LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

Ce samedi 11 octobre 2014, la chaîne Arte diffuse pour la première fois le documentaire de 52mn ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN de Dimitri Kourtchine. Les tentatives d’analyses du cinéma de Sylvester Stallone sont suffisamment rares sur les chaînes françaises pour qu’on s’y attarde.

Comme son titre ne l’indique pas forcément, ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN aborde principalement le film de Sylvester Stallone sous l’angle du phénomène politique. Cela ne signifie pas forcément qu’on n’y parle pas de cinéma, mais si l’on excepte la présence rapide des deux producteurs de la série (Irwin Winkler et Robert Chartoff), le documentaire offre principalement la parole aux habitués de l’analyse hollywoodienne bas du front que sont Peter Biskind (auteur du célèbre livre « Le Nouvel Hollywood ») ou encore John Wilson, le créateur des Razzies ayant autrefois affirmé que « 98% de la carrière de Sylvester Stallone est composée de navets ». On y apprend donc que les cartons de LA GUERRE DES ÉTOILES, ROCKY ou encore LES DENTS DE LA MER ont forcément favorisé le retour de la « droite dure » aux États-Unis, que l’expérimentation a laissé la place au cinéma de divertissement dans les années 80 (comme si l’un n’était pas compatible avec l’autre), que Stallone était dans une impasse artistique au moment de NEW YORK COWBOY et juste avant RAMBO II : LA MISSION (la star venait tout de même d’enchaîner le premier RAMBO, ROCKY III et la réalisation de STAYING ALIVE l’année précédente) ou encore que ROCKY IV a été conçu pour « épouser le point de vue du public et faire du fric ». Que d’approximations qui dénotent d’une certaine méconnaissance de la carrière de Stallone, d’un manque de recul flagrant sur les méthodes de production hollywoodiennes et surtout d’un parti pris clivant et dépassé qui oppose de manière systématique l’art au commerce.

D’un point de vue cinématographique, le documentaire n’apprendra donc rien aux fans de Stallone ou de la saga ROCKY et risque même de les énerver un bon coup par ses raccourcis un peu grossiers. Vu le parti pris, il faut clairement comprendre qu’il ne s’adresse pas vraiment à eux. Mais à qui s’adresse-t-il justement ? En 2014, il est légitime de se demander si la vision géopolitique particulièrement naïve de ROCKY IV peut vraiment être encore prise au sérieux et cela semble être le cas pour ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN. Le documentaire retrace un historique général de la période et assimile la production du film à l’époque reaganienne, avec plusieurs interviews et images d’archives à l’appui. Certaines d’entre elles ont le mérite d’être pertinentes et bien choisies (on pense notamment à ce passage où Ronald Reagan évoque en off son visionnage passionné de ROCKY IV avant de faire son discours officiel sur la tragédie de la navette Challenger) quand d’autres semblent totalement incongrues (la présence d’un des fils de Reagan justement, qui semble vraiment prendre son auditoire pour des cons). Quelques informations assez peu connues sont ici révélées, comme la présence d’un des membres de l’administration Reagan (le général et secrétaire d’état Alexander Haig) au conseil d’administration de la MGM, ce qui expliquerait que le studio a produit et distribué plusieurs films aux consonances antisoviétiques, tels que L’AUBE ROUGE, INVASION USA et… ROCKY IV ! Bon, s’il est évident que ROCKY IV est un film reflétant la politique de son époque, difficile pour autant d’en voir un manifeste sérieux, tant son approche manichéenne du sujet tend à le faire passer pour un cartoon plutôt qu’un grand film politique. Pourtant, certains intervenants (et le documentaire avec) ne se privent pas de faire une sorte de parallèle avec… LE CUIRASSÉ POTEMKINE de Sergueï Eisenstein, opposant ainsi les idéologies communistes et capitalistes – le collectivisme face à l’individualisme – pour opposer deux conceptions du cinéma engagé (à noter que contrairement à ROCKY IV, le classique d’Eisenstein est un véritable film de propagande, financé par le gouvernement de son époque).

