LA BOX DE PANDORE ?

Voici trois mois jour pour jour, Sony tirait le premier coup de canon dans la guerre des consoles de nouvelle génération. Dans l’intervalle, Microsoft aura eu le temps de préparer sa contre-attaque, que l’on attendait de découvrir avec une certaine trépidation. Ce d’autant plus que, malgré un certain nombre de rumeurs persistantes au sujet de cette prochaine console, le constructeur aura su garder le contrôle de l’information et éviter les fuites. Il aura donc fallu patienter jusqu’à hier soir pour enfin découvrir la nouvelle Xbox et de quoi précisément elle est faite.

Au moment de la conférence du dévoilement de la PS4, nous expliquions que l’évènement avait été surtout l’occasion pour Sony d’exposer la philosophie et la vision qui présidaient à la conception de la machine. Au vu de la conférence d’hier, la remarque peut s’appliquer tout aussi bien à Microsoft, avec néanmoins une différence au niveau de la philosophie en question. On l’avait constaté à l’occasion de leurs briefings presse lors des derniers salons E3, Microsoft tendait de plus en plus à mettre en avant les services annexes et les fonctionnalités interactives de la Xbox 360, et ce au détriment des jeux, qui occupaient une place de plus en plus congrue lors de ces évènements. En ce sens, la présentation d’hier n’aura pas dérogé à la règle puisqu’il aura fallu attendre trente minutes (sur l’heure qu’elle aura duré au final) avant d’entendre parler de jeu proprement dit. Le message est clair : la réelle compétition pour Microsoft est moins Sony et Nintendo que Google et Apple, et la bataille se joue pour eux désormais moins sur le terrain ludique que sur celui de la conquête du salon et de l’accès à l’entertainment sous toutes ses formes. Il y a donc un fond de vérité dans le résumé en forme de vidéo montage sarcastique de la conférence, ci-dessous…

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En ce sens, on ne s’étonnera donc pas du nom choisi pour la console. Longtemps surnommé 720 par la presse et les joueurs, la nouvelle machine se nomme finalement Xbox One. Un nom somme toute logique pour une machine qui semble se positionner avant tout comme un énorme media center, unifiant l’accès et le contrôle sur les différents appareils à portée de main de l’utilisateur. Logique, le design de la machine (car oui, à la différence de Sony, Microsoft aura dévoilé également l’aspect physique de la bête), plutôt massif, et qui ne manque pas d’évoquer une box trois-en-un comme celles qui peuplent désormais nos meubles tv. Le début de la conférence aura ainsi été entièrement centré sur les nouvelles interfaces et possibilités de contrôle offertes par la bécane, grâce notamment à la nouvelle mouture du Kinect, fourni en standard avec chaque console, et qui demandera à être activé en permanence pour qu’elle puisse fonctionner. Une fois votre box reliée à la Xbox One, il sera désormais possible de faire de celle ci un module de contrôle entièrement actionné par la voix ou les gestes destiné à interagir avec la télévision, un service que Microsoft appelle Live TV. On pourra ainsi, entre autres réjouissances, changer de canal à la volée, rechercher un programme spécifique, prendre un appel Skype ou encore, grâce au « Snap Mode », faire tourner plusieurs applications simultanément pour, tel l’exemple donné lors de la conférence, regarder le trailer du prochain film STAR TREK, vérifier ses horaires de diffusion et acheter ses places alors même que l’on est en train de visionner le premier opus. Le positionnement est clair : Microsoft cherche à intégrer les fonctionnalités de deuxième écran qui passent actuellement par les mobiles et autres tablettes directement à sa console. A noter cependant que ces fonctions seront dans un premier temps disponible uniquement pour les Etats-Unis, Microsoft prévoyant un déploiement progressif dans le reste du monde par la suite. On sentait à ce sujet un certain côté « USA-centric » à cette conférence, l’autre grosse annonce relative aux services concernant un partenariat avec la NFL pour, là encore, pouvoir interagir avec le programme pendant que l’on regarde un match. Les amateurs de fantasy football league américains seront sans doute ravis, mais il y a fort à parier que le reste du monde se soucie peu d’une telle annonce, même si on peut se douter que des partenariats similaires soient envisageables avec d’autres ligues sportives professionnelles, telle que la FIFA.

