UN OSCAR SINON RIEN !

Le très émouvant ÉCHEC ET MORT vient de sortir en Blu-ray, avec une simple bande-annonce à se mettre sous la dent en guise de bonus. En même temps, c’est juste l’excuse dont nous avions besoin sur Capture Mag pour parler de Steven Seagal !

Comme dirait l’ami Moïssakis, c’est parce que Saumon agile est le plus beau, le plus balèze, le plus burné, et qu’il pète les bras comme personne, avec le visage crispé de celui qui n’a pas mis les pieds aux toilettes depuis quinze jours, qu’on a envie de le serrer dans nos bras pour lui déclamer notre éternelle admiration. C’est parce qu’il arbore si fièrement une dégaine de kéké sicilien et un catogan aussi ringue que la touffe de Zohan, en alignant deux mots inaudibles avant de tâter les protubérances mammaires d’une go-go danseuse serbe à peine sortie de l’adolescence, qu’on applaudit à deux mains. Mais c’est surtout parce que son melon atteint des dimensions stratosphériques, obligeant tous ses sidekicks à dégouliner de lèche au point de ne plus pouvoir décoller la langue, que Steven en devient cette absurdité faite homme, cette singularité au narcissisme improbable, que dis-je cette anomalie crasse de l’espèce, que l’on vénère avec une sincère fascination ! Évidemment, quiconque ne se reconnaitrait pas (ce qui peut s’entendre, à défaut de s’expliquer) dans cet argumentaire imparable à la gloire du seul acteur qui ne joue pas (il est !) peut joyeusement passer son chemin et continuer de vilipender, avec la condescendance facile qui caractérise les cerbères de la culture, une filmographie pourtant riche en séquences mémorables. En réalité, Steven Seagal ne s’explique pas, il se vit. Comme une bonne biture à la David Hasselhoff qui se termine par un pet salvateur. Celui qui n’a jamais joui comme au premier soir devant la séquence dite de « La main chaude » dans TERRAIN MINÉ ne pourra jamais comprendre. Il est des choses comme ça, que la vie met sur votre chemin et que l’on doit accepter, comme une évidence, une main tendue, une lumière dans l’obscurité… Steven en est une.

Aussi n’y allons pas par quatre chemins ! S’il n’est pas le meilleur film de Steven (sans déconner !) HARD TO KILL (ÉCHEC ET MORT en français), titre qui ne s’inspire absolument pas de DIE HARD (et le fait que le bad guy est le même que celui de DIE HARD 2 n’a aussi rien à voir), est probablement la bousasse la plus emblématique du cinoche de Steven. « Mais pourquoi donc ? » se demandent les deux seuls cancres intéressés par le sujet. Tout simplement parce que ce grand film humaniste, dans lequel Steven nous la joue master zen avant de briser les roubignolles de latinos débiles dans le 7/11 du coin, installe tout, absolument tout ce qui fera sa renommée bovine par la suite. Quitte à dynamiter illico presto la profession de foi qu’il affichait sur son premier film, et qui ne trouvera de réel écho qu’avec le mythique JUSTICE SAUVAGE de John Flynn. Car après tout, NICO et JUSTICE SAUVAGE (les deux seuls films dont les personnages revendiquent comme lui leurs origines italo américaines) auront installé le meilleur de l’imaginaire Seagal : un macho tendance « je suis rital et je le reste », dont les méthodes ultra expéditives et la badass attitude s’inscrivaient dans des univers aux topographies magnifiées par leur réal, contrastant par une vérité de la rue l’improbabilité outrancière d’un personnage d’entrée fanatique mafieux, scandant dieu, famille, patrie tout en plantant des tournevis dans les orbites de texans bourrés. En gros, né pour devenir pote avec Ja rule ou DMX… Mais c’est aussi, et peut-être avant tout, cette schizophrénie bourrine qui font de ces deux films des œuvres de cinéma radicales et jouissives.

