ET L’ADO CRÉA LA FEMME

Scandale ! UNE CRÉATURE DE RÊVE vient tout juste de sortir dans une édition Blu-ray vierge de suppléments, ce qui nous permet de poser une question cinéphile de premier ordre : sorti des indécrottables nostalgiques des glorieuses 80’s et des trentenaires qui sucent leur pouce devant l’image de Kelly LeBrock en petite culotte, à qui s’adresse cette petite perle (perlouze ?) de John Hughes aujourd’hui ?

De l’aveu de John Hughes, le scénario d’UNE CRÉATURE DE RÊVE a été écrit en seulement deux jours, ce qui était une habitude chez le cinéaste. Mais là, on a un peu envie de dire que ça se voit. Mais même si elle ne cherche évidemment jamais à retrouver la profondeur d’un BREAKFAST CLUB ou l’émotion d’UN TICKET POUR DEUX, cette variation complètement décérébrée du mythe de Frankenstein a les qualités de ses défauts : en le replaçant dans le contexte des années 80, il s’agit d’une œuvre ouvertement putassière et jeuniste, flattant l’ego adolescent en surfant sur la  » hype  » du moment (tourné cinq ans plus tôt, ou cinq ans plus tard, le film aurait eu un ton résolument différent). On peut même parler d’un hold-up finement orchestré par le producteur Joel Silver et par John Hughes, qui n’a jamais caché son mécontentement vis-à-vis du produit fini. En fait, les deux hommes ont conçu UNE CRÉATURE DE RÊVE en prenant tellement en compte l’air du temps que le film ne pouvait finalement s’adresser qu’à son cœur de cible, les ados bien évidemment. Non parce que sinon, on imagine bien la tronche défaite des spectateurs qui avaient déjà leur bac à l’époque de la sortie du film ! Et pourtant, si on refaisait UNE CRÉATURE DE RÊVE aujourd’hui en adoptant exactement la même approche (avec une musique, une mode vestimentaire et une description des comportements adolescents actuels), il est fort probable que les amateurs du film original se feraient un malin plaisir de taper sur ce remake victime de la mode pour mieux encenser leur petite madeleine de Proust.

Pour une œuvre aussi ouvertement représentative des années 80 dans tout ce qu’elles ont de plus vulgaire et de plus ringard, la popularité du film n’est plus à démontrer. Et il y a fort à parier que la raison pour laquelle UNE CRÉATURE DE RÊVE est parvenu à marquer les esprits, c’est pour la façon totalement décomplexée dont le film retranscrit les affres de l’adolescence, en faisant miroiter un fantasme hors d’atteinte pour les jeunes ados qui viennent tout juste de découvrir la masturbation. Créé de toutes pièces en connectant une poupée Barbie à un ordinateur, le personnage de Lisa est vecteur de tous les fantasmes mais ne sert au final qu’à permettre à ses deux créateurs, Gary et Wyatt, de se surpasser et de mettre un terme à leurs problèmes d’ados (la timidité, le bizutage, les filles, etc.). Et pour John Hughes, ce personnage est un prétexte scénaristique qui lui permet d’enquiller des scènes d’anthologie qui vrillent avec une certaine constance dans le n’importe quoi absolu. Dans UNE CRÉATURE DE RÊVE, deux jeunes blancs becs de 15 ans se foutent des soutifs sur la tête pour créer une bombasse sur leur ordoss, l’un d’entre eux se tape un blues des familles dans un bar bondé de renois pas commodes, le grand frère de l’autre est transformé en une espèce de sale crapaud dégueulasse baveux et bedonnant et des barbares tout droit sortis de MAD MAX 2 et LA COLLINE A DES YEUX (oui oui, ce sont bien Vernon Wells et Michael Berryman !) viennent interrompre la soirée de l’année en balançant leurs motos dans la baie vitrée… Bref, vous ne voyez pas le rapport avec l’œuvre de Mary Shelley ? On vous rassure, il n’y en a pas !

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D’une certaine manière, UNE CRÉATURE DE RÊVE  a tout de l’œuvre indéfendable, puisque même son auteur n’est jamais parvenu à expliquer sa popularité. Mais sa confection hasardeuse lui confèrent une énergie et une audace de celles que l’on prête aux fous. Et son statut n’a jamais cessé de changer au fil des ans : pour les fans dont nous faisons partie, UNE CRÉATURE DE RÊVE appartient donc à cette catégorie de films à forte valeur sentimentale, puisqu’ils ont forgé notre cinéphilie de manière déviante, tout simplement parce que nous l’avons découvert à l’âge adéquat et qu’il semblait s’adresser à nous et à personne d’autre. Pour les autres, les retardataires, les générations suivantes qui nous prennent pour des vieux cons, ou encore pour les enfants des années 90 et 2000 qui tentent de vivre les années 80 par procuration, il s’agit au mieux d’une curiosité qui est parvenue à capturer l’essence de sa décennie et de traverser les époques on ne sait trop comment. Au pire, c’est une sombre merde comme seules les glorieuses 80’s ont pu en produire. Dans tous les cas, et compte tenu du statut si particulier du film, ça valait bien une édition spéciale non ?

TITRE ORIGINAL Weird Science
RÉALISATION John Hughes
SCÉNARIO John Hughes
CHEF OPERATEUR Matthew F. Leonetti
MUSIQUE Ira Newborn
PRODUCTION Joel Silver
AVEC Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock, Ilan Mitchell-Smith, Bill Paxton…
DURÉE 1h30
DATE DE SORTIE 05 Février 1986 (en salles en France) 03 Septembre 2013 (DVD et Blu-ray)

1 Commentaire

  1. jpk

    C’est toujours mieux que LA VIE D’ADELE.

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