PLAYSTATION : THE NEXT-GENERATION

Voilà trois semaines, Sony nous demandait de marquer la date du 20 Février sur nos calendriers, à grands renforts de teasers cryptiques et de rétrospectives en vidéo sur l’historique de la marque Playstation. Comme tout le monde s’y attendait, la conférence qui a eu lieu mercredi aura vu le géant japonais dévoiler sa nouvelle machine, la Playstation 4. Voilà ce qu’il fallait en retenir au terme de deux heures de présentation.

Avant toute chose, un peu de remise en contexte nous paraît nécessaire. Au moment de présenter la PS3, Sony était les rois du pétrole. Auréolé du succès phénoménal de la PS2, détenteur d’une marque devenu synonyme du jeu vidéo pour le grand public, le constructeur se pose en conquérant et pense pouvoir tout se permettre. On connait la suite. Une concurrence qui débarque plus tôt sur le terrain et lui coupe l’herbe sous le pied, une présentation historiquement risible à l’E3 2006, un prix prohibitif et surtout une architecture technique propriétaire alambiquée avec laquelle les développeurs se débattront pendant un moment, condamnant longtemps la console à des portages inférieurs pour les jeux multi-plateformes. Autant d’éléments qui auront empêché la PS3 de faire les débuts fulgurants espérés et qui auront donné à Sony une image d’arrogance qui leur colle encore à la peau aujourd’hui.

Si l’on se permet de rappeler tout cela, c’est essentiellement parce que l’attitude perçue hier n’aurait pas pu être plus différente. À demi-mots, Sony a avoué l’échec de sa stratégie de technologie propriétaire exemplifiée par le Cell et a tenu à faire passer un message avant tout : la PS4 est une plateforme faite « par les créateurs pour les créateurs ». Plutôt que de tenter de forcer les développeurs à se plier à son hardware, le constructeur aura cette fois cherché à travailler de concert avec eux lors du processus d’élaboration des spécifications techniques de sa machine. En termes concret, ceci se traduit donc par une technologie embarquée relativement proche de celle des PC haut de gamme actuels : une puce made in AMD et appelée « Jaguar », un chipset graphique de 1,84 teraflops et surtout 8 gigas de mémoire RAM DDR5, soit un bond en avant considérable par rapport à la puissance de calcul de la génération précédente (pour comparaison, la PS3 ne bénéficiait que de 512 mégas-octet de RAM). Si la PS4 se veut donc à l’instar de son aînée comme un monstre de puissance, la philosophie qui préside à sa conception n’est plus du tout la même. Symbole de cet état de fait, l’architecte en chef de la console n’est plus un Japonais mais un Américain, Mark Cerny, vétéran de l’industrie ayant roulé sa bosse sur quantité de franchises made in Sony ou autres (SONIC, CRASH BANDICOOT, JAK AND DAXTER, UNCHARTED pour ne citer qu’elles).

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Cette optique collaborative ne représente cependant qu’un des piliers de la stratégie de Sony pour cette nouvelle génération. Seul aperçu concret du hardware, la Dual Shock 4 mérite qu’on s’y attarde. Enfin bénéficiaire d’un nouveau design, la manette embarque avec elle quantité de fonctions annexes, conformément à ce que laissait entendre diverses fuites ayant précédé la conférence. Un touchpad avant (similaire à celui de la Vita), un haut-parleur et une prise jack, une sensor bar fonctionnant en combinaison avec un nouveau Playstation Eye qui devrait être vendu en série avec la machine sont autant d’ajouts exploitables pour les jeux. Mais le plus important est l’ajout d’un bouton « share » permettant de partager instantanément captures d’écran et vidéo sur les réseaux sociaux. Le social, voilà l’autre concept important qui préside à la PS4. Dans un monde où tout est désormais connecté, Sony veut ainsi mettre l’accent sur le partage et la communauté, tout en simplifiant autant que possible l’utilisation pour le joueur. L’ajout de fonctionnalités telles qu’un mode veille pour la console, permettant d’interrompre et reprendre sa partie sans passer par un long processus de boot, la possibilité de commencer à jouer pendant le téléchargement d’un jeu vont ainsi dans ce sens ou celle de faire appel à un ami pour qu’il prenne le contrôle de votre partie pour vous aider à franchir un passage difficile sont autant d’indications en ce sens. Et le cloud sera de toute évidence un outil important vers ce but pour un Sony bien décidé à mettre à profit son coûteux rachat de la société Gaikai. Présent sur scène, son fondateur David Perry (dont les vieux briscards se souviendront pour ALADDIN ou EARTHWORM JIM) aura ainsi promis le partage de vidéos sur Ustream, la possibilité de tester n’importe quel jeu avant de l’acheter, le remote play des jeux PS4 sur Vita (et un petit coup à la WiiU au passage) et, à plus long terme, une rétrocompatibilité via le streaming de l’ensemble des anciennes plateformes Playstation, de la 1 à la 3 (car, architecture différente oblige, il faudra malheureusement faire une croix sur la rétrocompatibilité physique des jeux PS3 sur la nouvelle), qui pourrait même être étendue à d’autres appareils. Reste à voir si cette dernière promesse sera tenue.

