DÉCEMBRE NOIR

Comme toujours, le mois de décembre présente une certaine accalmie, surtout en comparaison avec la cohue et le raz de marée provoquée par les sorties de novembre. Mais en 2011, aucun jeu AAA n’a connu de sortie en fanfare dans les bacs, ce qui laisse un peu de place à quelques gros jeux disponibles en téléchargement. Il s’agit notamment du DLC solo de GEARS OF WAR 3, mais également du retardataire IRON BRIGADE – disponible sur le XBLA américain depuis juin dernier – et aussi du remake HD de ODDWORLD : LA FUREUR DE L’ÉTRANGER, une ancienne exclue XBOX qui devient un jeu PSN par les fluctuations parfois étranges du marché. Bon, il y avait quand même de quoi jouer juste avant les fêtes de fin d’année !

1er DÉCEMBRE : Diffusé sur le XBLA américain depuis le mois de juin 2011, TRENCHED, la plus récente production Double Fine, débarque enfin sur le store français, sous le titre IRON BRIGADE. Pourquoi ce retard et ce changement de nom soudain ? Coincé dans un imbroglio juridique à cause de son titre original, qui se rapproche d’un ancien jeu de plateau portugais du nom (déposé) de « Trench », la production de Tim Schafer doit donc s’adapter pour le marché européen, sans que le contenu ne soit affecté pour autant. Dernier des quatre jeux développés durant le break dans le développement de BRÜTAL LEGEND (une période surnommée « Amnesia Fortnight » par Schafer lui-même, et qui aura abouti à COSTUME QUEST, STACKING et 5 RUE SÉSAME : IL ÉTAIT UNE FOIS UN MONSTRE), IRON BRIGADE se présente comme un mix entre le « Tower Defense » et le jeu de tir à la troisième personne, le tout dans un contexte uchronique qui prendrait place à la fin de la 1ère Guerre Mondiale, et qui relate le combat entre deux anciens soldats qui ont réussi à survivre à une étrange diffusion radiophonique au signal dangereux et envoûtant. Se met ainsi en place deux visions du monde, et le joueur est amené à utiliser la création de son supérieur (des machines mobiles qui servent de palliatif à ses jambes, perdues au combat) pour sauver le monde des funestes plans de son ennemi, qui souhaite dominer l’humanité en l’asservissant à sa propre création : la monovision, qui permet d’intéragir avec le monde sans jamais quitter son foyer. On le voit, IRON BRIGADE propose un véritable univers à l’esprit « pulp », mais malheureusement, le cadre mis en place ne suffit pas à donner une véritable personnalité au jeu, qui hésite d’ailleurs entre les deux mamelles qui composent son gameplay. Il est éventuellement possible de se limiter à l’une des deux options, à savoir jouer la carte de la stratégie (comme tout « Tower Defense » qui se respecte) ou au contraire celle de la force de frappe, sachant que l’équilibre entre les deux est difficile à trouver, y compris dans le mode multijoueur, qui permettrait de tenter les deux approches en équipe si ce n’est que ce n’est pas forcément la méthode la plus évidente pour gagner ses matchs. Comme on peut le constater, IRON BRIGADE est donc basé sur un mélange des genres hésitant qui confine à la fausse bonne idée, mais c’est surtout dans son manque d’humour caractérisé que le jeu finit par décevoir. Du gameplay inabouti, soit. Mais un jeu Double Fine qui ne parvient pas à nous décrocher la mâchoire, ah ça non par contre !

10 DÉCEMBRE : C’est à cette date que ce sont déroulés les VGA Awards, à savoir les « Video Game Awards » diffusés sur la chaîne américaine Spike TV. Une bonne occasion pour les éditeurs de faire des annonces et de récompenser le jeu de l’année, en l’occurrence THE ELDER SCROLLS V : SKYRIM en 2011. On en parlait et .

13 DÉCEMBRE : C’est le feuilleton du mois de décembre. Fumito Ueda aurait quitté le giron de Sony, alors que son prochain jeu, le très attendu THE LAST GUARDIAN, est encore en développement. La rumeur affole le web, et beaucoup de joueurs manifestent leurs craintes quand au futur du projet. Comme à son habitude, Sony prend le temps de faire un communiqué officiel et confirme effectivement le départ de Ueda, qui resterait néanmoins sur le développement de THE LAST GUARDIAN pour finir le jeu en tant que free-lance. Espérons que cette suite spirituelle à ICO et SHADOW OF THE COLOSSUS ne souffrira pas trop de ces désagréments en coulisses.