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Les ambitions de Microsoft en matière de télévision ne s’arrêtent cependant pas au simple service mais vont également vers le contenu, comme en témoigne l’annonce d’une série TV HALO, qui sera diffusée en exclusivité sur la Xbox One, et qui s’assure un collaborateur de choix en la personne de Steven Spielberg. La présence du maître est indubitablement un gros coup pour Microsoft, mais il reste à voir en quelle capacité Spielby travaillera sur la création de la série, d’autant plus que son pedigree en la matière n’est pas forcément brillant qualitativement parlant (pardon aux fans de SEAQUEST qui nous lisent). Si le côté technique n’aura pas forcément été très détaillé durant la conférence elle-même, on en aura appris un peu plus par la suite, et le tableau qui se dresse apparaît comme relativement conforme aux rumeurs qui circulaient depuis quelques mois. À l’instar de la PS4, la Xbox One embarquera donc une architecture proche du PC et on peut donc s’attendre à ce que comme sur la génération qui s’achève, la différence se fasse essentiellement sur les exclusivités. A noter cependant que si la Xbox  One embarque elle aussi 8 Go de RAM, il s’agit ici de DDRAM3, moins avancée que la DDRAM5 qui équipe la machine de Sony, et que seuls 5 Go seront dédiés aux jeux, le reste servant à faire tourner l’OS. Avantage PS4 de ce point de vue, mais égalité parfaite en ce qui concerne la rétro-compatibilité, puisque la Xbox One ne pourra pas plus faire tourner les titres 360 que la PS4 ceux de son aînée. Pour le reste, on trouvera un disque dur propriétaire de 500 gigas et un lecteur blu-ray embarqués, ainsi que de l’USB 3.0 et des ports HDMI en entrée et sortie. Quant au pad, s’il ne semble pas s’éloigner du modèle précédent en matière de désign, il connait quelques améliorations, notamment un meilleur D-pad et des retours de force intégrés aux gâchettes, ainsi que le remplacement des boutons back et start par « view » et « menu ». Les joueurs particulièrement investis dans leur gamerscore seront pour leur part ravis d’apprendre que le gamertag et la gamercard se transfèreront d’une génération à l’autre. Le Xbox Live reste d’ailleurs le point névralgique de l’éco-système mis en place par Microsoft, qui augmente le nombre de serveurs dédiés à son maintien (près de 300 000 désormais) et annonce de nouvelles fonctionnalités liées comme les succès évolutifs et le partage de vidéos.

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Et le jeu dans tout ça ? Sans conteste, la partie ludique aura été le parent pauvre de cette présentation. Dans le fond, ce n’est pas forcément une surprise puisque Aaron Greenberg (responsable de la branche Interactive Entertainment) avait annoncé quelques jours auparavant une annonce en deux temps, dont le premier marqué par cette conférence, serait focalisé sur la console avant tout. Il n’empêche que ceux qui voulaient savoir en quoi la Xbox One se différencierait de la PS4 en terme d’offre ludique ne seront pas particulièrement avancés. Grand absent de la présentation Sony, EA aura bien été présent, mais n’aura fait que la promotion de ses sempiternels jeux de sports (qui tourneront désormais sur un nouveau moteur nommé Ignite) et de contenu exclusif à la Xbox One pour FIFA. Par la suite, on aura eu droit à un teaser de FORZA MOTORSPORT 5, certes indubitablement beau mais qui nous fait à peu près le même effet que le DRIVE CLUB made in Sony, soit pas des masses. Le plus intéressant aura été le bref aperçu de QUANTUM BREAK, prochain titre made in Remedy, par le biais d’une bande-annonce cryptique qui dissimule en fait un titre qui mélange une série TV et un jeu. Dixit Remedy eux-mêmes « la façon de jouer au jeu aura un impact sur la série, et la série influencera la façon de jouer au jeu ». Une proposition intrigante dont on attendra de voir comment le développeur se dépatouillera. Sans surprise, le titre le plus mis en avant aura été CALL OF DUTY : GHOSTS, qui aura bénéficié d’une longue présentation. On y aura entre autre appris la présence d’un tout nouveau moteur qui vient enfin remplacer celui utilisé depuis MODERN WARFARE, l’ajout d’un chien comme compagnon de route et la présence au scénario de l’oscarisé Stephen Gaghan (responsable de TRAFFIC et SYRIANA) afin d’assurer une réelle résonance émotionnelle au scénario (on met une pièce sur le fait que le chien va y passer). Business as usual, jusque dans l’assurance que les DLC seront disponibles en premier et en exclusivité temporaire sur la plate-forme de Microsoft. L’éditeur promet cependant une quinzaine de titres exclusifs pour la première année d’existence de la console, dont huit nouvelles IP, mais il faudra attendre l’E3 dans quelques semaines pour en savoir plus à ce niveau. En espérant que les développeurs indépendants, portés disparus hier soir, seront plus présents.