Dans l’ensemble, tout ceci offre des perspectives prometteuses et indique que Sony semble désormais vouloir mieux anticiper les attentes du marché. Mais évidemment, ce qui fait avant tout l’attrait d’une console ce sont ses jeux. De ce point de vue, Sony était venu armé, fort de ses nombreux studios internes comme du soutien des éditeurs tiers qui a été mis en avant via un graphique montrant les 149 studios développant pour la bécane. En ce qui concerne ce qui aura été effectivement montré, le bilan est plutôt en demi-teinte. Il fallait probablement s’y attendre, mais le fossé graphique qui existe entre la génération actuelle et la prochaine ne s’annonce pas comme aussi grand que lors de la précédente. Assez logique au vu des composants (et permettant au moins à Sony de s’assurer une parité pour les titres multi) mais ceux qui s’attendaient avant tout à se prendre une baffe technologique en auront été pour leur frais. D’autant que comme souvent dans ce genre d’évènements, le doute plane toujours sur la véracité de ce qui a été montré (remember KILLZONE 2  à l’E3 2005), quand bien même les développeurs nous assurent qu’il s’agit de trailers réalisés avec le moteur de leurs jeux. En ce qui nous concerne, et tout en restant conscient que les jeux de première génération sur une nouvelle machine sont souvent les moins intéressants, c’est surtout le manque de propositions originales qui nous aura frappé, aussi alléchants que puissent être certains des titres dévoilés. Petit tour d’horizon.

Côté first-party, le tout premier jeu montré l’aura été par Cerny lui-même, qui travaille au sein du Japan Studio sur KNACK, qui apparaît comme un jeu d’action aventure se positionnant sur le même créneau cartoonesque et bon enfant qu’un RATCHET AND CLANK, et dont on retient surtout pour l’instant qu’il devrait servir de démo pour la façon dont la console peut gérer indépendamment plusieurs centaines d’objets à l’écran (le personnage titre étant composé de pièces multiples).

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KILLZONE SHADOW FALL aura montré que Guerrila Games maitrise toujours son affaire rayon technique, la différence avec les précédents épisodes ne se fait pas franchement sentir. Au moins y’a t’il un peu plus de couleur cette fois-ci, et le concept d’une cohabitation forcée entre Vectans et Helghasts pourrait amener un peu plus de subtilité s’il est bien exploité. Signé Evolution Studios (MOTORSTORM), DRIVE CLUB semble avant tout destiné aux amateurs de car porn, sa présentation ayant été à la limite du fétichisme. L’accent aura été également mis sur les fonctionnalités sociales, là encore, puisque le jeu veut privilégier un gameplay en équipe. Classique donc, sûrement très bien fait, mais en toute honnêteté, nous ne sommes pas vraiment le cœur de cible.

