UNE FAILLE DANS LE ROCHER

Dernier avatar du film catastrophe, SAN ANDREAS plonge Dwayne « The Rock » Johnson en plein tremblement de terre. Sorte d’ersatz des blockbusters réalisés par Roland Emmerich, SAN ANDREAS souffre de bien des défauts, dont le premier est de compter sur « The Rock » pour sauver le monde. Un comble quand on connaît la carrure – et la carrière – de l’acteur !

Décidément, le parcours cinématographique des gros bras pose certains problèmes de fond. Après un Arnold Schwarzenegger perdu dans un pseudo rôle de composition (MAGGIE, sorti le même jour que SAN ANDREAS), Dwayne Johnson est le héros d’un film qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, s’amuse à ne surtout pas l’utiliser pour ce qu’il est ou ce qu’il représente aux yeux des spectateurs. Attention, l’objectif de SAN ANDREAS n’est pas non plus de déjouer les attentes et d’imposer l’acteur dans un rôle à contre-emploi, mais plutôt d’éluder tout ce qui pourrait, de près ou de loin, permettre à Dwayne Johnson de remplir son office, c’est-à-dire d’imposer sa masse musculaire à l’écran. Pourtant, l’idée générale du film pouvait a priori laisser croire en la perspective de voir l’ex-catcheur sauver la Californie. En effet, le récit suit le parcours de Ray Gaines, un pilote d’hélicoptère de secours, hanté par la mort de son fils qu’il n’a pu sauver de la noyade des années plus tôt. Au bord du divorce avec sa femme Emma (Carla Gugino), désireux d’accompagner les premiers pas de sa fille Blake à l’Université (incarnée par la plantureuse Alexandra Daddario, entraperçue récemment dans la série TRUE DETECTIVE), Ray va être projeté en plein cœur d’un tremblement de terre qui secoue peu à peu toute la côte Ouest des États-Unis. Notre secouriste de choc va donc partir à la recherche de sa future ex-femme puis de sa fille, perdues quelque part dans les décombres d’un Los Angeles secoué par l’ouverture de la faille de San Andreas.

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Par-delà le problème posé par le « cas » Dwayne Johnson, les écueils se multiplient. Le scénario frôle par instant l’indigence, réduisant certains des personnages à leur plus simple expression. Cette indigence se matérialise tout particulièrement dans le protagoniste incarné par Paul Giamatti, un éminent vulcanologue présenté comme le seul à pouvoir prédire l’intensité du séisme en cours. Si c’est lui qui se démène pour prévenir la population du danger qui la menace, il disparaît peu à peu du long-métrage, finissant par n’être plus qu’un pur personnage-fonction (alors même qu’il profite d’une réelle exposition au début du récit). De plus, les arcs narratifs, ainsi que certaines péripéties, sont franchement ahurissants dans leur façon de convoquer des Deus Ex-Machina à tout bout de champ. Qui pourrait croire qu’un secouriste puisse retrouver sa fille, presque par magie, en tournant cinq minutes en bateau autour de l’une des tours à moitié englouties ? Qui pourrait croire qu’il lui suffit d’appuyer sur le champignon pour traverser un tsunami tout entier sur un bateau de plaisance ? Cependant, plus profondément, l’incrédulité face à la succession des péripéties vient surtout du personnage central, qui porte une ambiance, une ligne directrice, en contradiction totale avec l’artère principale du récit, à l’origine de toutes ces incohérences.

En effet, en réalisant un film catastrophe avec un acteur aussi musculeux que « The Rock », il n’y avait pas une infinité de possibilités. À priori, la plus simple (et parallèlement la plus efficace peut-être) aurait été d’assumer la dimension héroïco-cool du projet, d’exhiber la masse musculaire du comédien pour l’emmener casser des bras, sauver la population, soulever des hélicoptères à une main, voire même – allez soyons fous – refermer à lui seul la faille de San Andreas. Certes, ce type de péripéties « bigger than life » est désormais l’apanage des films de super-héros, mais est-ce une raison pour suivre le raisonnement inverse ? Ainsi, le réalisateur Brad Peyton (VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE 2 : L’ILE MYSTÉRIEUSE, déjà avec « The Rock ») cantonne sa star au rôle de pilote, quelle que soit la carlingue. Il faut ainsi se taper Dwayne Johnson dans un hélicoptère (premier tiers du film), Dwayne Johnson dans un avion (deuxième tiers), et enfin Dwayne Johnson dans un bateau de plaisance et un zodiac (dernier tiers). C’est comme s’il s’agissait de contraindre l’acteur à faire l’exact contraire de ce pour quoi il est attendu, d’autant que son personnage n’agit quasiment jamais comme un secouriste dans une telle situation de crise, ce qui est tout de même son métier à la base. Pourtant, comme s’il se rendait par instants compte de la contradiction fondamentale de son projet, le réalisateur laisse par fulgurance « The Rock » faire son job, l’envoyant botter les fesses d’un voleur de bas étage à l’aide de deux ou trois remarques sacerdotales sur le parking d’un supermarché. Comme s’il s’agissait d’un coup de revenir sur les rails de ce que le projet aurait pu être avec davantage de clairvoyance. Il n’est pas dit que SAN ANDREAS aurait été franchement plus passionnant (faut pas déconner) en assumant cette direction, mais il aurait certainement fait montre d’une plus grande cohérence. C’est encore en se prenant le moins au sérieux qu’on s’en sort parfois le mieux.

TITRE ORIGINAL San Andreas
RÉALISATION Brad Peyton
SCÉNARIO Carlton Cuse
CHEF OPÉRATEUR Steve Yedlin
MUSIQUE Andrew Lockington
PRODUCTION Beau Flynn & Hiram Garcia
AVEC Dwayne Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario, Colton Haynes, Ioan Gruffudd, Archie Panjabi, Vanessa Ross, Paul Giamatti, Kylie Minogue, Will Yun Lee…
DURÉE 114 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 27 mai 2015

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