CAGE DORÉE

L’an dernier, la sortie de JOE venait nous rappeler que malgré plus d’une décennie passée à jouer dans tout et surtout n’importe quoi, Nicolas Cage restait un talent majeur, encore capable de performances puissantes. La sortie combinée des deux DTV TOKAREV et LE CHAOS vient malheureusement nous rappeler que l’acteur ne s’est pas forcément débarrassé de ses mauvaises habitudes pour autant.

Pour ceux qui l’ignorerait, rappelons que Nicolas Cage connait depuis 2009 d’importants soucis financiers, notamment avec le fisc américain qui lui réclame plusieurs millions d’impayés. Si le comédien n’a jamais été forcément très regardant sur la qualité des scripts qu’il choisissait, une telle situation – et le fait qu’il n’a pas connu un seul succès fracassant depuis la sortie du second BENJAMIN GATES en 2007 – ne fait rien pour arranger les choses. Comment expliquer autrement l’existence de films aussi profondément ratés que les deux exemples qui nous concernent aujourd’hui ? Dans TOKAREV, comme dans LE CHAOS, Nicolas Cage interprète un brave père de famille. Dans le premier, il est Paul Maguire, ancien malfrat rangé des voitures et reconverti avec succès dans le bâtiment. Lorsque sa fille disparaît et est retrouvée morte, il reprend les flingues et se lance en compagnie de deux anciens compagnons d’armes à l’assaut de la mafia russe, qu’il soupçonne de s’être vengée d’un coup qu’il a commis dans son passé. Dans le second il incarne Rayford Steele, un pilote de ligne qui doit faire face au « Ravissement », cet événement biblique au cours duquel Dieu rappelle à lui ses croyants, laissant sur Terre tous les mécréants. Seul aux commandes de son appareil, Rayford va devoir faire preuve de tout son talent pour parvenir à le poser et retrouver sa fille.

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Pas besoin de chercher de liens thématiques entre les deux films, la proximité des rôles étant surtout l’occasion pour Cage de ne pas trop se fouler en jouant sur un registre bien éprouvé, puisqu’il incarnait déjà peu ou prou des personnages similaires dans des films comme 12 HEURES ou LE PACTE. Les amateurs des prestations autres et flamboyantes dont il est parfois capable en seront donc pour leurs frais, puisque c’est à peine s’il nous offre une petite scène de surjeu dans TOKAREV. Il en aurait de toute façon fallu beaucoup plus pour sauver cet énième petit thriller sans envergure, produit par les margoulins de Hannibal Pictures. Le jeune réalisateur Paco Cabezas ne parvient jamais à tirer vers le haut un script faiblard, aux situations et aux personnages éculés, rejouant servilement des formules ayant fait leurs preuves chez les autres, et livre des scènes d’actions neurasthéniques qui oublient d’impliquer le protagoniste principal la plupart du temps. Un embryon de thématique sur l’amitié à l’épreuve du temps et la culpabilité laisse entrevoir un bien meilleur potentiel que celui de ce film, qui s’oublie au fur et à mesure qu’il défile sous nos yeux.

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Nouvelle adaptation d’une série de livres fantastiques chrétiens ayant déjà connu l’honneur d’une trilogie avec Kirk Cameron en vedette (trois films entre 2000 et 2005), LE CHAOS ferait pour sa part presque figure de cas d’école en matière de foirage complet. Ostensiblement conçu à destination du public chrétien, le film fait preuve d’un prosélytisme tellement crétin que même le public cible a eu la sensation qu’on le prenait pour un con ! Les autres ne parviendront même pas à en rire, trop occupés qu’ils seront à subir l’absence totale de rythme et d’enjeux d’un film dans lequel les personnages mettent 1h30 (sur 1h50 au total) à comprendre ce que le spectateur sait d’emblée en lisant le résumé. Malgré ses 16 millions de budget, LE CHAOS ne cherche jamais à jouer avec l’imagerie fantastique inhérente au sujet, préférant tabler sur un pseudo drame humain risible, prenant les atours d’un banal film catastrophe aérien n’arrivant même pas à la cheville du plus mauvais des AIRPORT. Cage passe quant à lui la quasi-totalité du film derrière un manche à balai d’avion, attendant visiblement que les choses se terminent pour encaisser son chèque sans même chercher à masquer le fait qu’il se fait chier. Difficile de l’en blâmer tant LE CHAOS s’impose sans mal comme le pire navet d’une filmographie pourtant bien chargée en la matière. Plus triste encore : LE CHAOS marque le retour au poste de réalisateur du légendaire cascadeur (et réalisateur de seconde équipe) Vic Armstrong, qui n’avait plus signé de long-métrage depuis AU-DESSUS DE LA LOI, son premier film – avec Dolph Lundgren – en 1993. On ne peut pas vraiment dire que ce second long-métrage fasse office de retour en fanfare.

On sait qu’un certain culte s’est créé autour de Nicolas Cage et de sa carrière pour le moins hétéroclite. Mais même les dévots les plus fanatiques auront bien du mal à trouver dans TOKAREV comme dans LE CHAOS le moindre élément propre à satisfaire leur déviance. C’est dire à quel point les deux films sont nuls !

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Notre critique de JOE

TITRE ORIGINAL Rage / Left Behind
REALISATION Paco Cabezas / Vic Armstrong
SCENARIO Jim Agnew & Sean Keller / Paul Lalonde & John Patus d’après les romans de Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins
CHEF OPERATEUR Andrezj Sekula / Jack N. Green
MUSIQUE Laurent Eyquem / Jack Lenz
PRODUCTION Richard Rionda del Castro & Michael Mendehlson / Paul Lalonde & Michael Walker
AVEC Nicolas Cage, Rachel Nichols, Danny Glover, Peter Stormare, Pacha D. Lychnikoff / Chad Michael Murray, Cassi Thomson, Lea Thompson, Nicki Whelan…
DURÉE 92 min / 110 min
ÉDITEUR Marco Polo / Seven 7
DATE DE SORTIE 07 Janvier 2015 / 22 Janvier 2015 (en DVD et Blu-ray)

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