UN PLAN SIMPLE

Depuis hier dans les salles, le remake d’EVIL DEAD ne risque pas de marquer les esprits et de devenir un film légendaire à l’égal de son illustre modèle. Pour autant, on est ici en présence d’un film modeste et bien fait. Certainement pas le monument de trouille que nous vend la promo mais indéniablement un opus qui permet de placer de sérieux espoirs dans son réalisateur.

Pas trop chers et quasi systématiquement rentables, les remakes des grands films d’horreur des années 80 constituent une valeur refuge depuis déjà quelques années pour les producteurs en quête de bons plans. Par contre, le spectateur, lui, s’y retrouve rarement. Pour une relecture enthousiasmante, type LA COLLINE A DES YEUX d’Alexandre Aja, combien de grosses couillonnades opportunistes qui ont déjà sombré dans la mémoire des cinéphiles ? Après des machins aussi consternants que FOG, LA MALÉDICTION, LES GRIFFES DE LA NUIT ou HITCHER, il fallait donc en avoir dans le pantalon pour se lancer à l’assaut d’un classique comme EVIL DEAD, d’autant plus que cette franchise reste irrémédiablement rattachée au nom de Sam Raimi, le cinéaste qui l’a initiée et qui lui a donné son identité si particulière. Partant du principe que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, ce dernier a néanmoins décidé de produire le remake de son premier film, et de le confier à Fede Alvarez, réalisateur uruguayen responsable du remarqué court-métrage de science-fiction ATAQUE DE PÁNICO !. En acceptant un tel projet, le jeune cinéaste, dont EVIL DEAD sera donc également le premier long-métrage, prenait un risque énorme : le film original n’a de valeur qu’en tant qu’expérience cinématographique entièrement portée par sa mise en scène et certainement pas par un scénario parfaitement oubliable. En soi, l’exercice du remake s’avérait donc périlleux puisqu’il imposait à son réalisateur une approche novatrice qui évite le servile copier-coller stylistique.

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Si le remake d’Alvarez paie respectueusement son tribut au film de Sam Raimi, il le fait par le biais d’une poignée de scènes issues des deux premiers films de la saga originale (le personnage possédé enfermé dans la cave, la fille perdue dans la forêt et violée par des racines vivantes, l’amputation de la main…) et par quelques clins d’œil à destination des fans (comme la présence d’une vieille Oldsmobile Delta 88 – le porte-bonheur récurrent de Raimi dans quasiment tous ses films). Dans le même ordre d’idée, le cinéaste uruguayen reprend quelques gimmicks de mise en scène qui font partie de l’ADN de la saga EVIL DEAD, comme ce long travelling frénétique à travers les bois qui installe le spectateur à la place de la menace. Des artifices pas indispensables mais que le réalisateur utilise pour se différencier de son modèle écrasant. En effet, le travelling en question représente ici le point de vue du démon femelle qui hante les bois (et dont on nous raconte l’origine dans un flash-back introductif assez maladroit et pas vraiment utile) en lieu et place du gros machin quasi lovecraftien dont on nous dévoilait l’aspect surréaliste dans le final démentiel d’EVIL DEAD 2. Point ici d’entité monstrueuse venue d’une autre dimension mais un simple démon prenant l’apparence d’une frêle jeune femme. Alvarez impose donc son parti pris à travers ce démarquage : livrer une relecture  » réaliste  » du film de Raimi, expurgée de toute l’imagerie extravertie à la Raimi. Réaliste et non sérieuse comme on a pu l’entendre ou le lire ici et là, le premier EVIL DEAD de Raimi restant un vrai film d’épouvante pas particulièrement porté sur l’humour slapstick qui fera la renommée de ses deux suites.

