VERY SAD KEANU

On va encore casser l’ambiance mais non, JOHN WICK n’est pas la perle du cinéma d’action que la presse geek internationale tente de nous vendre depuis deux mois. Loin s’en faut !

« Explosif », « Un film brillant », « Un incroyable film d’action », « Une réussite à tout point de vue », « Le dernier grand badass » (en français dans le texte !). Il suffit de jeter un œil sur l’affiche française de JOHN WICK pour avoir un petit panel des critiques américaines enflammées. D’ailleurs, le film de Chad Stahelski et David Leitch a même fait la une de quelques sites américains quand il a reçu 100% de tomates fraiches sur le site Rotten Tomatoes, sur la base de dix critiques. Cela signifie donc que pour dix critiques dans le monde entier (enfin, aux États-Unis notamment), JOHN WICK est un film irréprochable, intouchable, sans aucun défaut digne d’être mentionné. Du grand cinéma quoi, à la croisée de Stanley Kubrick et d’Orson Welles, avec une petite touche d’Alfred Hitchcock et de John Ford pour faire bonne mesure. D’accord, alors voyons voir ça de plus près. Que raconte JOHN WICK ? Veuf depuis peu, John Wick reçoit un cadeau posthume de la part de sa femme : un petit chiot qui l’aidera à faire le deuil. Quelques jours plus tard, des mafieux rentrent chez lui pour lui voler sa voiture et en profitent pour tuer l’animal. Monumentale erreur, car John Wick est un ancien tueur à gages – le meilleur dans sa catégorie – qui avait raccroché les flingues par amour. Et maintenant, tout le milieu tremble à l’idée que celui-ci réclame vengeance. C’est pourquoi sa tête est mise à prix, et que tous les autres tueurs à gages se lancent à sa poursuite.

Il est certes possible de construire un bon film avec un argument aussi mince (et à la limite du risible), à condition que l’écriture se concentre sur le principal. Celle de JOHN WICK se perd au contraire dans le superflu, en répétant le même flashback sur la mort de Mme Wick ou en cumulant les punchlines censées vendre la férocité de son protagoniste en titre, avant de changer d’optique et d’enjeux dans son climax final (on ne venge plus le chien, on sauve le meilleur ami – et non, ce n’est pas le même personnage !). Il est d’ailleurs probable que les auteurs du film aient conscience de la vacuité générale du projet, étant donné qu’ils comblent le vide par des petites séquences humoristiques tellement déconnectés de la réalité qu’on se demande comment il est possible de prendre le film sérieusement (voir ce passage où la police frappe chez John Wick pour tapage nocturne suite à une fusillade, et le laisse tranquillement se débarrasser des cadavres qu’il a semés). Mais attention, tout ceci n’est pas grave puisqu’on nous assure que JOHN WICK est surtout un « incroyable film d’action ». Si cette définition fait défiler des images explosives de DIE HARD, À TOUTE ÉPREUVE et MAD MAX 2 dans votre tête, passez votre chemin ! Conçu comme un pur fantasme de chorégraphie d’action par les deux cadors du métier qui sont chargés de sa réalisation, JOHN WICK n’existe que pour ses passages pétaradants, souvent déconnectés du reste du projet comme on l’a signalé plus haut. Malheureusement, même s’ils ont bossé sur des titres phares comme MATRIX (la connexion avec Keanu Reeves vient de là, puisque Chad Stahelski était sa doublure sur la trilogie), leur inventivité tourne rapidement à vide, étant donné que toutes les fusillades du film ressemblent à celle présentée dans l’extrait ci-dessous.

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La « hype » a encore frappé, mais même sans l’enthousiasme suspect de la critique internationale, JOHN WICK a vraiment du mal à faire illusion. Répétitif, peu inspiré, sans enjeux consistants ni véritable connexion émotionnelle, JOHN WICK n’est rien d’autre qu’une série B petit bras sans grande inventivité, et avec un sens du fun finalement très relatif. Un plaisir coupable dites-vous ? De la matière pour un DTV oui, sans plus. Et Keanu Reeves mérite mieux. Bref, comme dirait l’autre : « Don’t believe the hype ! ».

TITRE ORIGINAL John Wick
RÉALISATION Chad Stahelski & David Leitch
SCÉNARIO Derek Kolstad
CHEF OPÉRATEUR Jonathan Sela
MUSIQUE Tyler Bates & Joel J. Richard
PRODUCTION Basil Iwanyk, David Leitch, Eva Longoria, Chad Stahelski & Mike Witherill
AVEC Keanu Reeves, Michael Nyqvist, Alfie Allen, Willem Dafoe, Adrianne Palicki, Ian McShane, John Leguizamo…
DURÉE 96 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 29 octobre 2014

17 Commentaires

  1. Anthony

    Je lirais bien l’article mais si c’est comme d’ab, ça va encore spoiler à mort et c’est très énervant !

  2. Fest

    Ah merde j’y vais ce soir… Déçu.

  3. C’est moi ou la carrière de Reeves est en train de vrillé ?

  4. Je capte pas là. C’est quoi cette chronique ?
    Vous jugez le film sur sa promo, ou sur ses qualités intrinsèques ?

    Non loin de moi l’idée de faire comme beaucoup et de le qualifier de chef-d’oeuvre, parce que ce n’est pas le cas, mais ça reste largement divertissant pour permettre à chacun de s’amuser.

