DES JEUX POUR LA MASSE

En 2012, pour des raisons diverses et variées, nous avons raté quelques jeux majeurs, sur lesquels il nous semblait cependant important de revenir. Aujourd’hui, petit retour sur MASS EFFECT 3, disponible depuis mars dernier, mais surtout sur les conséquences de sa sortie.

On pourra difficilement, lors d’une rétro 2012 sur le jeu vidéo, faire l’impasse sur les controverses qui l’auront entouré. Sexisme (l’affaire de la féministe Anita Sarkeesian harcelée sur le net pour avoir lancé une levée de fonds destinée à financer des vidéos sur la représentation des femmes dans le jeu vidéo, le trailer Attack of the Saints de  HITMAN ABSOLUTION ou encore la « scène de viol qui n’en est pas une » du prochain TOMB RAIDER) corruption de la presse (le désormais célèbre Doritosgate), violence remise encore une fois sur le tapis suite à la tuerie de Newton, ou problèmes techniques (DIABLO 3 et son erreur 37 liée à l’obligation d’être en ligne pour pouvoir jouer) : autant de sujets qui auront fait les gros titres et agiter le landerneau vidéoludique. Dans le tas, l’une s’est avérée particulièrement retentissante, au point qu’il nous a paru intéressant d’aborder le jeu concerné par son biais, nous voulons bien sûr parler de celle qui a accompagné la sortie de MASS EFFECT 3.

Enonçons une évidence : la conclusion d’une saga est toujours attendue au tournant par ses fans, qui  y consacrent bien souvent un investissement considérable, en temps comme d’un point de vue émotionnel. Et dans bien des cas, les avis sont à l’arrivée fort polarisés. En ce qui concerne la trilogie de Bioware, cet état de fait se voyait encore renforcé en ce que la proposition ludique et narrative passait pour plutôt inédite, avec son principe d’univers persistant dans lequel chaque décision du joueur se répercuterait sur les épisodes suivants, offrant ainsi quantité de ramifications possibles, et des idées novatrices telle que la possibilité de perdre des compagnons de route de façon permanente. Le potentiel d’implication était donc d’autant plus important, et la probabilité que la réaction au chapitre final soit explosive plus grande encore. Pas sûr cela dit que les membres de Bioware s’attendait forcément à ça. Petit rappel des faits pour ceux qui auraient été en voyage à l’époque. Peu de temps après la sortie du jeu, les plus hardcore d’entre les joueurs sont déjà arrivés aux bout de l’aventure et la colère commence à monter sur la toile devant ce qui est globalement considéré comme un ratage monumental. La toute fin du jeu, en particulier, cristallise toutes les rancœurs, accusée d’être grossièrement incohérente et surtout de nier tous les fondamentaux sur lesquels est basée la trilogie, en ce qu’elle demande au joueur d’exécuter un simple choix au lieu de refléter la somme de ses décisions jusque-là. La réaction ne se fait pas attendre, les fans déçus lançant une campagne sur internet, du nom de « Retake Mass Effect » (en référence au slogan « Retake Earth » qui accompagnait les pubs pour le jeu) destinée à amener Bioware à modifier la fin. Une demande à laquelle Bioware finit par accéder, en annonçant la sortie d’un épilogue pour l’été, sous forme de DLC gratuit. Un épilogue qui corrige certaines incohérences et étoffe quelque peu une conclusion plutôt abrupte mais ne change pas forcément la donne quant à la signification d’ensemble de départ. Via l’ajout d’un quatrième choix, consistant à refuser tous les autres, et débouchant sur un échec, les développeurs semblent même vouloir nous dire que leur orientation était la bonne et qu’il aurait mieux valu s’y tenir. Que la démarche et la nouvelle fin ait contenté les fans ou que le soufflé soit tout bonnement retombé depuis la sortie, il n’y aura en tout cas pas eu de deuxième polémique et le studio aura ensuite continué à exploiter le titre via de nouveaux DLC (payants cette fois-ci) et des évènements liés au multijoueur.

Au-delà de toute appréciation personnelle sur la qualité de la fin, l’affaire est intéressante à plus d’un titre, notamment pour ce qu’elle révèle tant sur les joueurs que sur les développeurs. Car au delà de toute question de légitimité quant à la déception qu’à pu engendrer la fin chez les premiers, il y a quelque chose d’assez troublant dans la démarche consistant à réclamer aux créateurs de modifier leur vision pour qu’elle satisfasse au plus grand nombre. Le phénomène n’est certes pas nouveau, et à ses équivalences chez les cinéphiles. On ne compte ainsi plus les fan edits consistant à remonter des œuvres afin de les faire correspondre à ses attentes, mais ceux-ci se limitaient à des travaux personnels ne portant pas à conséquence au-delà d’un cercle restreint. Dès l’instant où l’on dépasse ce cercle, on entre dans une sphère plus dangereuse, à fortiori lorsque les créateurs en question en viennent à accéder à une telle demande. Car la démarche de création artistique, et le jeu vidéo en est assurément une, présuppose une vision à laquelle on doit se tenir. Aussi décevante ou ratée qu’ait pu être la fin de MASS EFFECT 3, céder aux exigences des joueurs quant à la tenue de son œuvre est pour Bioware un aveu implicite, et dans le fond assez triste, que de vision il n’y avait guère, ou alors très ténue. Et on ne peut s’empêcher de penser que l’éditeur texan vient de créer par là même un dangereux précédent. Il y a en tout cas fort à parier que les conséquences de l’évènement vont se faire sentir, et elles ont d’ailleurs déjà commencé pour le studio lui-même. Courant Septembre, on apprenait ainsi que les fondateurs historiques, les Dr Greg Zeschuk et Ray Musyka, quittaient Bioware pour se lancer dans de nouvelles carrières loin du jeu vidéo. Et quelque temps après, on commençait à entendre parler du futur MASS EFFECT 4. Dans un post sur Twitter, Casey Hudson demandait leur avis aux fans pour savoir s’ils seraient plus intéressés par une suite ou une préquelle… Le Commandant Shepard, habitué à devoir trancher dans des choix cornéliens, aura-t-il pour héritage des géniteurs incapables d’en faire autant ?

1 Commentaire

  1. Sympathique retour sur l’affaire 🙂

    petite faute dernier para’ sinon : « et à ses équivalences chez les cinéphiles » ^^

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