BAS LES CASQUES !

C’est peu dire que le rôle de « Tête de fer » aura marqué la carrière de Robert Downey Junior, fusionnant avec son image de séducteur un brin cynique et déconneur, et faisant de lui l’une des plus grosses superstars actuelles (payé 500 000 dollars sur le premier IRON MAN, il a touché 50 millions de dollars sur AVENGERS, soit davantage que tous les autres acteurs principaux réunis !). En plein marathon promotionnel pour IRON MAN 3, l’acteur fait une pause chez Capture pour répondre à nos questions.

À cause du succès et à cause de votre personnalité, au bout du 3e film, est-ce que vous avez pu mettre votre empreinte sur le film ?

Je crois qu’il y a trop de personnalités impliquées, trop d’egos à ménager sur un film comme celui-ci. Je ne peux pas arriver et dire « Okay, allez, laissez-moi faire le film que j’ai envie de faire ! ». Tout le monde va me bondir dessus en criant « Héla, attends voir ! ». Ce qu’est le film, on le doit essentiellement à Shane Black et Drew Pearce, qui sont deux gars très talentueux. Ils sont arrivés chez Marvel et ils ont discuté à n’en plus finir avec tout le monde durant deux semaines. Puis on leur a dit « merci » et lorsqu’ils sont revenus un peu plus tard avec un scénario, je me suis dit que c’était bien mieux que tout ce dont on avait discuté. C’était le film que nous avons ensuite tourné. J’étais réellement surpris quand j’ai découvert tout ce qu’ils avaient amené : l’histoire autour du Mandarin, tout ce qui se passe avec Tony Stark… Ça m’arrive très souvent de lire le script d’un projet sur lequel je suis engagé et de me dire « Putain ! Comment je vais faire pour tourner dans cette merde ?!! ». Là, c’était vraiment différent.

Qu’est-ce que cela fait de revenir à la réalité après un méga-blockbuster aussi extravagant qu’AVENGERS ?

C’est assez paradoxal en fait car lorsque je tournais le film, je n’arrêtais pas de m’extasier sur la taille du plateau, sur les décors qui explosaient, et ensuite, lorsque j’ai vu le film, je ne me préoccupais plus du tout de ça, je m’intéressais davantage aux personnages. Le film ne parle que de relations entre les gens. Mais vous savez, si j’étais un nerd du Comic-Con et que les producteurs me disaient « Vas-y, décide de ce que tu veux que l’on raconte dans IRON MAN 3 », je crois que je dirais « Je veux que l’armure du héros soit détruite, qu’il se batte pour la reconstruire, que Tony et Pepper soient séparés par les événements, je veux qu’il soit complètement déboussolé par la nature du méchant, qu’il en prenne plein la gueule quoi ». Car vous savez, si vous lisez le comic book, vous verrez que Tony doit parfois lutter très intensément… (silence) Nous avions tenté de traiter le thème de l’alcoolisme dans le précédent film mais ça ne marchait pas…

Ah bon, vous pensez vraiment cela d’IRON MAN 2 ?

Oui, nous ne sommes pas allés assez loin, je crois. Mais en même temps, si nous l’avions fait, les gamins se seraient exclamé : « Mais qu’est-ce qui ne va pas chez Tony ?? ». Donc certains ont calmé mes ardeurs et on a temporisé.

Comment interprète-t-on en même temps un super héros et un type victime de crises de panique ?

J’aime bien ce genre de challenges. Quand nous avons tourné la scène où Jarvis me dit « Monsieur, vous faites une crise de panique », j’ai pensé que le public n’y croirait pas. Tony Stark qui panique ? C’était invraisemblable. Je n’y croyais pas. Et puis tout ça s’est éclairci dans ma tête, grâce à Jon Favreau. En fait, j’étais passé à côté d’AVENGERS. IRON MAN 3 met en scène trois personnages qui se débattent avec la technologie et un méchant réaliste, qui n’a rien d’un extraterrestre. Et quand Jon Favreau est revenu, cette fois-ci non pas en tant que réalisateur mais juste pour reprendre le rôle de Happy Hogan, je lui ai demandé ce qu’il pensait de tout ça. Et il m’a répondu « Laisse tomber, je ne peux pas te répondre par rapport à ton personnage tel qu’il était dans le deuxième film. Depuis, avec AVENGERS, il s’est passé plein de trucs dingues, des mecs sont tombés du ciel, et là je n’y comprends plus rien ». Il s’était passé des trucs suffisamment incroyables pour que le tempérament de Tony en soit altéré.