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Plus intéressant pour nous, en revanche, INFAMOUS SECOND SON, nouveau titre dans la série super-héroïque de Sucker Punch. Conformément à la fin du deuxième, exit Cole McGrath, l’action se déroulant sept ans plus tard et ayant pour héros Delsin Rowe, un jeune homme réfractaire à l’autorité qui va se retrouver doté de super pouvoirs. Au vu de sa thématique axée sur les nouveaux moyens de surveillance et la perte des libertés individuelles, Sucker Punch semble vouloir aller marcher sur les plates-bandes de WATCH DOGS (également présenté dans une nouvelle vidéo de gameplay). Le trailer ne donne pas forcément grand chose à se mettre sous la dent, mais on restent clients si la qualité des deux précédents se maintient.

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Enfin, Media Molecule aura fait la démonstration de leurs nouveaux outils, qui permettront entre autres joyeusetés de faire de la sculpture virtuelle ou de jouer les marionnettistes à l’aide du PS Move. On se demande quelles seront les applications concrètes dans un jeu (et on pense fortement que 99% des joueurs risquent de s’en servir pour faire des bites, évidemment), mais cela apportait à tout le moins un brin de fraîcheur.

Pour ce qui est des tiers, le plus intéressant aura été la présence sur scène de Jonathan Blow, le créateur de BRAID, venu présenter son prochain jeu, THE WITNESS, annoncé comme exclusif sur consoles à la PS4 lors de sa sortie. Plus que pour le jeu en lui-même, dont le concept reste encore plutôt abstrait et pas forcément bien vendu par sa bande-annonce, l’intervention de Blow est significative de la volonté de Sony de s’attirer les faveurs des développeurs indés, dont l’importance va grandissante, et l’annonce de la possibilité pour ces derniers de s’auto publier sur le PSN apparaît comme un bel encouragement à venir chez eux. On décernera en revanche sans problème la palme du foutage de gueule à un Square-Enix qui donne l’impression de ne plus savoir comment faire, et qui se sera contenté de remontrer la même démo du Luminous Engine qu’il y à 8 mois à l’E3, avant de nous bouleverser par l’annonce de la présentation d’un nouveau FINAL FANTASY… au prochain E3. Merci d’être passé. Venu représenter Capcom, l’éminemment sympathique Yoshinori Ono aura été plus concret en montrant un work in progress de DEEP DOWN, un titre d’action aventure prenant place dans le même univers que DRAGON’S DOGMA et tournant sur le nouveau moteur propriétaire made in Capcom surnommé Panta Rhei. De loin la démo la plus impressionnante de l’évènement sur le plan technique, en particulier sur les effets de flamme saisissants.

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L’arrivée d’un représentant de Blizzard aura laissé entrevoir l’annonce d’une bombe, mais il ne s’agit au final que d’un portage du controversé DIABLO 3 pour PS3 et PS4. L’annonce d’un partenariat entre Blizzard et Sony laisse cependant entrevoir quelque chose de potentiellement plus lourd dans le futur. Enfin, Activision aura clos la conférence en faisant venir Bungie pour montrer DESTINY, par l’entremise d’une BA qui en dévoilait aussi peu que la présentation de la semaine dernière, et qui faisait surtout valeur de pied de nez à Microsoft, surtout avec l’annonce de contenu exclusif à la PS4.

On pourrait aussi parler des absents et des manques : pas de Naughty Dog, pas de Sony Santa Monica, pas de Kojima, pas de THE LAST GUARDIAN (pour changer). Sans surprise le prix n’aura pas été mentionné non plus, et la console en elle-même n’aura pas été montrée. Quant à la date de sortie, si elle est fixée à cette fin d’année, on ignore encore quels territoires en auront la primeur. Sony veut de toute évidence en garder sous le pied et éviter de répéter certaines erreurs du passé en termes d’annonces prématurées (on se rappelle tous avec émotion de la manette boomerang de la PS3), difficile donc de leur en tenir rigueur. On retiendra donc surtout de ce premier aperçu de la PS4 qu’il dévoile un Sony plus humble et porteur d’une vision d’ensemble et d’une philosophie pour sa machine qui apparaît comme plus unifiée et plus cohérente que par le passé. On en reste pour le moment au stade des promesses mais celles-ci sont plutôt de bon augure. Une chose est sûre : dans le prochain round de la guerre des consoles, le premier coup de canon vient d’être tiré, on attend désormais de voir comment réagira la concurrence.

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