Évidemment, afin d’illustrer cette approche réaliste, Alvarez choisit logiquement de développer les personnages, notamment en faisant de l’héroïne une junkie traînée dans les bois par ses camarades afin de la sevrer. Un traitement payant (même si parfois un poil démonstratif) lorsque les symptômes du manque se confondent avec ceux de la possession démoniaque, doublé d’une bonne manière de légitimer la présence de cette poignée de jeunes dans un endroit aussi retiré après un bon paquet de films fonctionnant sur le même point de départ. En tout cas, cette psychologisation permet au film de gagner des points dans le registre de l’émotion, notamment dans les rapports entre l’héroïne et son frère. Autre point sur lequel le remake en rajoute par rapport à l’original : le gore. Le film d’Alvarez n’y va pas avec le dos de la cuillère à ce niveau-là. Du gore frontal, jamais putassier, mais terriblement généreux et offensif, qui tourne à la boucherie pure et simple lors d’une dernière bobine d’anthologie. Rien de très original là-dedans finalement, vu le nombre de films d’horreur qui ont surenchéri dans les hectolitres d’hémoglobine ces dernières années. Mais l’avantage du film d’Alvarez est indéniablement de ne pas se reposer là-dessus et d’intégrer ce parti pris à l’intérieur de son projet de mise en scène. Notamment via l’apport d’une photographie de toute beauté qui lui permet de donner dans le gore pictural et de composer des tableaux parfois saisissants (comme ce plan où l’un des personnages défonce le crâne d’un autre protagoniste à l’aide d’une tronçonneuse, le tout se découpant à contre-jour sur un mur de flammes). C’est dans ce traitement finalement assez humble que le film révèle sa personnalité : bien conscient qu’il ne peut pas rivaliser avec les expérimentations formelles délirantes de son modèle, l’EVIL DEAD de Fede Alvarez se contente de faire du cinéma d’artisan, en soignant sa mise en scène, son écriture, sa photo, sa musique (avec un score déchaîné de l’Ibère Roque Baños), bref en emballant un vrai film de cinéma avec un point de vue sur le matériau auquel il se frotte. Un point de vue simple et dénué de prétentions, mais un point de vue de cinéaste. Bref, une qualité somme toute assez rare par les temps qui courent.

RÉALISATION Fede Alvarez
SCÉNARIO Fede Alvarez et Rodo Sayagues
CHEF OPÉRATEUR Aaron Morton
MUSIQUE Roque Baños
PRODUCTION Sam Raimi, Bruce Campbell et Robert G. Tapert
AVEC Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Jessica Lucas, Elizabeth Blackmore…
DURÉE 91 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 01 mai 2013

3 Commentaires

  1. Vu hier (un truc qui porte « evil dead » sur l’affiche, c’est jour de sortie), et franchement agréablement surpris. Pour une fois qu’un remake fait preuve d’humilité,et ne soit pas contaminé par le cynisme actuel, voila un film qui m’a réjouis !

    En accord complet avec la critique, on ne révolutionne rien, mais le film a plein de qualités qui se sont pas mal perdues. Pour un premier film, la photo, et le sens du cadrage sont franchement incroyables, le final est superbe graphiquement ! De même, j’ai trouvé très pertinent d’avoir rajouter cette histoire de sevrage forcé, allié au « twists » (habilement gérés), concernant les survivants, le film arrive a créer de l’empathie et l’envie (rare) de voir le personnage principal survivre. Du coup on a un personnage bien campé pour une eventuelle suite.
    Une excellente pelloche en somme que Sam the Man a très bien chapeauté (je serais d’ailleurs curieux de voir a quel degrés Raimi a tutorisé le film. 🙂

  2. PiPi

    En effet une affiche estampillée Evil Dead méritait le déplacement pour en honorer la day one.
    Battant le pavé du centre ville jusqu’aux salles, sous une lourde pluie et au plus sombre de la nuit, l’ambiance était idéale.
    Après une introduction gratuite qui ne sera la que pour donner le ton et poser les bases du vocabulaire outrancièrement décomplexé de notre jeune petite amie venue du pays des fourches.
    Le reste du film n’est que générosité!
    Le gore est beau, on ne nous sert pas du steack haché bas de gamme à la sauce hémoglobine, on s’adresse d’abord à nos yeux avec une caméra intelligente et esthétique (et heu… comment dire… un peu coquine parfois, quoi que de manière très suggérée).
    Un ou deux clins d’œil ça et là pour nous rappeler que nous sommes bien en train de voir une re-vision de Evil Dead sans pour autant nous le rabâcher ad nauseam.
    Une musique bien orchestrée qui sait même se taire au bénéfice d’un silence tout aussi habillant dans des moments propices.
    Une scène finale qui donne envie d’aller revoir la pellicule par sa force graphique et son inventivité à raccrocher au canon du genre sans tomber dans le cliché.

    Enfin un film généreux, qui ne se prends pas pour ce qu’il n’est pas en se perdant dans une prétention déplacée, un film qui part de l’envie de (re)faire un bon film et pas de balancer sur une toile quelques images grandiloquentes sur de la musique criarde pour exprimer un talent qui ne coule pas dans les veines de celui qui l’a produit… Un film pas très à la mode quoi…

  3. Alexis

    Un remake qui m’a scotché, j’ai vraiment tout apprécié dans ce film: les interprètes, l’ambiance, la réalisation, les SFX. Il faudrait juste que Evil Dead 4 se fasse maintenant

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