CANNON STYLE !

Difficile de passer à côté des pires œuvres vidéoludiques du moment, surtout quand on se targue fièrement d’être un indécrottable fanatique de tout ce qui touche à la contre-culture, même la plus crasse et la plus vulgaire. Ben quoi ? C’est vrai qu’on aime bien jouer à des jeux de merde de temps en temps, et afin de satisfaire les plus bas instincts des joueurs basiques et bas du front que nous sommes, nous avons donc décidé de créer une belle rubrique à la classe toute progressiste, comme son titre l’indique si bien. Le « Jeu du Beauf » que ça s’appelle, et sa première victime n’est autre que ROGUE WARRIOR, un bien beau « simulateur de Mickey Rourke » qui vous permet d’insulter, d’éventrer et de cracher sur toutes les petits raclures communistes qui croisent votre chemin ! Attention, chef d’œuvre (ou pas) !

Il faut rendre à César ce qui appartient à César : le jeu qui nous intéresse ici n’aurait jamais pu exister sans celui qui a initié cette belle aventure, j’ai nommé Dick Marcinko, a.k.a. « Demo Dick », un barbouze, un vrai de vrai, qui a traîné ses guêtres dans les pires recoins de la planète, et surtout ceux infestés par la vermine rouge ! Salement remonté contre ses supérieurs qui ont tentés de l’enfiler plus d’une fois (et on n’enfile pas « Demo Dick » bordel, sinon ça sert à quoi d’avoir un surnom pareil ?!?), Marcinko a décidé de dévoiler ses exploits au grand jour, dans un roman autobiographique intitulé ROGUE WARRIOR, dont le succès a créé une véritable franchise littéraire par la suite totalement fictive (la légende raconte pourtant qu’il a ratatiné Godzilla). En attendant, tout guerrier émérite qu’il soit, notre bon vieux « Demo Dick » (70 printemps et toujours prompt à vous botter le fion sans mollir !) se paye tout de même une belle touche de vedette de l’action façon Cannon : c’est certain, avec son magnifique catogan bien peigné, sa belle barbe d’ébène, ses muscles en plaqué or et l’amour du Christ au fond de ses yeux verts, Dick Marcinko aurait sans nul doute signé un contrat à vie avec Mémé et Yoyo, trop contents de se payer Chuck Norris ET Steven Seagal avec un seul cachet !

Ceci dit, il n’est jamais trop tard pour assouvir un vieux fantasme, et c’est donc à travers le jeu vidéo, ce nouvel Hollywood, que « Demo Dick » crève l’écran. D’accord, ROGUE WARRIOR n’a apparemment plus grand chose à voir avec le roman éponyme, mais les petits gars de chez Rebellion (le récent AVP) ont néanmoins conscience du matériau d’origine, puisqu’ils ne se privent pas de situer l’intrigue du jeu dans les années 80. Du coup, on y casse quand même du coco dans la joie et la bonne humeur, à la première comme à la troisième personne, et c’est bien tout ce qui compte ! Intégralement centré sur le personnage de « Demo Dick » et ses baloches de 900 grammes chacune (la légende raconte qu’il en a trois), ROGUE WARRIOR nécessitait une véritable personnalité pour l’incarner, et c’est là que ce génial cachetonneur de Mickey Rourke rentre en scène. Oubliez LE PAPE DU GREENWICH VILLAGE, oubliez L’ANNÉE DU DRAGON, oubliez ANGEL HEART et THE WRESTLER… Ce bon vieux Mickey, toujours adepte de la Méthode, donne du corps au personnage en intériorisant tous les dialogues qu’on lui demande de jouer, et il y en a tout de même un sacré paquet. D’accord, ce sont surtout des insultes et des menaces à base de « mange merde », « je vais t’étriper comme un poisson » et autres joyeusetés quasiment intraduisibles, telles que « God damn cock-breath commie motherfuckers » (quelque chose comme « putain de communistes qui sentent la bite » mais je dirais qu’on y perd quand même un petit peu au change), mais c’est sorti avec un tel aplomb qu’on ne peut qu’applaudir la brillante idée de casting, toute ironie mise à part. Le passage le plus émouvant reste probablement ce joli couteau planté dans le crâne d’un soldat de Corée du Nord, deux secondes avant que Dick ne lui balance un « De la part de Ronald Reagan ! » du plus bel effet. Quelque part dans le monde, Joseph Zito et Sam Firstenberg se tiennent la main en regardant le ciel avec sérénité, une petite larme à l’oeil…

Forcément, avec autant d’arguments censés, vous vous dites : « Mais comment ai-je pu passer à côté d’une telle merveille ? ». Alors là, on vous calme tout de suite ! Même si cela paraît impossible à croire après y avoir joué ne serait-ce qu’une petite demi-heure, c’est vrai que ROGUE WARRIOR aurait pu être un bon jeu. Mais pour cela, il aurait fallu faire en sorte de croiser un peu plus de 35 ennemis par niveau. Il aurait fallu faire en sorte que la caméra ne saccade pas à chaque mouvement brusque. Ou que le jeu ne se traverse pas facilement en butant simplement les cocos par un coup de chlass bien placé (dont un dans les roupettes quand même). Que l’aventure entière ne se termine pas seulement en trois petites heures. Enfin, il aurait peut-être également fallu que ROGUE WARRIOR ne ressemble pas à un jeu PS2 upscalé en HD ! Mais on chipote hein, on fait la fine bouche quoi, surtout avec de telles ingrédients à portée de main : la barbe poivrée de Marcinko, un esprit Cannon à faire pâlir la PM d’envie, le charisme vocal de Mickey Rourke, un langage à faire pleurer votre petite soeur et des coups de couteaux bien saignants dans le froc, que demander de plus ? Un petit rap interprété par Harley Davidson lui-même, le catcheur de Greenwich Village ? Emballé, c’est pesé !

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3 Commentaires

  1. David BERGEYRON

    Meeeeeerde, c’était original pourtant jeu vidéo avec Chabal !

  2. Arno

    J’avais pas encore lu ton texte Stéphane, mais c’est désormais chose faite et je me suis bien poilé (avec une bonne grosse barre de rire sur Joseph Zito et Sam Fistenberg). N’empêche, ton papier là, ça donne envie d’y jouer à « Rogue Warrior ». Et au passage, tu tiens une bonne idée de rubrique là, il va juste falloir dégoter des jeux qui aillent avec maintenant (moi, après Dick Marcinko, je conseille aux développeurs de faire un jeu sur Thomas Bruso, aka Epic Beard Man, aka Vietnam Tom, la nouvelle idole de l’Amérique d’en bas, qui, à 67 printemps, s’est fait une réputation en pétant la gueule d’un p’tit voyou qui l’emmerdait dans un bus. Si vous connaissez pas Epic Beard Man, allez faire un tour sur Youtube et Wikipedia, ça vaut le détour…)

  3. The Guest

    Mais c’est énorme !!!
    J’espère qu’une suite est en préparation et comme le fais remarquer Arno, le choix est vaste.
    J’imagine un jeu avec steven seagal, avec comme arme principale les moulinets dans le vide et en deuxième son regard ténébreux qui suffirait à pousser ses ennemis au suicide, ça serait bon.

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