LES SABLES DU TEMPS

On arrête tout ! La nouvelle vient de tomber au milieu d’un Comic-con qui ronronnait comme un moteur bien réglé. Le trailer de OZ : THE GREAT AND POWERFUL vient de sortir, on a eu droit à des images de PACIFIC RIM, une affiche du HOBBIT a été dévoilée, le retour de HELLBOY écrit et dessiné par Mignola a été annoncé pour décembre… Autant d’actualités enthousiasmantes mais néanmoins attendues.

Et soudain, une vidéo de Neil Gaiman qui annonce la parution en 2013 d’une mini-série Sandman écrite par ses soins et dessinée par J.H. Williams III. Dans la vidéo, Gaiman rappelle que lorsque la série originale SANDMAN commence, le personnage de Morpheus revient épuisé mais triomphant d’une galaxie lointaine, équipé de tous ses objets de pouvoir. La mini-série de 2013 racontera ce qu’il s’est passé dans cette galaxie lointaine.

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A elle seule, la reprise du personnage de Morpheus par Neil Gaiman est une nouvelle inespérée tant la série originale, publiée de janvier 1989 à mars 1996, est à juste titre considérée comme une des plus grandes oeuvres de la bande dessinée mondiale, tant par son audace narrative (plutôt que de suivre une intrigue linéaire, Gaiman met en place un canevas d’histoires et de personnages qui se resserre au fil des épisodes pour aboutir sur une conclusion inéluctable) que par son univers dense et symbolique. Au fil de la lecture, on croise des avatars éternels du Rêve, de la Mort, du Destin, des divinités du monde entier, un homme qui a décidé de ne pas mourir, une convention de serial-killer, William Shakespeare ou encore des personnages de comics comme Scott Free aka Mister Miracle, super-héros créé en 1971 par Jack Kirby. À l’époque, Neil Gaiman avait décidé de faire appel à différents dessinateurs entre chaque numéro, avec des grandes différences de ton, d’ambiance et de thème à l’arrivée. Et c’est le point faible de SANDMAN, car si certains numéros sont de toute beauté, pour d’autres, le dessin et leurs couleurs apparaissent désormais comme datés et peuvent rebuter le lecteur. À tel point que Vertigo est en train de publier une version entièrement recolorisé de la série.

Et c’est là que l’annonce faite au Comic-Con devient passionnante, car on y apprend l’implication de J.H. Williams III. Si le dessinateur a récemment travaillé sur Batwoman, il a surtout mis en images PROMETHEA, série écrite par le génial Alan Moore.

PROMETHEA relate l’histoire de Sophie, une étudiante de la fin du XXe siècle qui devient le nouvel avatar terrestre de Promethea, la personnification de l’imaginaire. Les premiers numéros semblent mettre en place une histoire assez classique où l’héroïne doit affronter des super-vilains démoniaques, mais rapidement ce schéma classique dévie. Sophie comprend qu’elle doit en savoir plus sur la nature de Promethea, de la magie et de l’imaginaire. Le comics se transforme alors en une exploration mystique des symboles qui peuplent les grands mythes. C’est par exemple l’occasion pour Alan Moore de consacrer un numéro en entier à l’histoire de l’univers racontée au travers des cartes du tarot.

Plus tard, Promethea découvre la symbolique qui unit l’Arbre des Sephiroth de la tradition kabbalistique, les différents niveaux d’existences, les divinités grecques, égyptiennes ou encore judéo-chrétiennes. L’exploration de chaque Sephira de l’Arbre de Vie donne l’occasion à J.H. Williams III de donner libre cours à sa versatilité en attribuant à chaque monde une identité visuelle forte, en accord avec l’interprétation qu’en donne Alan Moore.

En outre, on peut constater dans Promethea que J. H. Williams III excelle dans l’art de composer des planches regroupant un nombre impressionnant d’éléments et de symboles qui donnent tout son sens au discours du scénariste, sans pour autant sacrifier la représentation des enjeux et la tension qui en découle. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’excellente analyse par Scott McDaniel d’une planche représentant l’antagonisme de deux Promethea médiévale (une chrétienne, une musulmane) dont chaque niveau de construction agit à la fois sur le plan symbolique et narratif.

En résumé, nous avons un fabuleux conteur d’histoire (NEVERWHERE, AMERICAN GODS, le script du BEOWULF de Zemeckis en collaboration avec Roger Avary) qui va reprendre son personnage le plus mythique et le plus mythologique (au sens campbellien du terme, d’après certains) dans une histoire épique (lorsque la série originale commence, un être aussi puissant que le Sandman est épuisé par ce qu’il vient de traverser), le tout dessiné par le dessinateur virtuose qui a su traduire visuellement les considérations mystiques du génial Alan Moore.

Pour l’instant, il n’a été dévoilée qu’une seule image promo (où le nom de SANDMAN et des auteurs semble avoir été rajouté par un stagiaire) qui pourrait ou non représenter Morpheus, d’après Neil Gaiman lui-même. Mais au vu des capacités de J. H. Williams III à travailler dans des styles extrêments différents, il y a de fortes chances qu’elle ne propose qu’un infime aperçu du résultat final et que cette nouvelle série SANDMAN s’impose très vite comme un classique instantané de la BD mondiale !

3 Commentaires

  1. A noter que le comics sera ré-édité en France d’ici la fin de l’année par Urban Comics

  2. Reda

    Juste pour dire que les pseudos apparaissent sur la version mobile du site

    (Reda)

  3. elzecchio

    La recolorisation des planches, c’est un peu absurde. Je préfère largement la version originale, avec ses couleurs complètement vieillottes et bien dans l’esprit pulp et pop (un aplat orange pour le perso au premier plan, un aplat jaune pour celui à l’arrière-plan, et roule !)

    La version recolorisée est tristement « normale », avec des persos qui sont toujours coloriés pareil. On peut évidemment trouver le dessin rebutant et la colo originale foutraque, mais ça avait le mérite de coller à l’esprit du truc.

    (elzecchio)

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