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Le plus intéressant au final aura été ce que l’on aura appris suite à la présentation, par le biais d’interviews avec le staff de Microsoft. En effet, beaucoup de joueurs attendaient d’être rassurés vis à vis de certaines rumeurs persistantes, notamment la nécessité d’être connecté en permanence au net pour pouvoir jouer, ou le possible blocage du marche de l’occasion. Sur le premier point, il apparaît que s’il sera parfaitement possible de jouer en mode offline, il faudra néanmoins se connecter une fois toutes les 24 heures (pour des raisons que l’on ignore encore). Sur le deuxième, la situation est plus floue, les déclarations contradictoires s’étant multipliées depuis hier. Si l’on en croit la longue interview donnée par Phil Harrison (VP de la branche jeu vidéo) au site Eurogamer cependant, il semblerait que l’utilisation des jeux soit liée à un compte, avec une installation obligatoire sur le disque dur (d’où s’ensuivrait la possibilité de jouer sans insérer le disque dans la console). L’utilisation sur un autre compte, par le biais du prêt ou de la revente, serait dès lors soumise au fait de repasser à la caisse, et visiblement pour le prix total du jeu. Microsoft assure cependant avoir mis en place un système permettant la revente de jeux, dont les détails viendront plus la tard. Vu la confusion qui semble régner au sein même du constructeur quant à leur  communication, on attendra d’avoir des informations plus concrètes pour juger réellement. Mais si cela devait se confirmer, il est certain que Sony aurait un gros coup à jouer pour conquérir le cœur des gamers en ne suivant pas la même voie (rappelons que de leur côté, rien de concret n’a été confirmé non plus en dehors du fait que la PS4 ne bloquerait pas les jeux d’occasion).

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S’il est un événement que cette présentation de la Xbox One ne manquera pas d’évoquer, c’est sans doute celle de la PS3 à l’E3 2006. Microsoft semble en effet suivre le chemin de Sony, en positionnant sa nouvelle machine plus comme un media center capable de tout faire que comme une machine de jeux avant tout. Quant on se souvient que c’est précisément ce positionnement qui aura coûté le leadership au géant japonais, on peut se demander si chercher à répéter l’histoire est une bien sage décision. Voilà qui nous assure à tout le moins un E3 passionnant, chacun des acteurs du marché devant désormais redoubler d’efforts pour rassurer les joueurs quant à leur orientation et les persuader que leur choix sera le bon. Rendez-vous est donc pris dans moins de trois semaines, pour le prochain round d’une bataille qui s’annonce encore plus sanglante que la précédente.

2 Commentaires

  1. Fest

    Clair que si Microsoft persiste dans sa décision de bloquer les jeux d’occase (ou de forcer les joueurs à repasser à la caisse), ce sera une bonne raison pour moi de repasser chez Sony…

    C’est d’autant plus idiot que beaucoup de joueurs comme moi revendent leurs anciens jeux pour en acheter de nouveaux, le marché de l’occasion nourrissant de fait celui du neuf.

    • WIll

      Je suis dans la même situation que toi. J’ai acheté les deux bécanes précédentes de Microsoft, mais si je ne peux pas faire tourner des jeux d’occasions, ou des jeux prêtés, et si sony n’applique pas cette politique, ma prochaine console sera la PS4.

      Par contre, concernant le « nouveau » moteur de COD10, vous vous êtes trompés, il s’agit du même moteur mais modifié (comme d’hab) : « Dans une interview, un développeur d’Infinity Ward confirme ce que tout le monde a remarqué en regardant la bande-annonce : Call of Duty 10 n’utilise pas un nouveau moteur, mais une version un peu améliorée du même moteur que précédemment, lointainement basé sur l’idTech 3. » Dixit Netsabes de Nofrag (http://forum.nofrag.com/forums/nofrag/topics/717953)

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