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Or, dés le début d’ÉCHEC ET MORT, il suffit d’entendre les trois premiers accords Bontempi de David Michael Franck, à qui l’on doit les indispensables scores de BEST OF THE BEST 2 ou DANS LES GRIFFES DU DRAGON ROUGE, pour que mille bisseries d’action des années 80 nous reviennent en mémoire. Pas ces petits chefs d’œuvres méconnus qu’on se damnerait à défendre, mais ces dizaines de plaisirs coupables, pour le coup indéfendables, dont la beaufitude assumée nous redonne la larme à l’œil. Quelques notes bien nazes et soudain, on revoit dans sa tête RAPID FIRE, COMMANDO, ACTION JACKSON, TANGO & CASH, MORT SUBITE, ROADHOUSE et j’en passe. On se rappelle, le sourire béat, les mêmes bad guys qui font du karaté de grand-mère, les mêmes poursuites en Chevrolet perraves, les mêmes explosions filmées sous 15 angles, les mêmes doublures mal cachées, les mêmes scènes de cul au saxo avec un pano sur la cheminée. Mais, et c’est le plus important, on se souvient surtout de fights réellement hardcore, de dialogues à la connerie tellement cosmique qu’on en redemande (« Ah, je vois, tu penses que la mienne est plus grosse que la tienne, c’est ça ? » ou le très efficace « Fuck you and die ! »), de scènes d’entrainement à se pisser dessus et le beau torse imberbe de nos bellâtres qui s’huilent les fesses à la fleur d’oranger en prenant la pose au soleil couchant… Et quand on y pense, surtout aujourd’hui, on se dit que ces souvenirs sont finalement réconfortants.

Mais en réalité, ce nanar hilarant initie de bout en bout tout ce qui sera par la suite sujet à moqueries dans la carrière de Steven, en même temps qu’il révèle ses ambitions mégalomaniaques. Plus de Nico Toscani, inconnu aux dents longues qui entre, au prix d’un sacré risque, dans le cercle des action heroes hollywoodiens, mais Mason Storm désormais, qui n’aurait rien à envier à John Matrix ou John McClane. Après le succès de NICO, Steven voit grand, trop grand pour lui d’ailleurs, et se fait bouffer par le moule normatif de l’époque. Exit les tempes dégarnies et place à des implants et un catogan du plus bel effet pour faire tendance. Exit les origines italiennes, le bougre oublie sa famille en trois secondes pour se taper Kelly LeBrock (dans le film et dans la vie), top model qui faisait la couv’ de tous les magazines de l’époque. Exit le background autobiographique à tendance fantasmée, et place à un héros de BD unilatéral et plus grand que la vie dont chaque action touche les cimes de l’incohérence. Pour couronner le tout, une bonne dizaine de dialogues d’ÉCHEC ET MORT sont des clins d’œil bien appuyés aux Oscars, signant par la blague un chouia pathétique l’appel du pied d’un Steven qui décidément n’avait peur de rien. Rappelez-vous qu’à l’époque, il affirmait sans rire qu’il espérait « un jour être reconnu comme scénariste et acteur, et pas simplement comme sex symbol » !?!

Aussi serait-il facile de shooter ÉCHEC ET MORT comme on mitraille une ambulance. Dés le début du film, le bougre espionne un politicard et se fait repérer comme un blaireau parce qu’il est pas foutu de tenir une caméra. Mais Steven s’en branle et trente secondes plus tard, il fait la prière avec son gosse au pieu avec de fucker sa femme comme un sagouin. Et il s’étonne après ca qu’une bande de quinquagénaires bouseux vienne démastiquer sa famille ! Là, déjà, on explose les limites de la crédibilité. Mais si ce n’était que ça ! On retrouve Steven sept ans plus tard, avec une fausse barbe tellement mal scotchée que même Ed Wood aurait viré l’accessoiriste. Puis il réussit à semer un tueur sur son lit d’hôpital avec un balai (sic), après qu’une dinde déguisée en infirmière nous ait rassurés en s’extasiant sur la taille de sa zigounette ! Deux minutes plus tard, il a retrouvé la pêche, nous dévoile son corps tout mou comme s’il avait les mêmes pectoraux que Stallone, nous introduit à la technique ultra prisée en extrême orient des moulinets dans le vide (marque de fabrique numéro 2 après le catogan), avant de fucker l’infirmière devant la cheminée (il a quand même pris deux secondes, l’air constipé, pour faire le deuil de sa femme) et de taper sur une buche en bois comme si c’était le summum de la remise en forme paramilitaire. Bon, j’arrête. À ce stade, on sait qu’on est entré dans un nouveau monde, celui du Steven en mode portnawak qui sombrera inéluctablement dans les limbes des vidéoclubs. Un univers surréaliste où le ridicule et la beaufitude ne tuent pas mais s’assument avec un sérieux, un aveuglement et une vanité tels qu’ils en deviennent proprement géniaux !

