la fiction pure. Je pense à cette scène très empathique de la confession du personnage de preneuse d’otages interprétée par Rosamund Pike…

Cette scène n’est effectivement jamais arrivée en vrai, mais elle était déjà dans le script de Gregory Burke. Ce n’est pas moi qui l’ai rajoutée. Personne ne sait ce dont les preneurs d’otages parlaient entre eux. J’ai ma petite idée sur les échanges entre Böse, le meneur du commando, et le pilote Jacques Lemoine, puisque j’ai parlé avec ce dernier et il était d’ailleurs avec nous lors de la première du film à Berlin. Sur ce point, j’ai des informations de première main. Nous avons essayé d’examiner l’état d’esprit des preneurs d’otage, notamment à travers les témoignages des otages, recueillis par Saul David. Nous avons pu nous faire une bonne idée des intentions de Böse par exemple. Böse a fait ce qu’il a fait au nom du Marxisme. Il était très perturbé par le fait que les otages ont commencé à le traiter de nazi, parce qu’il se comportait comme tel en séparant les otages entre juifs et non-juifs. Bien sûr, il a essayé de se défendre en débattant sur l’idéologie derrière ses actions, tout en pointant une arme sur ses interlocuteurs. C’était assez dingue. De son côté, Brigitta Kuhlmann devenait folle, petit à petit. La plupart des passagers disent qu’elle était de plus en plus violente, de façon à ne pas avoir à s’occuper d’eux. Je voulais exprimer cette folie qui s’est emparée d’elle, et Gregory Burke a eu l’idée de ce coup de fil qu’elle passe à Juan Pablo, qui représente dans le film une personne réelle, Gerd, qui avait refusé de prendre part à la prise d’otages. Dans cette scène, Brigitta prend conscience de l’absurdité qui se cache derrière sa violence, et nous avions besoin qu’elle l’exprime à quelqu’un de confiance, mais aussi face aux spectateurs qui prennent en compte sa folie. Mais comme vous l’avez souligné, cette scène n’a jamais eu lieu : elle n’a jamais traversé le tarmac de l’aéroport pour aller passer ce coup de téléphone.

Avec OTAGES À ENTEBBE, vous vous retrouvez à nouveau en pleine possession de vos moyens. Cela a du vous changer, après l’expérience difficile sur le remake de ROBOCOP, non ?

Ce sont deux projets totalement différents. ROBOCOP était un film budgété à 130 millions de dollars et financé par deux studios, MGM et Sony. Vous savez, les exécutifs de studios sont des gens très conservateurs. Ils vivent dans la peur, car des grosses sommes sont en jeu, donc ils veulent garantir le succès du film, étant donné que les revenus du studio proviennent des entrées de leurs productions. Il faut donc tempérer la violence, produire un film qui soit classé PG-13, ce genre de choses. OTAGES À ENTEBBE est un plus petit projet, il a coûté dans les 20 millions de dollars, peut-être un peu plus. Working Title est une structure plus modeste, qui a financé le projet à travers différents deals de distribution dans le monde entier. Il y a plus de liberté, car il y a moins d’anxiété à la source. Dans l’intervalle entre ROBOCOP et OTAGES À ENTEBBE, j’ai travaillé sur la série NARCOS pour Netflix, et là par exemple, il n’y a aucune pression. Pourquoi ? Parce que même si la série ne trouve pas son public, Netflix ne perd pas d’argent pour autant. Leurs revenus proviennent des abonnements mensuels, et non des chiffres de la série. Netflix peut donc prendre des risques. Si vous vous penchez sur la structure économique des différents projets, vous aurez une idée très précise de la marge de manœuvre autorisée.

J’entends bien. Mais pour un cinéaste comme vous, habitué à faire ce qu’il veut sur des films comme TROUPE D’ÉLITE et OTAGES À ENTEBBE, ROBOCOP a du être une expérience douloureuse non ?