13 DÉCEMBRE : GEARS OF WAR 3 s’offre son premier DLC narratif avec L’OMBRE DE RAAM. On en parlait ici même.

15 DÉCEMBRE : Annoncé en octobre pour les dix ans du jeu, le portage de GTA III sort enfin sur smartphones. Notre chronique, ici même !

21 DÉCEMBRE : L’année se termine, et pour la conclure en beauté, voici encore une remasterisation HD, mais pas des moindres, puisque celle-ci s’avère être d’assez loin la plus utile et la plus indispensable au sein de la déferlante que nous aurons connu en 2011. Originellement sorti en 2005 sur Xbox, ODDWORLD : LA FUREUR DE L’ÉTRANGER, s’il avait reçu un bon accueil dans la presse, s’était en revanche viandé commercialement, son éditeur de l’époque ne lui ayant pas donné une campagne marketing digne de ce nom. Cette version améliorée arrive donc à point nommé, à la fois pour faire redécouvrir un titre méconnu autant que pour relancer la licence ODDWORLD, mise en berne justement suite à l’insuccès du jeu (Lorne Lanning, le maître à penser de la série ayant estimé en prime que le milieu du jeu vidéo partait dans une direction qui ne lui convenait plus). Et pour le coup, les développeurs de Just Add Water, le studio qui reprend la licence en main (Oddworld Inhabitants agissant en matière de conseillers) n’ont pas fait les choses à moitié puisque LA FUREUR DE L’ÉTRANGER s’impose sans mal comme un des meilleurs exemples de remasterisation HD auquel on ait eu droit jusqu’ici. Outre l’inévitable amélioration des textures, les modèles de personnage et l’encodage du son et des cinématiques en FMV ont également subi une remise à niveau complète, et l’on notera également le rajout de niveaux de difficultés, de divers bonus débloquables et de quelques « easter eggs » relatifs à l’univers ODDWORLD dans son ensemble. Une future mise à jour devrait même permettre la compatibilité avec le PS Move et la diffusion en 3D. Résultat, le jeu pourrait carrément passer pour un titre développé sur cette génération de consoles tant le bond qualitatif par rapport à la version d’origine est grand, et seuls les doublages (assurés par un nombre réduit de personnes, ce qui donne des voix répétées d’un personnage à l’autre) trahissent les origines du jeu. En somme, un excellent travail, qui viendrait à lui tout seul justifier la pertinence des portages HD pour certains cas. D’autant que même 6 ans après sa sortie, et pour qui le découvre aujourd’hui, LA FUREUR DE L’ÉTRANGER reste un titre à part. S’éloignant du style plate-forme qui caractérisait les ODDWORLD jusqu’alors, le jeu opte pour un mélange audacieux d’aventure et de FPS, centré sur des mécaniques originales, au rang desquelles la possibilité d’alterner à tout moment entre les vues à la première et la troisième personne, et surtout la nécessité de récolter ses munitions en chassant des bestioles dans l’environnement. Par certains côtés, on pourrait même y voir un prédécesseur à RED DEAD REDEMPTION puisque « L’Étranger » du titre, chasseur de primes de son état, a tout comme John Marston le choix entre capturer ou tuer ses ennemis, la première option rapportant des primes plus importantes (notons d’ailleurs au passage que l’ambiance western que propose le jeu s’accommode parfaitement à l’univers, donnant à celui-ci une ampleur supplémentaire par rapport à ce que l’on en percevait dans les précédents titres de la série). Et si son gameplay réussit à rester encore aujourd’hui original, c’est dans son déroulement narratif que le jeu surprend. Car si la première partie, centrée autour du principe de la chasse aux bandits, peut laisser craindre un déroulement plan-plan et répétitif en dépit de la qualité des mécaniques de jeu qu’elle implique, un retournement de situation en milieu de parcours vient bouleverser la donne. Pour ne pas trop en dévoiler pour ceux qui souhaiteraient s’essayer au jeu, on se contentera de dire qu’une révélation vient emmener l’intrigue, autant que le gameplay, dans des directions inattendues, donnant au parcours du héros des allures mythologiques que l’on n’attendait pas forcément. Aucune raison donc de se priver de l’achat, et on attend désormais de pied ferme les rééditions HD – déjà annoncées – des autres titres de la saga, ainsi que, on l’espère, de futurs jeux ODDWORLD.

Par Matthieu GALLEY

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