Est-ce qu’on ne se sent pas parfois un peu seul sur un blockbuster aussi gros ? Et ne faut-il pas lutter pour rester concentrer sur ce que doit être le film ?

Je crois que, de toute manière, il y a pas mal de solitude dans la vie. Regardez vous autres journalistes : votre travail semble se dérouler ici, durant cette interview. Alors qu’en fait votre vrai travail vous attend dans votre bureau, lorsque vous devez retranscrire mes propos, extrapoler, recouper, etc. Ici, je pense que globalement, vous passez une agréable après-midi à discuter avec moi. Mais après, derrière tout ça, il y a trois semaines de travail infernal à essayer d’extraire un papier de tout ça, de trouver une ligne directrice, une ouverture, des perspectives… Et ça, c’est évidemment beaucoup de solitude. La part la plus importante du travail est souvent marquée par la solitude. Sur un tournage, lors d’une pause entre deux prises, je referme la porte de ma caravane derrière moi et je me prends la tête pendant deux heures. Non pas sur ce que doit être le film mais sur ce que j’ai fait ou ce que je vais faire. Est-ce que je ne me suis pas trompé ? Est-ce que j’ai été assez prudent ? Est-ce que je me suis suffisamment entraîné ?

Quel est votre premier souvenir d’acteur de cinéma ?

Certainement lorsque j’ai joué dans POUND, ce film que mon père a réalisé (un petit film étrange et très « arty » comme il en fleurissait au début des années 70, qui mettait en scène les animaux d’une fourrière, tous interprétés par des humains – voir l’extrait ci-dessous – ndlr). J’y jouais un petit chien. Dans une scène où mon personnage avait été blessé, ma vraie mère, qui interprétait ma mère dans le film, était penchée sur moi et pleurait comme si j’étais mort. De l’autre côté de la caméra, mon père me disait : « Garde les yeux fermés ! Garde bien les yeux fermés ! ». Je ressentais beaucoup de pression à faire ce genre de choses pour cette caméra. Je ne pense pas avoir été atteint du même syndrome que Shirley Temple ou Michael Jackson, celui de l’enfant dont la vie est détruit par le show business. Mais je crois avoir réalisé à ce moment combien il fallait prendre tout ça au sérieux.

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Et c’est toujours le cas ? Cette image de type marrant vous colle tellement à la peau…

Il y a deux manières de prendre la vie au sérieux : essayer de contrôler les choses ou bien essayer de les accepter. Je pense que je travaille plus dur que la plupart des personnes qui font ce genre de films.

Vous avez attendu les années 2000 pour devenir une star internationale. Pensez-vous que cela est finalement arrivé au bon moment ?

Oui, j’étais censé être une future star au début des années 90 mais après, j’ai tout fait foirer. Mais cela arrive à un certain nombre de gens : vous avez une opportunité, vous flippez et vous finissez par vous autodétruire. Vous savez, c’est un métier très exigeant, il faut travailler beaucoup pour réussir. Ce matin, par exemple, en me regardant dans la glace, je me suis dit « Comment ça va Robert ? » et j’ai alors réalisé à quel point j’étais fatigué. Toute ces choses, la promo, courir de pays en pays, essayer de voir son gamin au milieu de tout ça pour jouer un peu avec lui… Peu à peu, ce système vous vole votre vie. Mais je crois que c’est toujours le cas dès lors que vous faites quelque chose de productif. Ça finit par vous bouffer tout votre temps. Il faut faire attention à ça. Et en ce qui me concerne, j’avais besoin d’une certaine maturité pour ne pas passer à côté d’une opportunité comme celle d’IRON MAN et d’éviter le comportement idiot typique d’un adolescent, du style « Ouais, allez vous faire foutre ! ». Quand on est jeune, on a l’impression que ce genre d’attitude est cool, alors qu’en fait c’est complètement stupide. Désormais, je sens que j’ai la maturité suffisante pour arriver à gérer ce genre d’événement.

Remerciement particuliers à Aude THOMAS et Jean-Christophe BUISSON.

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