Inutile de préciser que l’interprétation dans son ensemble, la réal de Bruce Malmuth (LES FAUCONS DE LA NUIT quand même, et puis… c’est tout), le montage et grosso modo tout le reste relèvent de la catastrophe mais, au final, on s’en fout ! Parce qu’il ne se passe pas une scène de fight sans qu’on jouisse devant les répliques d’homophobes patentés parmi les plus vulgos qu’on ait vues au cinoche. Parce que cette fabrication foireuse regorge de gags involontaires (voir la photo de la doublure de Steven, d’une discrétion imparable !). Parce que les bras cassés s’enchainent avec un sadisme devenu une marque de fabrique. Mais surtout parce que… Steven ! Chaque plan sur sa tronche est un poème dédié au narcissisme pervers, une ode à l’auto célébration et à la folie des grandeurs, un cantique à la gloire d’une frime qui ne souffre d’aucune contestation possible. Steven sait qu’il est le meilleur… dans tout ! L’aïkido, la CIA, la chanson populaire, le bouddhisme, le cinéma, la télé-réalité et bientôt peut-être, un livre, un opéra et la médaille d’or du plus gros bouffeur de pancakes au monde. Steven ose tout… c’est même à ca qu’on le reconnaît !

TITRE ORIGINAL Hard to Kill
RÉALISATION Bruce Malmuth
SCÉNARIO Steven McKay
PRODUCTION Gary Adelson, Joel Simon & Bill Todman Jr.
CHEF OPÉRATEUR Matthew F. Leonetti
MUSIQUE David Michael Frank
AVEC Steven Seagal, Kelly Le Brock, William Sadler…
DURÉE 95 mn
ÉDITEUR Warner
DATE DE SORTIE En salles : le 1er août 1990. En Blu-ray : le 17 octobre 2012.
BONUS
Bande-annonce

4 Commentaires

  1. Fest

    Merci Yannick pour cet article qui fait bien plaiz’ !

    J’ai sauté sur le blu-ray à sa sortie, avec pour projet de me refaire un cycle Seagal, et qu’est-ce que j’ai pu me poiler… Rien que la barbichette à l’hôpital et plus tard la séance d’entraînement zen, ouarf… Enorme !

    (ah et puis je me suis aussi refait Rapid Fire et ça aussi c’est toujours aussi bonnard dans le genre)

  2. JCVD

    « Car après tout, NICO et JUSTICE SAUVAGE (les deux seuls films dont les personnages revendiquent comme lui leurs origines italo américaines) »

    Malgré ses problèmes avec des mafieux, Steven n’est pas d’origine italienne hein. Il aurait plutôt des origines juives russes du côté paternel et irlandaises du côté maternel!

    • Barjo

      Steven n’a pas d’origine, Steven EST l’origine!!!

  3. Spiro

    Steven n’est pas l’origine. Il est l’origine même de l’origine. Le créateur du Tao, fondateur de l’univers et père inavoué de Chuck Norris (donc grand-père de Dieu himself).

    A ceux qui oseraient affirmer que son âge et la logique naturelle ne lui permettraient pas d’être géniteur de Chuck, rappelons leur que Steven se fout inéluctablement de la logique naturelle : il en échappe.

    Echec et mort, c’est la bisserie par excellence. Se permettre une scène d’acuponcture et de mouvements zens pour mettre en avant sa culture bouddhiste, juste avant de dézinguer à tout va les hommes de main du sénateur, ça, c’est une grande leçon de vie !

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