La véritable qualité de ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN est surtout révélée dans la seconde partie du documentaire, lorsque la parole est donnée aux intervenants russes. C’est effectivement la bonne idée du film, étant donné que leur point de vue sur ROCKY IV a très rarement été sollicité dans les médias. Ceux-ci font d’ailleurs preuve d’un discernement et d’un recul salvateur quant à la perception du film de Stallone. Évidemment, le documentaire prend en compte que le temps a pu transcender le propos idéologique du film pour devenir ce morceau de pop culture très représentatif de son époque. Preuve en est avec l’intervention du député ukrainien et champion de boxe Vitali Klitschko, qui reconnaît lui-même s’être inspiré des scènes d’entraînement de ROCKY IV pour son propre entraînement. Précision de taille : il reproduit les scènes avec Rocky, et non celles avec Drago, son opposant soviétique interprété par Dolph Lundgren ! Le traducteur russe de ROCKY IV ira même jusqu’à accorder au film et à Stallone d’avoir eu le flair d’annoncer la Perestroïka à l’avance à travers le discours final de Rocky Balboa (voir la vidéo ci-dessous), ce qui semble tout de même aussi exagéré que d’accuser le film de tous les maux politiques, ce dont les médias ne se sont pas privés pendant de nombreuses années à travers la figure publique de Stallone.

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D’accord, le propos de ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN est de démontrer comment la culture peut façonner un état d’esprit politique. Mais il est tout de même dommage que le documentaire ne s’attarde finalement pas tant que ça sur l’origine de son sujet à proprement parler, à savoir Sylvester Stallone, puisqu’il est totalement indissociable de son œuvre (il n’est que scénariste, réalisateur et interprète de ROCKY IV hein). On se doute que la star est difficilement abordable, qui plus est sur l’aspect politisé de son cinéma. Mais il aurait été méritant de s’accorder plus finement sur l’image publique du personnage : présenté comme un gagnant individualiste tout au long du documentaire, y compris pour resituer le premier ROCKY par rapport à son époque, Stallone aura surtout souffert de la récupération de cette image de héros américain triomphant qui ne concerne finalement qu’un tout petit pan de sa carrière, aussi emblématique soit-il (de 1985 à 1988, soit de RAMBO II : LA MISSION à RAMBO III). Le documentaire montre certes comment l’administration Reagan s’est approprié l’image de Rocky et de Rambo pour populariser sa politique, mais le véritable tort médiatique qui a poursuivi Stallone pendant des années n’est jamais relayé (Sly lui-même se sera rarement exprimé sur le sujet, précisant juste que « tout ceci est allé trop loin »). C’est d’autant plus dommage que cela concerne directement le sujet, et que les documentaires concernant Stallone – de près ou de loin – sont plutôt rares sur les chaînes françaises. À voir néanmoins, pour quiconque s’intéresse au sujet de près ou de loin.

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Première diffusion de ROCKY IV, LE COUP DE POING AMÉRICAIN prévue sur Arte le samedi 11 octobre 2014 à 22h10

2 Commentaires

  1. Dany

    J’ai vraiment beaucoup apprécier le doc. Etant née a cette époque, j’ai vécu tout ça plus tard, mais c’est toujours un plaisir de voir toutes ces archives des 80’s. J’ai halluciné avec le Maximum Potential de Dolph c’était vraiment quelque chose les 80’s. J’ai aussi découvert John Wilson et putain le mec ne fais que dire des conneries pendant tout le doc, en gros il détestait Stallone donc il est le pourrissait a chaque nomination. Y’a tellement plus mauvais acteur…

  2. Même chose, j ‘ ai apprécié cette autopsie de Rocky IV , un peu trop courte à mon gout , il est vrai que le montage parallèle des entraînements de Rocky et Drago tient encore le choc , malgré les assauts répété de Bay

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