LA FRANCE PROFONDE

Faites une petite place sur votre Bluraythèque, car le plus français de tous les films de science-fiction de notre beau pays est enfin disponible dans un écrin HD propice à le faire traverser quelques générations supplémentaires. Nous parlons évidemment du STAR WARS français, dans lequel Chewbacca est remplacé par un gros bébé joufflu qui fait des bulles en parlant, Han Solo porte une bosse du plus bel effet et la Force est remplacée par le pinard ! Vous l’aurez compris, on parle de LA SOUPE AUX CHOUX pardi ! Une œuvre tellement ancrée dans notre inconscient hexagonal qu’elle ne pouvait être conçue que par des Français et qui, par la force des choses, ne s’adresse finalement qu’aux Français !

Petit rappel de l’intrigue de LA SOUPE AUX CHOUX, même si je doute que ce soit vraiment nécessaire : Claude Ratinier et Francis Chérasse – dits « Le Glaude » et « Le Bombé » – sont deux irréductibles paysans qui attendent la mort en vidant des chopines et en pétant sous les étoiles. Un soir, un extra-terrestre de la planète Oxo – que « Le Glaude » surnomme affectueusement « La Denrée » – vient leur rendre visite et se lie d’amitié avec eux autour d’une bonne soupe aux choux. Le choc des cultures entre les trois amis trouve un écho avec la menace d’une expansion économique sauvage qui pèse sur le village. Et c’est sans compter sur le retour de la « Francine », la femme du « Glaude » revenue d’entre les morts. En tant qu’avant-dernier film de Louis De Funès, LA SOUPE AUX CHOUX précède de quelques mois la sortie du très mauvais LE GENDARME ET LES GENDARMETTES. Devant la qualité très relative de cet ultime épisode de la série des GENDARMES, il est permis de voir LA SOUPE AUX CHOUX comme une sorte de chant du cygne dans la longue et fructueuse carrière de notre « Fufu » adoré. Certes, le terme est peut-être un peu fort, puisque le film confronte notre bonne vieille France du terroir à une intrigue de science-fiction débridée par le biais d’un comique troupier décomplexé à base de flatulences et d’humour de soulards. Mais LA SOUPE AUX CHOUX mérite pourtant qu’on gratte sa surface, jugée embarrassante pour beaucoup.

Car il faut reconnaître que le film de Jean Girault, une adaptation plus ou moins fidèle du roman de René Fallet, propose un peu plus que des séquences de pets parfaitement réjouissantes, le cabotinage soutenu de Louis de Funès et Jean Carmet (tous les deux impeccables au demeurant), les onomatopées totalement ubuesques de Jacques Villeret (qui parvient tout de même à tenir la dragée haute aux deux monstres sacrés auxquels il donne la réplique, et quelle réplique !) ou encore la ritournelle synthétique absolument incontournable de Raymond Lefèvre. Comprenons-nous bien, tous ses éléments combinés font évidemment le sel de LA SOUPE AUX CHOUX, mais c’est dans les thèmes du film, et notamment à travers le choc des cultures et des générations mis en place par Fallet (et adapté tel quel par « Fufu ») qu’ils trouvent une résonance particulièrement émouvante, une résonance qui fait que le film reste encore dans les mémoires aujourd’hui (car soyons honnêtes, je n’avais pas vraiment besoin de vous rappeler l’intrigue du film, si ?). Présentés comme des vieillards irascibles et retirés du reste de leur village, le « Glaude » et le « Bombé » vont régulièrement être confrontés à des éléments révélant leurs faiblesses et leurs craintes, à travers les différentes personnes qui leur reprochent, d’une manière ou d’une autre, leur mode de vie si particulier. De fait, les ressorts comiques du film, comme l’arrivée de la « Denrée » et la résurrection de la Francine, rajeunie pour l’occasion et bien décidée à ne pas perdre sa seconde vie dans les champs, font également office de ressorts dramatiques en ce qu’ils révèlent les véritables valeurs, parfois désuètes, des deux amis qui n’ont plus vraiment leur place dans un monde qui court droit devant, sans jamais regarder en arrière et sans jamais respecter ses anciens.

Œuvre plus tragi-comique qu’il n’y paraît, LA SOUPE AUX CHOUX évoque sans détour les méfaits du capitalisme outrancier et la perte des repères entre les générations pour révéler l’humanité de ses personnages que tout le monde avait déjà jugé et ridiculisé, comme lors de cette terrible séquence à la fois drôle et touchante, dans laquelle ils sont assimilés à des singes dans une cage de zoo par les autres habitants du village qui attendent de les voir céder leurs terres, donc leur vie. Très tendre avec ses personnages lunaires, le film n’oublie cependant pas ses racines peu recommandables, comme en atteste un dernier plan totalement unique dans le cadre du cinéma français, et qui paradoxalement n’aurait jamais trouvé sa place dans aucun autre cinéma du monde entier : enfin prêts à partir, nos trois héros s’envolent pour la planète Oxo à bord de la soucoupe de la « Denrée », et célèbrent leur départ en trinquant sur un air de bal musette. Plus français, tu meurs ! Bref, du cinéma incorrigible, totalement psychotronique mais également intègre. Intègre dans ses racines, intègre dans son récit et intègre dans son discours. Et oui !

TITRE ORIGINAL La soupe aux choux
RÉALISATION Jean Girault
SCÉNARIO Louis de Funès & Jean Halain
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Edmond Richard
MUSIQUE Raymond Lefevre
PRODUCTION Christian Fechner
AVEC Louis de Funès, Jean Carmet, Jacques Villeret, Claude Gensac, Marco Perrin, Christine Dejoux…
DURÉE 102 mn
ÉDITEUR Studio Canal
DATE DE SORTIE 02 décembre 1981 (en salles) 1er Juillet 2014 (en Blu-Ray)
BONUS
« Louis de Funès : L’homme orchestre » (32mn)

1 Commentaire

  1. Je plussoie.

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