LA GUERRE SELON CHUCK

Sortez les chemises en jean, accrochez vos Uzis en bandoulière, rechargez les roquettes de votre motocyclette et planquez vos terroristes arabes, parce que ça va péter dans tous les coins de votre écran HD ! EXPENDABLES 2 oblige, FPE ressort quatre Chuck Norris en Blu-ray et pas des moindres !

Avant de rentrer dans le vif du sujet, autant préciser que ces éditions ne proposent que le minimum syndical : un master HD de tenue généralement correcte (sans faire des miracles), un son mono de bonne facture, une bande-annonce et… au lit ! Pour les analyses filmiques de la grande œuvre de Joseph Zito et des bonus dignes de la collection Criterion, qui remettraient en perspective les expérimentations de Menahem Golan, basées bien évidemment sur les travaux cinématographiques de M. Sergueï Eisenstein, passez votre chemin ! Ici, le tacatac typique des Uzis se passe du moindre commentaire, et il faudra s’y faire : contre toute attente, les films avec Chuck Norris n’ont pas encore atteint le statut de classiques étudiés dans les cours de cinéma. Pourtant, il y a de quoi faire !

ŒIL POUR ŒIL

On commence tout doucement avec ŒIL POUR ŒIL, petit western contemporain pétri d’humilité, d’autant qu’il cite le cinéma de Sergio Leone environ une ou deux fois par bobine. Évidemment, si le compositeur Francesco De Masi pompe très bien la grande musique d’Ennio Morricone, les cadrages « au milieu » de Steve Carver et son simple format panoramique font déjà moins illusion. Heureusement, Chuck Norris y va de son charisme poilu quand il s’agit d’incarner un Ranger du Texas avant l’heure. Une bière à la main, une chemise en jean qui change de couleur de temps à autre et une étoile de shérif sur le poitrail : il n’en faut pas plus au comédien pour que celui-ci puisse accéder à la méthode « stanislavskienne » qui a fait sa renommée, et trouver les nuances d’un personnage sensible et prompt à séduire la gente féminine, ce qu’il ne manque pas de faire avec la beauté Barbara Carrera (qui a eu une très belle carrière de comédienne entre 1983 et 1983). Face à lui, David Carradine tente toujours de nous faire croire qu’il sait pratiquer les arts martiaux, et un étrange nain en fauteuil roulant tente même de lui faire du chantage. Parmi les passages clés de ŒIL POUR ŒIL, on notera une très belle mort symbolique du héros, enterré sous terre avec son véhicule et ramené à la vie par la fraîcheur d’une bonne bière (!!!). Si on rajoute quelques jolis coups de pied retournés et des rafales de Uzis, on peut définitivement avancer qu’il s’agit du meilleur film d’action à être sorti un 20 juillet 1983 !

PORTÉS DISPARUS

Attention, on rentre dans la catégorie poids lourds ! C’est sur ce projet qui lui tient à cœur (avec lequel il souhaite rendre hommage à son frère Wieland, tué au Vietnam en 1970) que Chuck Norris rencontre les producteurs Menahem Golan et Yoram Globus, les patrons de la Cannon, ainsi que le réalisateur Joseph Zito. Le quatuor va changer la face du cinéma à tout jamais avec INVASION USA, mais commence en douceur avec le tournage « back-to-back » (comme LE SEIGNEUR DES ANNEAUX quoi !) de PORTÉS DISPARUS 1 & 2, qui sortent à quelques mois d’intervalle, mais dans le désordre. Considérant en effet que le second film (celui qui nous concerne ici) est mieux foutu que le premier, la Cannon décide de chambouler leur distribution respective, et le premier film (réalisé par Lance Hool) devient alors PORTÉS DISPARUS 2, une préquelle racontant les années de guerre du Colonel James Braddock. Et dans PORTÉS DISPARUS 1 (vous suivez ?), le vétéran décide de retourner au Vietnam après la guerre pour sauver les prisonniers de guerre toujours incarcérés. Forcément, pour le trauma du personnage (qui du coup, a surtout l’air de stresser devant un long épisode de la série animée SPIDER-MAN !), on repassera. Pour l’action qui envoie, on repassera également, car PORTÉS DISPARUS joue la carte de la sobriété, du moins autant que cela soit possible dans une production Cannon. Et ce n’est pas le climax final, avec ses trois prisonniers de guerre sauvés et ses douze cris de Wilhelm à la minute, qui va changer la donne. Reste ce magnifique plan où Chuck sort de l’eau pour dézinguer des Viêts au ralenti : une très belle image parodiée dans HOT SHOTS ! 2, mais l’original reste quand même plus drôle ! À noter que PORTÉS DISPARUS 2 est sorti en Blu-ray américain en même temps que le premier film, mais n’a pas encore eu les honneurs d’une distribution chez nous. Ah mais faut le sortir ici aussi, sinon on ne va plus rien comprendre après !

