Z COMME ZÉRO

Nous n’avions pas traité le blockbuster zombiesque de Marc Forster au moment de sa sortie en salles. À l’occasion de sa sortie en Blu-ray, nous revenons donc sur cet exemple édifiant de film de studio complètement bouffé de l’intérieur.

WORLD WAR Z est terriblement symptomatique du blockbuster hollywoodien tel qu’il se conçoit de nos jours. Prenez un best-seller reconnu, une superstar immensément populaire, un budget maousse (près de 200 millions de dollars) et un concept fort (invasion de zombies à l’échelle de la planète), ajoutez derrière la caméra un réalisateur cachant une âme de « yes man » derrière une image « arty » – image toutefois déjà écornée par le fiasco de son calamiteux QUANTUM OF SOLACE –  ainsi qu’un staff de producteurs qui ne savent pas ce qu’ils veulent et vous vous retrouvez à l’arrivée avec un vrai produit de studio insipide et timoré, dont l’existence peine à se justifier. Car finalement, absolument rien de ce qui aurait pu faire l’intérêt d’un tel film ne prend corps à l’écran. La blockbustérisation du film de zombie en mode contamination mondiale promettait une épopée horrifique inédite : il faudra se contenter de quelques « money shots » à base de CGI (quasiment tous vus dans la bande-annonce) montrant les zombies comme une masse fourmillante mais informe, permettant au passage – comme c’est pratique – d’évacuer toute la viscéralité graphique de ces monstres. Mais à l’invention contre-nature du film de zombies familial, le film de Marc Forster ajoute une facture globale complètement à la ramasse. Le studio, très certainement paralysé à l’idée de produire un tel spectacle pour le grand public, n’a jamais su sur quel pied le film devait danser. De réécritures continuelles en reshoots puis en remontages (sans compter le changement de chef opérateur quasiment en fin de tournage – le grand Robert Richardson, dont on reconnaît facilement la patte mais qui n’est même pas crédité au générique), la production a sombré peu à peu dans le chaos le plus complet sans jamais parvenir à fixer une ligne directrice claire. Résultat : une intrigue criblée d’ellipses grossières, une structure complètement bancale sans réel troisième acte, et un personnage principal horripilant et creux qui passe le film à se faire balader d’une point à un autre et dont les talents multiples ne se justifient que par l’ego boursouflé de la star productrice qui l’interprète (il sait faire la cuisine, faire partir l’asthme de sa fille, enquêter pour le compte de l’ONU, se battre, piloter un avion, amputer une main et même faire un check à un gamin qui vient de perdre toute sa famille).

Image de prévisualisation YouTube

Que les choses soient bien claires : n’attendez pas de cette édition Blu-ray qu’elle rehausse un seul instant le foirage complet du film, d’autant plus que ce dernier s’est avéré être un gros succès en salles, oblitérant définitivement toute chance de remise en question de la part du studio. Et ce dès la version longue proposée sur cette édition : ici, point de scènes supplémentaires et notamment aucune trace du dernier tiers du film, la fameuse « bataille de Moscou » suivie de l’épilogue ouvert mais sombre, déjà purement et simplement absents du montage salle (sur les bons conseils de l’inénarrable Damon Lindelof). On compte donc ici 7 minutes de plus, essentiellement des rajouts de gore numérique furtifs sur les exécutions des zombies et sur deux ou trois scènes comme celles de l’amputation ou du personnage campé par David Morse (qui s’arrache désormais les dents pour éviter de contaminer son prochain). Bref, quelques nonosses à ronger pour les fans de films de zombies qui ont hurlé au scandale face à l’édulcoration carabinée du montage original. Du côté des bonus, le ton promo le plus révisionniste est de mise. Trois featurettes au total : deux petites, essentiellement centrées sur l’adaptation et sur l’approche scientifique de l’histoire (cautionnée de manière assez ridicule par des scientifiques rémunérés pour nous expliquer combien l’invasion de zombies du film est vraisemblable puisqu’inspirée des microbes et des insectes qu’on trouve dans la nature…), et une plus importante, avoisinant les 30 minutes, qui revient un peu plus en détails sur la production avec plein de propos du réalisateur, des techniciens et des acteurs (sauf Brad Pitt, curieux…) filmés sur le plateau pour nous dire combien tout s’est bien passé et comme ce fut merveilleux de collaborer sur un projet aussi béni des dieux. À l’heure d’Internet, où les studios peinent de plus en plus à préserver le secret autour de la confection de leurs films, il serait souhaitable que les éditeurs ne perdent plus du temps et de l’argent à investir dans des bonus pareils, dont tout le monde sait pertinemment qu’ils tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Enfin, on notera un absent de taille dans ces suppléments : l’écrivain Max Brooks, auteur de l’excellent livre ici adapté. Logique quelque part tant le film n’a plus rien à voir avec l’œuvre dont il s’inspire.

L'affiche conçue par l'équipe de Framestore, une société d'effets spéciaux en charge du design du film (les FX étant assurés par Cinesite et MPC)

RÉALISATION Marc Forster
SCÉNARIO Matthew Michael Carnahan, Drew Goddard, Damon Lindelof et J. Michael Straczynski, d’après le roman de Max Brooks
CHEF OPÉRATEUR Ben Seresin
MUSIQUE Marco Beltrami
PRODUCTION Ian Bryce, Dede Gardner, Jeremy Kleiner et Brad Pitt
AVEC Brad Pitt, Mireille Enos, Daniella Kertesz, James Badge Dale, Ludi Boeken…
DURÉE 116mn/123mn
DISTRIBUTEUR Paramount Pictures
DATE DE SORTIE 3 juillet 2013 en salles en France – 20 novembre 2013 en DVD/Blu-Ray
BONUS
Origines
Regard sur la science
WWZ Production

4 Commentaires

  1. Fest

    Pas vu et pas envie… Merci pour ton abnégation Arnaud.

  2. Alexis

    je n’ajouterai qu’un « mais putain mais que c’est con ce film ».

  3. jackmarcheur

    moi j’ai vu et j’ai trouvé ça sympa. Pas du grand art, mais sympa. Le probleme c’est qu’ils auraient du changer le titre.
    Enfin tant mieux pour Max Brooks, qui va vendre encore plus de bouquin je pense !

  4. Bergeyre

    « l’approche scientifique de l’histoire (cautionnée de manière assez ridicule par des scientifiques rémunérés pour nous expliquer combien l’invasion de zombies du film est vraisemblable puisqu’inspirée des microbes et des insectes qu’on trouve dans la nature…) »

    C’est marrant ça, c’est le point de départ pris par les mecs de Naughty Dog pour leur PUTAIN DE CHEF D’OEUVRE ZOMBIESQUE VIDEOLUDIQUE qu’était Last Of Us !

    En fait, si vous vouliez voir un formidable film d’invasion planétaire de Zombies doublé d’une expérience dramatique intense et poignante … c’était sur PS3 qu’il fallait aller, pas chez Marc Forster ^^

Laissez un commentaire