VOTE OU RÊVE

Une comédie politique ET populaire, c’est possible ? C’est le grand écart que tente de concilier MOI, DÉPUTÉ de Jay Roach, qui sort aujourd’hui dans nos salles. Malgré quelques vrais moments hilarants, le mariage n’est pas toujours heureux…

L’idée de voir Will Ferrell et Adam McKay (ici producteur) s’atteler à une véritable comédie politique a de quoi titiller les zygomatiques. D’une part parce que les deux larrons exploitent leurs propres thématiques avec une certaine intelligence, et il suffit de voir et revoir RICKY BOBBY : ROI DU CIRCUIT et VERY BAD COPS pour s’en convaincre. D’autre part parce que la balance entre culot déplacé et démagogie bien putassière a pris de telles proportions dans l’arène politique américaine que les multiples exemples qui pullulent depuis quelques années allaient leur permettre de s’en donner à cœur joie dans l’humour absurde, qu’ils savent manier à la perfection. Et puis, retrouver Will Ferrell dans son emploi de connard arrogant et sûr de lui est toujours un petit plus que les fans ne peuvent pas se refuser.

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Mais plus encore que l’apport de Jay Roach, MOI, DÉPUTÉ (bonjour la référence du titre français) bénéficie surtout des talents d’écriture de la team « Gary Sanchez » (la boîte de production de Ferrell et McKay) et des pros de l’humour vachard comme Shawn Harwell, qui a notamment officié sur la géniale série HBO EASTBOUND & DOWN avec Danny McBride (un jour, il faudra bien qu’on en parle sur Capture). Avec un tel sujet, l’apport d’un contrepoint comique idéal avec Zach Galifianakis et l’emploi de scénaristes rentre-dans-le-lard, il n’y a plus qu’à se délecter des jolis coups de putes que les deux candidats Cam Brady et Marty Huggins vont se faire pour obtenir le poste de député de la Caroline du Nord. Et sur le papier, on ne peut pas vraiment dire qu’ils retiennent leurs coups. Mais même si les deux comédiens excellent dans leur registre et que le scénario enquille les perles comiques (que l’on va éviter de dévoiler, certaines sont vraiment très drôles), MOI, DÉPUTÉ ne semble jamais vraiment aller aussi loin qu’il le devrait, comme s’il était difficile de dépasser le cadre de la réalité du milieu politique ici dépeint.

Plus qu’une certaine frilosité, MOI, DÉPUTÉ semble parfois s’excuser d’employer la méchanceté pour appuyer son propos et ses ressorts comiques. Le meilleur exemple serait paradoxalement l’une des idées les plus osées du film, à savoir le pain que Will Ferrell colle par inadvertance à un bébé qu’il est censé embrasser pour monter dans les sondages. L’idée, plus que l’exécution, provoque l’hilarité, d’autant que Jay Roach s’emploie ainsi à dédramatiser l’effet par un long ralenti et l’usage du CGI (bien dégueulasse en plus), comme s’il fallait marquer l’inconscient des spectateurs, et bien leur faire comprendre qu’il ne s’agit évidemment pas d’un véritable bébé. Le résultat tient donc plus du cartoon type KUNG FU PANDA que de la comédie basée sur une cruelle réalité dont il vaut mieux rire, et ici et là, MOI, DÉPUTÉ cède légèrement au politiquement correct (faute d’un meilleur terme) afin de conforter le spectateur dans l’idée que le problème ne tient pas tant dans la politique spectacle que dans l’emploi qui en est fait par certains.

Quelques autres exemples viennent en tête, comme des seconds rôles savoureux ternis par la mauvaise conscience des auteurs (ou plutôt des exécutifs de studio dirait-on), telle que cette bonne à tout faire asiatique à qui on demande de parler comme une gouvernante black du sud au nom du « bon vieux temps » (elle finit par envoyer bouler son employeur, son honneur est sauf), mais c’est surtout l’angélisme final qui finit par nous convaincre que la farce des débuts s’est progressivement transformée en fable d’une naïveté confondante. D’accord, les auteurs ne cherchent pas tant à tendre un miroir déformant à la bêtise proprement édifiante d’un système qui a atteint ses limites, mais fallait-il pour autant invoquer le fantôme de Frank Capra pour s’en tirer sans offenser qui que ce soit ? Vu le sujet et la volonté initiale, on a envie de dire que la pirouette est mal exécutée.

TITRE ORIGINAL The Campaign
RÉALISATION Jay Roach
SCÉNARIO Chris Henchy & Shawn Harwell.
MUSIQUE Theodore Shapiro
PRODUCTION Jay Roach, Adam McKay, Will Ferrell & Zach Galifianakis.
AVEC Will Ferrell, Zach Galifianakis, Jason Sudeikis, Dan Aykroyd, Dylan McDermott, John Lithgow…
DURÉE 97 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France.
DATE DE SORTIE 29 août 2012.

2 Commentaires

  1. Beat Kiyoshi

    « la géniale série HBO EASTBOUND & DOWN avec Danny McBride (un jour, il faudra bien qu’on en parle sur Capture) »

    *se prend à rêver d’un gros dossier en plusieurs parties, Community-style* ^^

    (BeatK)

  2. Intéressante ta critique, c’est dommage quand un film ne va pas jusqu’au bout et fait les choses un peu à moitié… Surtout qu’une comédie sur le monde politique pourrait être vraiment tranchante !!

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