SALE TEMPS POUR UN FLIC

Après le désert du Texas et la jungle vietnamienne, Chuck arpente le bitume de Chicago dans SALE TEMPS POUR UN FLIC, que beaucoup considèrent comme l’un de ses meilleurs films. Et pour cause, le scénario a longtemps été développé comme un véhicule potentiel pour Clint Eastwood. Il n’est donc pas étonnant de voir Chuck se lancer dans un concours de mimétisme lors de quelques séquences typiquement « eastwoodiennes » : on pense notamment à une descente dans un bar de pouilleux qui se termine dans un combat masochiste à un contre trente, ou encore à une demonstration de force contre l’autorité, et notamment contre un robot destiné à remplacer les policiers et arrêter les malfrats à coups de roquettes (on ne se refait pas). Mais Chuck n’est pas Clint, loin s’en faut, et il n’affiche certainement pas la même personnalité contestataire. Du coup, ces passages n’ont certainement pas la même saveur, et ce qui aurait pu donner lieu à un polar « hard-boiled » sur la corruption et les méthodes cruelles de la mafia latine se transforme en petit film d’action légèrement pantouflard, heureusement rehaussé par la présence de quelques trognes qui font toujours plaisir à voir, Dennis Farina et Henry Silva en tête. Sous la direction d’Andrew Davis, ce bon vieux Riton, toujours tiré à quatre épingles même quand il se fait tirer dessus, devient un adepte de la cravate colombienne, et pas vraiment le genre de celles qu’on retrouve dans le catalogue de La Redoute. Et même si la bande-annonce ne manque pas de nous souligner que SALE TEMPS POUR UN FLIC est « le film le plus dramatique de Chuck Norris », il suffit d’un climax avec ledit robot – qui se déplace à 12 km/heure et envoie environ une roquette toutes les deux minutes – pour se dire que la remarque est toute relative. Bref, on a connu Clint Eastwood (et accessoirement Andrew Davis) en meilleure forme !

DELTA FORCE

Bon d’accord, mettons de côté INVASION USA et LE JUSTICIER DE NEW YORK, qui sont évidemment hors concours (ils auraient pu les sortir en HD quand même). Mais vous voulez une preuve que DELTA FORCE est la plus « Cannon » de toutes les autres productions Cannon ? Et d’une, le film est réalisé par Menahem Golan. Rien que ça, c’est un peu comme si Dieu descendait sur Terre et réalisait lui-même une adaptation de LA BIBLE. Forcément, c’est de la triche. Et de deux, le film dure 2h10. Non non, vous avez bien lu. 2h10. C’est le LAWRENCE D’ARABIE du film de demastiquage de terroristes arabes au lance-roquettes et au Uzi. Et de trois, le film est tiré d’une histoire vraie. Oui, oui, celle du détournement du vol 847 de la TWA, qui s’est déroulé le 14 juin 1985. Et on sait à quel point la véracité, le réalisme et l’impartialité dans la retranscription des événements sont décisifs pour la Cannon, qui dévoile d’ailleurs toujours un point de vue très juste et très humaniste sur la vie. Avec une pointe de propagande sioniste ni vu, ni connu, et notamment dans l’implication sans failles de l’armée israélienne (qui n’a pas été sollicité dans la véritable affaire), ou encore dans  la représentation d’une poignée de passagers juifs, dont la souffrance est comparée à celle des déportés des camps de concentration (en gros, on les fait passer en première classe et on les fout au cachot, et ils s’en sortent tous, sans une égratignure !). Mais enfin, l’affiche du film n’est-elle pas claire sur ce point : « Ils combattent la haine… par passion de la vie ! ». Soyons clairs, DELTA FORCE ne déroge pas à la règle : un Uzi, des Ray-Bans et une moto avec des roquettes à l’avant ET à l’arrière, c’est tout ce qu’il faut à Chuck Norris pour se débarrasser de la racaille libanaise, personnifiée par ce grand acteur palestinien qu’est Robert Forster. Véracité, on vous dit bordel ! Et Menahem Golan d’enchaîner les cascades improbables, sans se soucier de repomper des séquences entières de AIRPORT ou encore LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, lors de cette poursuite infernale. En camion. Dans le désert. Quand Chuck éclate son ennemi en le faisant passer sous les roues. Non non, mais pas de doutes, ça s’est passé comme ça !

TITRE ORIGINAL Lone Wolf & McQuade / Missing in Action / Code of Silence / The Delta Force
RÉALISATION Steve Carver / Joseph Zito / Andrew Davis / Menahem Golan
SCÉNARIO B. J. Nelson / James Bruner / Michael Butler, Dennis Shryack & Mike Gray / Menahem Golan & James Bruner
MUSIQUE Francesco de Masi / Jay Chattaway / David Michael Frank / Alan Silvestri
PRODUCTION Yoram Ben-Ami & Steve Carver / Raymond Wagner / Menahem Golan & Yoram Globus.
AVEC Chuck Norris, Barbara Carrera, David Carradine, James Hong, Henri Silva, Lee Marvin, Robert Forster…
DURÉE 129 mn
ÉDITEUR Fox Pathé Europa
DATE DE SORTIE 20 juillet 1983 / 12 juin 1985 / 1986 / 16 avril 1986 (en salles) 1er août 2012 (en Blu-ray)
BONUS Bande-annonce.

4 Commentaires

  1. loic

    Très beau texte, sincère et touchant (on sent que l’auteur a été ému), qui rend enfin justice à la fibre humaniste et à l’amour de son prochain dont à toujours fait preuve le grand Chuck.
    Enfin, bon, une petite vidéo avec la musique de Delta Force, ça n’aurait pas été de refus quand même.
    (Loïc)

    • Stéphane MOÏSSAKIS

      J’y ai pensé figure-toi. Et après je me suis dit que la Terre allait exploser, alors j’ai pas osé…

      (Steph)

  2. Guiyomus

    T’es fou, c’est un coup à accélérer l’inversion des pôles ça! (au pire Chuck est là) [et non pas Chocolat]

  3. Fest

    J’ai chialé.

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