    En citant les punchlines perraves de l’affiche, comme on en voit sur TOUTES les affiches aujourd’hui, on croirait que vous vous attendiez réellement à une claque. Mais c’est évident que ça ne sera pas forcément le cas, on sait très bien comment fonctionne la promo aujourd’hui…

    Et surtout, concernant la chronique du film en soit, j’ai personnellement le sentiment que l’auteur s’attendait à tout sauf à cela. Un homme qui part en croisade vengeresse pour la mort de son chien, c’est aussi ridicule que la scène justement critiquée du policier qui tape à la porte. Et c’est aussi ridicule et second degré que toutes les séquences humoristiques qui jonchent de temps à autre le récit.

    Ce n’est pas un grand film, mais je trouve que Stahelski a été suffisamment lucide pour proposer un film bien réalisé, avec quelques problèmes de rythme, mais efficace.

    • ginger

      Florian :

      Je ne trouve pas cette critique fantastique mais :

      Une critique n’est pas « juste » un avis sur un film (on peut parler du contexte de fabrication, du tournage, de la promotion, de la réception, tenter de faire de la sociologie…)…putain, redire ça en 2014, c’est quand même dramatiquement pénible…

      Franchement les gars, vous êtes adorables à vouloir faire des reproches à « CaptureMag » mais faites le avec un peu plus de finesse que ça

      (Je note que ça se termine avec l’avis de l’auteur du dit-commentaire qui dit avoir apprécié le film. Soit et peu-importe. Si ce n’eût été le cas, cette intervention existerait t-elle ? Le sentimental prendrais t-il la place de toute autre considération dans la rédaction de cette opinion ?)

  5. Je n’en avais jamais entendu parler ; cela vaut le coup de vivre sur une autre planète. Mais « à la limite du ridicule », je vous trouve gentil : venger son chien, même Chuck Norris n’en aurait pas voulu, et c’est à peine recevable pour Steven Seagal.

    • John Shaft

      Chuck venge (entre autre) son chien dans Œil pour œil !

      Bon il venge aussi sa maîtresse et son pick-up 😀

      • Faut que je le vois celui-là !

        • John Shaft

          Chuck vs David Carradine, ça ne se refuse pas !

          Et pour recoller avec l’actu, on des exemples de cascadeurs devenus de bons réals’ aux USA ? (Hong-Kong est hors compét 🙂 )

          J’ai aucun nom qui me vienne comme ça

  6. Totorynque

    Que les motivations vengeresques du héros soient motivées par la mort de son chien, ça n’a rien d’obligatoirement ridicule, un récent film au pitch similaire est là pour le prouver (je ne cite pas le titre pour ne pas spoiler: http://www.imdb.com/title/tt2345737/reference ). Ce qui fait toute la différence, c’est le traitement qui en est fait.

  7. Fest

    Bon ben vu et je me suis bien amusé. Évidemment c’est du scénar de RDV mais les gunfights sont très sympa. On m’a livré ce que le trailer vendait et ça me va.

  8. Fest

    (il fallait bien sûr lire scénar’ de DTV)

  9. Tout à fait d’accord avec la critique, une belle bouse (produite par Eva Langoria !), rarement vu aussi mauvais au cinéma…

  10. Moonchild

    Vu avec un peu de retard et oui, ce n’est pas brillant : tout pose problème, les personnages et leurs dialogues, des tentatives humoristiques hors de propos, une mise en scène peu inspirée (même si parfois il y a quelques tentatives graphiques, notamment le sang sur les portes vitrées dans la boîte de nuit).

    Après, Est-ce que Keanu Reeves mérite mieux ? Je n’en suis pas persuadé tant son jeu et son expression monolithique (je le trouve aussi très raide dans les séquences d’action, l’âge sans doute) tendent à prouver ses limites en tant qu’acteur. Et puis, ce côté « badass », « véner », ne lui va pas du tout, quelle séquence ridicule quand il se défoule au volant de sa voiture sur ce circuit privé au milieu d’engins de chantier.

  11. Fest

    Une fois encore je prends volontiers la défense de Sad Keanu (s’il doit n’en rester qu’un pour le faire je serai celui-là) : j’ai strictement rien à lui reprocher dans ce film, je le trouve parfait.

    Alors que, il faut bien l’avouer, l’exposition très courte ne laisse pas le temps au spectateur de s’émouvoir de quoi que ce soit, sa prestation en elle-même au début du film est très touchante. De plus, alors que tous les acteurs ou presque se font doubler pour les combats, on sent Reeves réellement impliqué physiquement, même dans les scènes de conduite (certains plans me rappelaient Jack Reacher), ce qui compte tenu du nombre d’années qui le séparent de Reloaded est remarquable.

    Décidément j’aime ce mec.

  12. Je ne critique pas pour le plaisir. Ca me semble simplement idiot aujourd’hui d’écrire une chronique d’un film en se basant sur une promo. On sait très bien aujourd’hui à quel point elles deviennent ridicules…

    Il suffit de regarder celle d’Interstellar en ce moment, avec des tweets du genre « MAGISTRAL » affichés en grand dessus. Ça veut dire quoi ? Rien. Tout comme on sait que dans les bandes annonces, on nous balancent parfois même des images qui ne sont même pas dans le final cut. Donc oui, à mon sens, ça ne veut rien dire, de se baser là-dessus. Et je n’ai aucun problème avec le site, il m’arrive souvent d’être en accord avec ce qui écrit.

    Une critique de la promo aurait du sens si cela concernait un résultat navrant au box-office ou une volonté de travestir la vérité… Là, c’était une promo comme on en voit depuis des décennies, rien de choquant.

  13. Thithi

    Ben c’est entièrement vrai… Ca commençait presque bien – jusqu’à John Leguizamo qui dit au mafieux russe (campé au passage par l’autre endive de Michael Neqvist) que son demeuré de rejeton a volé la tire de John Wick – et la suite n’est que gunfights pas du tout si originaux ni spectaculaires que ça… On arrive même à s’emm…, faut le faire !

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