UN PERSE ET PASSE

Y’a t’il encore vraiment quelque chose à espérer des adaptation cinématographique de jeu vidéo ? A force de se fader des passages foireux à la moulinette hollywoodienne mal emballés par des tâcherons finis (on vous épargne la liste, elle est interminable) ou des oeuvres certes mieux intentionnées mais pas franchement plus réussies pour autant (on pense notamment au SILENT HILL de notre Christophe Gans national), on serait plutôt enclins à répondre par la négative à cette question. Partant de ce constat, on ne trépignait pas vraiment d’impatience dans l’attente de PRINCE OF PERSIA – LES SABLES DU TEMPS, d’autant plus que les bandes-annonces annonçaient fortement le produit calibré pour toute la famille, dans la droite lignée des dernières productions de ce gros roublard de Jerry Bruckheimer qui semble avoir définitivement oublié qu’il fut un temps un grand pourvoyeur de films fleurant bon la burne. Et vous savez quoi ? On avait parfaitement raison !

On aurait pourtant pu espérer que la présence au générique de Jordan Mechner, créateur de la série et garant historique de sa qualité (tous les épisodes sur lesquels il était directement impliqué s’étant avéré être les plus réussis) tire le projet vers le haut pour l’extraire du carcan du blockbuster formaté. On ne peut cependant que constater à la vision du produit fini que les bonnes intentions de départ de Mechner, toujours perceptibles en filigrane, ne sont malheureusement pas solubles dans les multiples réécritures (pas moins de trois scénaristes crédités pour le script, Mechner ne recevant pour sa part qu’une mention pour la « screen story », ce qui en dit long sur ce qui doit rester de ses idées initiales). Plus que celle de l’homme à l’origine de la licence, le film porte donc comme on pouvait s’y attendre la marque de son producteur, qui a essentiellement vu dans le projet le moyen de s’assurer une deuxième franchise familiale lucrative pour les années où les PIRATES DES CARAÏBES étaient indisponibles. Loin d’être donc une digne adaptation du jeu, PRINCE OF PERSIA – LES SABLES DU TEMPS se présente avant tout comme une déclinaison façon « 1001 Nuits » de ce très peu glorieux prédécesseur, et écope en toute logique des mêmes défauts rédhibitoires. Toute l’orientation du projet tend de sorte à jouer contre les intentions initiales de Mechner. Ainsi, si le film reprend les grandes lignes de l’intrigue du jeu PRINCE OF PERSIA – LES SABLES DU TEMPS (sorti en 2003), celle-ci se voit inutilement complexifiée par de multiples rebondissements éventés, alors même que sa simplicité originelle convenait parfaitement à l’ambiance de conte de fées retranscrite dans le jeu, de même que la relation entre le Prince et Farrah (rebaptisés Dastan et Tamima dans le film), à l’origine basé sur un badinage hérité de la « screwball comedy » prend ici une tournure beauf parfaitement déplacée, gags bien lourdingues à base de coups d’oeil sur le décolleté et dialogues navrants à l’appui !

A l’actif du film, les scénaristes ont fort heureusement conscience qu’un film d’aventures digne de ce nom se doit de comporter son lot de péripéties et nous balancent donc régulièrement des scènes d’action, ce qui permet au minimum au film d’éviter le syndrome PIRATES DES CARAÏBES 3 (2h30 de verbiage, aussi lourdingue qu’incessant, pour 20 minutes d’action) et de s’avérer donc largement plus supportable. Pour autant, le choix de Mike Newell à la réalisation ne permet bien évidemment pas au film de tutoyer les cîmes du genre malgré cette profusion d’action, l’anglais étant visiblement peu à l’aise avec l’exercice et lesdites scènes d’action fleurant bon la pantoufle (ce malgré la présence de trois monteurs, dont rien de moins que l’immense Michael Kahn, collaborateur attitré de Spielberg, excusez du peu), quant elles ne sont pas plombées par des choix esthétiques douteux, notamment de très laids ralentis de post-prod, façon 300. L’équipe artistique assure sa part du boulot, le production design et la photo chatoyante de John Seale étant les seuls éléments véritablement évocateurs des 1001 Nuits,mais c’est bien insuffisant pour sauver les meubles. Par-dessus tout, on ne pourra que se désoler une fois de plus de constater à quel point le jeu vidéo est vraiment le parent pauvre de l’adaptation cinématographique tant les responsables du film semblent faire peu de cas de leur matériau d’origine. La licence PRINCE OF PERSIA a bâti sa réputation sur les acrobaties défiant la gravité de son héros ? N’espérez pas en retrouver la trace à l’écran, malgré la présence au générique comme coordinateur des cascades de notre David Belle national, les acrobaties du Prince se résumant à quelques sauts de toit en toit. La dague du temps et son mécanisme de retour en arrière temporel se trouvait au coeur du gameplay ? Elle sert en tout et pour tout trois fois dans le film, et son usage ne s’avère jamais ludique ou véritablement spectaculaire. Seule concession aux origines vidéoludiques de l’oeuvre, une séquence en début de film qui voit la caméra se déplacer dans un décor à la façon d’une cutscene venant montrer au joueur les objectifs à atteindre et la marche à suivre, mais dont l’usage aussi isolé qu’incongru rend l’effet plus ridicule qu’autre chose. Evidemment, on n’attendait pas de Newell et Bruckheimer qu’ils livrent un travail d’intégration des mécanismes de gameplay aussi abouti que cequ’ont pu faire les frangins Wachowski sur SPEED RACER, mais le minimum syndical n’est même pas respecté.

PRINCE OF PERSIA – LES SABLES DU TEMPS ne vient prouver qu’une chose : que les décisionnaires d’Hollywood ne voient définitivement le jeu vidéo que comme une énième source à couler dans un moule afin de livrer des produits clés en mains à une audience supposément déjà acquise, et non comme une véritable forme d’expression artistique digne de respect. On ne va pas faire comme si on était surpris, mais on ne peut qu’espérer bien fort que vienne un jour où une adaptation de jeu sera enfin confié à des auteurs comprenant le genre et susceptible d’en réussir la transposition à l’écran. Oui, on sait, c’est beau de rêver…

2 Commentaires

  1. Peut-être le futur Bioshock par Fresnadillo ?

  2. La prochaine victime pourrait bien être Mass Effect… glurps! :’P

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