Ça n’était pas du tout pareil, c’est sûr. Il y a différents degrés de liberté. Mais je comprends tout à fait qu’un studio qui investit une telle somme soit en droit de s’assurer qu’il va récupérer sa mise. Je ne me suis pas lancé dans ROBOCOP en pensant que j’allais contrôler la production de bout en bout. C’est un film qui a eu du succès d’ailleurs. Il a largement remboursé son budget, il a même été profitable. Je suis relativement content du résultat, et le film est apprécié par beaucoup de gens. Cela reste un film politique, avec une critique de la société américaine, comme le film original. La véritable complication sur ROBOCOP, c’est que nous n’avions pas de scénario terminé. MGM et Sony ne voyaient pas nécessairement les choses du même œil, donc nous ne pouvions pas nous arrêter sur une version du scénario. Et quand vous entrez en production sans une direction claire et précise, dictée par un scénario plus ou moins définitif, vous n’êtes pas tout à fait certain de ce que vous allez devoir filmer. Cela créé un environnement stressant, à la fois pour moi mais aussi pour les exécutifs du studio. C’est ce qui s’est passé sur ROBOCOP. La leçon à en tirer, c’est de ne pas recommencer et d’avoir un scénario définitif avant de lancer la production.

Propos traduits par Matthieu GALLEY

Cet entretien a été réalisé pour les besoins de l’émission LE GRAND FRISSON. Merci à Joachim Landau, Empreinte Digitale et Ciné+ Frisson pour la possibilité d’en publier ici la version complète.

(1) Il s’agit de Yonathan Netanyahu, commandant du commando israélien lors des faits et frère de l’actuel premier ministre Benjamin Netanyahu.

À ÉCOUTER ÉGALEMENT : L’ÉPISODE DE NOCINÉ CONSACRÉ AU FILM.

OTAGES À ENTEBBE de José Padilha : en salles depuis le 02 mai 2018

7 Commentaires

  1. midnighter

    c’ est tout de meme curieux cette insistance à vouloir absolument lui faire dire que ça s’ est mal passé sur le remake de robocop…………….ceci dit il reconnait que les costards cravates ont une trouille bleue en matière de prise de risques

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      Curieux comment ? Il l’a dit PENDANT le tournage que ça se passait mal, donc je voulais avoir des informations supplémentaires.

      Qu’il ait du recul aujourd’hui, au point de minimiser la situation, c’est une chose. Après, j’estime que le film parle pour lui dans l’ensemble de la carrière du bonhomme.

      • Mehdi

        Merci Stéphane pour cet entretien.
        Je suis allé voir le film cet après-midi. C’est vraiment dommage de voir des œuvres aussi excellentes, qui osent aborder des sujets encore complexes à notre époque , se bider au box-office. En tout cas super film.

  2. Raoul

    Une très bonne interview.
    Padilha contre le confis israelo-palestinien,
    Padilha contre les costard cravates,
    Un homme qui en a.

  3. Franck

    Un réalisateur résolument à suivre.
    Une idée de ses futurs projets ?

    • Steph

      Ce n’est pas mentionné dans l’article (mais dans le podcast je crois), il y a O’mecanismo (The mechanism) sur netflix depuis fin mars) : https://www.imdb.com/title/tt6873658/

      Mais tu l’as peut être déjà vu que c’est sorti avant le Otages a Entebbe.

  4. Steph

    Très bonne interview, c’est vraiment une bonne chose de pouvoir retrouver les ITW en intégrale sur le site de Capturemag. Merci de prendre le temps de le faire en plus du Grand frisson.

    Je n’avais pas du tout envisagé la scène de danse comme une métaphore. Et je dois avouer que je ne m’étais pas rendu compte en voyant le film de l’énorme travail de recherche effectuée par Padilha (recherche des rapports et entretiens avec les acteurs du drame).
    Du coup l’interview permet de se rendre compte combien le film de Padilha est réfléchi en fait.

    Du coup je me dis que peut être l’efficacité narrative du film (beaucoup de points de vue en seulement 1h40) joue un peu en sa défaveur…

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