VAMOS A MATAR MEL GIBSON !

À l’occasion de la sortie de KILL THE GRINGO en DTV, petite digression sur ce que représente cette série B aussi atypique que sympathique dans la carrière actuelle de la superstar déchue.

Il y a à peine dix ans, Mel Gibson faisait encore partie des stars les plus cotées d’Hollywood, enquillant les succès et les cachets à 25 millions de dollars le film. Aujourd’hui, le nouveau véhicule de la star sort directement en vidéo. Que s’est-il passé ? Une décennie de merde, sans aucun doute. Un divorce, après 27 ans de mariage et 7 enfants, qui lui a coûté la moitié de son patrimoine ; une liaison orageuse avec une chanteuse russe qui lui donnera un huitième enfant et une séparation aux retombées médiatiques désastreuses (elle l’accuse de l’avoir frappée et divulgue l’enregistrement d’une scène de ménage au cours de laquelle on entend l’acteur tenir des propos racistes et sexistes) ; un film, LA PASSION DU CHRIST, qui malgré son succès astronomique (plus de 600 millions de dollars de recettes mondiales, pour une mise de départ de 30 millions, entièrement sortie de sa poche par Gibson) sera taxé de brûlot antisémite et lui attirera pas mal d’inimitiés à Hollywood ; une arrestation pour conduite en état d’ivresse suivie de propos antisémites pour lesquels il devra s’excuser publiquement ; des déconvenues professionnelles dues à ses frasques publiques (on lui retire le caméo qu’il devait tourner dans VERY BAD TRIP 2 et Leonardo Di Caprio se barre du film de vikings que devait réaliser Gibson) ; etc. Bref, ces derniers temps, il ne fait pas très bon être Mel Gibson à Hollywood. Pour autant, on ne peut pas vraiment dire que KILL THE GRINGO ressemble à un DTV de has been, une petite production au rabais comme Steven Seagal ou Jean-Claude Van Damme en enquille par paquets de douze depuis une dizaine d’années. Tout de même lesté d’un budget qui avoisinerait les 20 millions de dollars, ce polar à la mexicaine produit, co-écrit et interprété par notre Mad Mel adoré ressemble davantage à ce que l’on peut considérer comme un pas de plus vers la sédition vis-à-vis du système hollywoodien qu’il a opéré depuis quelques années.

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Car il faut voir les choses en face. Le cinéma qu’affectionne désormais la star n’a plus grand chose à voir avec le Hollywood actuel, qui n’est plus bon qu’à produire des grosses potacheries inoffensives comme AVENGERS ou bien des remakes aseptisés des blockbusters les plus violents des années 80. Bien souvent ultraviolent, commercialement casse-gueule et porté sur des thèmes pas très à la mode, le cinéma de Gibson est désormais un cinéma de dinosaure. De dinosaure à l’occasion novateur mais de dinosaure quand même. L’acteur en a fait la douloureuse expérience en se commettant dans le mollasson HORS DE CONTRÔLE, bel exemple de revenge movie émasculé et de film de studio soporifique. En réalisant l’un des films indépendants les plus rentables de l’histoire du cinéma et l’un des défis commerciaux les plus couillus de la décennie précédente (pour les amnésiques, on parle bien de son film gore sur le Christ en araméen sous-titré), Mel a touché le jackpot. De quoi gagner son indépendance et faire uniquement les films qu’il a envie de faire. Ayant sans doute à nouveau des envies de polar badass à la PAYBACK, genre dans lequel son charisme animal et son sens du fun font merveille, il a donc jeté son dévolu sur ce KILL THE GRINGO. Mais ne souhaitant pas se limiter au niveau de la violence (une explosion de tête à la grenade !) et d’éléments inimaginables dans un gros film de studio actuel (un gamin de 10 ans enchaîne les paquets de clopes !), Mel a vraisemblablement préféré se concocter un petit DTV sans grand enjeu commercial qui lui laisserait les coudées franches à ce niveau-là. Il y campe un gangster en fuite, un homme sans nom qui vient de mettre la main sur un pactole de 2 millions de dollars mais qui se fait serrer par des flics mexicains pourris jusqu’à l’os après avoir défoncé leur frontière au volant de sa voiture. Incarcéré dans un village-prison baptisé « El Pueblito », un panier de crabes bordélique et crasseux à l’intérieur duquel les prisonniers et leur famille vont et viennent à peu près librement, il va devoir y survivre tant bien que mal tout en se liant d’amitié avec un petit garçon débrouillard et sa séduisante maman.

