UNE QUESTION DE POINT DE VUE

Loin de nous l’idée de vouloir absolument rattraper une œuvre aussi inutile que ce PROJET ALMANAC, énième bidon de lessive produit par Michael Bay. Mais en tant que dernier avatar du « Found Footage », le film de Dean Israelite révèle une problématique de cohérence narrative symptomatique du genre, un cache-misère de production dont l’aspect jeuniste va de pair avec sa forme visuelle.

Sorte de déclinaison lourdingue et infantile de la trilogie RETOUR VERS LE FUTUR (le terme d’almanach semble même faire écho au MacGuffin du second opus), le film de Dean Israelite traite du thème du voyage dans le temps par dessus la jambe, préférant ainsi mettre en scène une bande de jeunes dont l’intelligence supposée n’a d’égal que le nombrilisme (l’un d’entre eux ne voit dans cette expérience que la célébrité qu’elle peut lui apporter, l’autre abuse de la machine pour forcer l’amour de sa belle) et favoriser le placement de produit éhonté, de la pub pour Red Bull à l’omniprésence des accessoires Mac. En soi, le film se résume à une succession de saynètes sans cohérence, ce qui peut s’expliquer par les soucis de production liés au long-métrage (dont la sortie, prévue pour l’été dernier, a été repoussée jusqu’à aujourd’hui). Cependant, ces quelques éléments ne constituent même pas le problème central du récit.

Image de prévisualisation YouTube

Au cœur de la problématique, on retrouve l’utilisation même du procédé de « Found Footage », un dispositif qui doit permettre au spectateur de vivre de l’intérieur, en compagnie de la bande, les différents événements qui surviennent – bien que le terme « d’événement » semble trop fort pour décrire l’absolue vacuité du récit. Et par définition, le « found footage » doit rendre compte du point de vue du narrateur de manière intradiégétique, à travers l’emploi d’une ou plusieurs caméras dont les enregistrements ont été retrouvés ou récupérés. Pourtant, si le procédé est visible dès le début du film (la sœur du héros ou le héros lui-même – ce n’est pas très clair – dégainent leur caméra pour filmer la visite du grenier puis du sous-sol), il faut attendre un bon moment avant qu’il ne soit justifié par l’intrigue, notamment lorsque l’un des personnages affirme qu’il faudrait impérativement filmer les expériences en cours afin de pouvoir revoir et analyser les erreurs éventuelles. Étrange, puisqu’il nous semblait que c’était le cas jusque là ! Dès lors, l’écriture de manière générale ne semble pas en corrélation avec la façon dont le film lui-même est raconté au spectateur, et l’information tardive remet même l’intérêt du long prologue en question puisqu’une visite au magasin de bricolage du coin (pour prendre une scène parmi tant d’autres) n’a pas forcément besoin d’être documentée. Au final, pourquoi est-ce que le film emploie cette caméra subjective ? Parce qu’au delà même du procédé du « found footage », PROJET ALMANAC n’est que la traduction cinématographique du format « YouTube », c’est-à-dire la transposition sur grand écran de l’image dominante sur la toile, les vidéos tournées et postées à l’arrache via les réseaux sociaux. Un format qui a le mérite de proposer des faibles coûts de production mais qui s’avère surtout populaire auprès des plus jeunes, qui ont eu le temps de l’intégrer comme un nouveau standard « d’hyper réalité » (comment expliquer autrement la popularité d’un PARANORMAL ACTIVITY érigé par la jeune génération en monument du film de trouille ?), du fait des millions de visionnages amateurs sur le Net que leur œil a pu intégrer au fil de ces quinze dernières années. Par l’absolue paresse de sa mise en scène et par le fait qu’il emploie donc ce format comme un simple filtre sans aucune mise en perspective narrative, PROJET ALMANAC a le mérite (inconscient et indirect) de représenter l’inanité de ce nouveau « style ». Ni plus, ni moins.

TITRE ORIGINAL Project Almanac
RÉALISATION Dean Israelite
SCÉNARIO Andrew Deutschman & Jason Pagan
CHEF OPÉRATEUR Matthew J. Lloyd
PRODUCTION Andrew Form, Bradley Fuller & Michael Bay
AVEC Jonny Weston, Sofia Black-D’Elia, Sam Lerner, Allen Evangelista, Virginia Gardner, Amy Landecker, Gary Weeks…
DURÉE 106 min
DISTRIBUTEUR Paramount Pictures France
DATE DE SORTIE 25 février 2015

Pas encore de commentaire

Laissez un commentaire