THE BRAD PACK

Présenté à Cannes en mai dernier, COGAN – KILLING THEM SOFTLY sort dans les salles françaises le 5 décembre prochain. Avec ce projet, Brad Pitt retrouve Andrew Dominik, son réalisateur de L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD, et revient surtout à un type de cinéma qui lui tient à cœur, et qui a fait sa renommée.

Trois marlous à la petite semaine décident de braquer un tripot afin de récupérer la recette des jeux illégaux. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu’ils frappent un grand coup dans le système économique de la pègre locale. Forcément, les mafieux ne sont pas très contents, et appellent Jackie Cogan (Brad Pitt) à la rescousse, pour les retrouver et les éliminer, afin de remettre de l’ordre dans leurs affaires et envoyer le bon signal auprès de ceux qui veulent s’attaquer à leur commerce. Le pitch de COGAN – KILLING THEM SOFTLY est classique, et à première vue, les amateurs de KALIFORNIA, SE7EN, FIGHT CLUB et autres SNATCH à l’ambiance délétère et/ou l’humour noir et absurde devraient être aux anges. Cela faisait quelques années que Brad Pitt ne s’était pas essayé à cet exercice à contre-courant qui a bercé les débuts de sa carrière et a donné quelques classiques décriés en leur temps. Le fait qu’il produise aujourd’hui COGAN – KILLING THEM SOFTLY semble plus volontiers couler de source, à tel point que la production du film s’est montée en un temps record, avec seulement six mois d’intervalle entre les prémices du projet et le début du tournage. Il aura fallu un peu plus de temps pour les films précités !

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Fort du vernis esthétique reconnaissable de COGAN – KILLING THEM SOFTLY et de son humour à froid, le réalisateur Andrew Dominik peut montrer l’étendue de son talent pour mettre en place une ambiance incommodante. On pense évidemment à une séquence de braquage plutôt tendue, mais aussi à quelques expérimentations stylistiques, notamment lorsqu’il filme un échange dialogué du point de vue d’un junkie en plein trip, ou encore une exécution au ralenti, sous la pluie, à l’esthétique proche de SE7EN et surtout de FIGHT CLUB (mais c’est désormais Brad Pitt qui tient le canon en main). Toutefois, le but du réalisateur n’est pas de taper dans l’exercice de style, mais bel et bien de faire un parallèle entre son histoire et la situation économique des États-Unis, à plus forte raison puisqu’il se sert des élections présidentielles de 2008 comme toile de fond. Les premières images de COGAN – KILLING THEM SOFTLY sont sans équivoque : un jeune marlou évolue dans les rues délabrées de La Nouvelle Orléans et retrouve son partenaire de crime dans une zone sinistrée, surplombée par deux gigantesques affiches de campagne des candidats John McCain et Barack Obama. Et que ce soit à travers les débats politiques à la radio, les extraits de journaux télévisés ou encore les discours successifs de George W. Bush et Barack Obama, Andrew Dominik ne rate jamais une occasion de surligner au marqueur l’analogie économique entre les deux situations. Cette volonté thématique martelée à longueur de séquences plombe quelque peu COGAN – KILLING THEM SOFTLY, d’autant que le film se termine très précisément sur l’opinion de Cogan, qui sonne – avec le recul – comme une véritable critique du fonctionnement sociopolitique des États-Unis. Certes, le contexte nourrit la caractérisation des personnages, mais il faut reconnaître que le réalisateur parvient plus volontiers à tenir son propos dans le portrait de quelques personnages brisés (mention spéciale à Ray Liotta et James Gandolfini, même s’ils reprennent ici leurs rôles habituels de wiseguys) qu’à exploiter des images d’archives que le monde entier a pu voir il y a tout juste quatre ans. Malgré cette volonté agaçante de vouloir à tout prix donner « du sens » à une pure intrigue de roman de gare simple et directe (des qualités malgré tout retranscrites ici), et l’impression d’avoir déjà vu ce genre de filmage quelque part, COGAN – KILLING THEM SOFTLY a suffisamment d’atouts pour convaincre, surtout en cette période de couardise cinématographique généralisée.

TITRE ORIGINAL Killing Them Softly
RÉALISATION Andrew Dominik
SCÉNARIO Andrew Dominik
CHEF OPÉRATEUR Greig Fraser
PRODUCTION Brad Pitt, Dede Gardner, Steve Schwartz, Paula Mae Schwartz & Anthony Katagas
AVEC Brad Pitt, Scoot McNairy, Ben Mendelsohn, James Gandolfini…
DURÉE 97 mn
DISTRIBUTEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 05 décembre 2012.

2 Commentaires

  1. en tout cas, l’affiche badass fait assez envie

  2. Tranquillo Barnetta

    Il a craqué Dominik. Le côté polar du film est tenu, on passe un bon moment malgré le côté ultra-convenu justement mentionné dans l’article. Mais le message politique asséné à la truelle c’est incroyable. Le discours final de Brad Pitt… Les bras m’en tombaient. C’est quand même assez énorme que Dominik ne se rende pas compte que l’intrigue de polar a par essence les germes d’un sous texte social et politique et qu’il se sente obligé de surligner à ce point son message. Surtout venant de lui. Incompréhensible, vraiment.

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