Malgré ses 56 printemps et quelques rides supplémentaires, le vieux Mel continue de faire le job avec un certain brio. La punchline toujours aiguisée, la forme physique intacte et l’œil allumé, il fait le malin, fume comme un pompier, distribue quelques gnons et en encaisse d’autres avec toujours autant de classe. Bref, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas retrouvé sur un écran ce Gibson-là, mélange détonnant de sadisme et de fausse nonchalance. Et ça, ça fait rudement plaisir. À l’occasion, la star se permet même de tourner crânement en dérision ses problèmes personnels (« j’ai quelques chouettes instantanés » énonce la voix off de son personnage alors qu’il se fait tirer le portrait par les flics, rappelant ainsi les mugshots de son arrestation pour ivresse au volant qui avaient filtré dans la presse). Si l’on ajoute à ça des seconds rôles hauts en couleurs, un décor relativement inédit et narrativement intéressant, un humour gras assez jouissif et une belle photo de Benoît Debie, le film a pour lui suffisamment de qualités pour faire oublier le montage un peu trop bâclé de son dernier tiers et la mise en scène fonctionnelle mais sans originalité de l’ensemble. KILL THE GRINGO est au final un petit film assez modeste qui n’arrive pas à faire oublier la claque PAYBACK, mais c’est aussi et surtout un film franc, irrévérencieux et sans concession. Bref, un film faisant partie d’une espèce de plus en plus rare à Hollywood. Le DVD et le Blu-ray sont techniquement convaincants, mais hélas, ils ne comportent pas un seul supplément, alors que leurs homologues américains comprenaient un making of et quelques featurettes.

TITRE ORIGINAL Get the Gringo
RÉALISATION
Adrian Grunberg
SCÉNARIO
Mel Gibson, Adrian Grunberg et Stacy Perskie
CHEF OPÉRATEUR
Benoît Debie
MUSIQUE
Antonio Pinto
PRODUCTION
Mel Gibson, Stacy Perskie et Bruce Davey
AVEC
Mel Gibson, Kevin Hernandez, Daniel Giménez Cacho, Jesús Ochoa, Dolores Heredia, Peter Stormare…
DURÉE
96 mn
ÉDITEUR
Aventi
DATE DE SORTIE
En DVD et en Blu-ray : le 16 octobre 2012.

3 Commentaires

  1. Sanju

    Très chouette série B bien burnée et génialement anachronique avec un Mel en grande forme (bref, j’adhère aux propos d’Arnaud Bordas)… Par contre le DVD / Blu-ray sorti chez aventi est recadré en 1.85 alors que le film est, à l’origine, en 2.39. Une pratique (honteuse) digne de l’époque de la VHS. Dommage…

  2. Arnaud

    Ah oui, carrément bien vu Sanju ! J’avoue que ça ne m’a pas frappé à la vision du film mais par contre, je me souviens très bien qu’ils avaient tombé une bande-annonce du film en scope à l’époque. Je ne m’en souvenais plus au moment du visionnage du film et je n’ai pas fait le rapprochement. Bon et bien ça fait un point négatif en plus pour cette édition…

  3. David Bergeyron

    C’est vrai qu’elle est sympa cette adaptation de Max Payne 3 😉

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