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Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes… En 2003, Infinity Ward était accusé de plagier la licence des MEDAL OF HONOR en lançant CALL OF DUTY, avant de se démarquer complètement avec l’épisode MODERN WARFARE en 2007. C’est désormais MEDAL OF HONOR qui subit les mêmes accusations, et pour cause, puisque ce nouvel opus fait office de reboot de la licence (plutôt essoufflée, il faut le reconnaître), en sortant pour la première fois du contexte de la seconde guerre mondiale pour investir carrément les terres afghanes et le combat mené contre les Talibans en ce début de siècle. Le terrain est miné, c’est vrai, mais il faut reconnaitre que les développeurs de Danger Close (une équipe fonctionnant au sein de EA Los Angeles) marchent quand même sur des oeufs… Un peu trop même !

Le succès de MODERN WARFARE (et sa confirmation fracassante avec MODERN WARFARE 2) n’a pas fait que du bien au FPS narratifs. Effectivement, les deux jeux développés par Infinity Ward atteignent de telles cimes de popularité (méritées si vous me demandez mon avis) qu’ils sont clairement devenus l’exemple à suivre. Que la formule d’écriture affecte la licence CALL OF DUTY, rien de plus naturel et on attend d’ailleurs avec impatience de voir comment Treyarch va s’en tirer avec l’épisode BLACK OPS. Mais le fait est que ce succès interfère avec d’autres licences établies et même dotées d’une forte personnalité. Ainsi, et sans que ce soit d’ailleurs proprement relayé par une presse spécialisée qui préfère se palucher sur un multi il est vrai impressionnant, BATTLEFIELD BAD COMPANY 2 abandonne sauvagement la teneur anti-militariste du premier opus pour devenir un jeu de shoot plus conventionnel (voir légèrement anti-hippies même !), et ce même s’il emploie les mêmes personnages de pieds nickelés qui sont devenus, sans qu’on ne sache vraiment comment, des véritables héros de guerre à peine plus portés sur les bons mots que l’équipe de McTavish et du colonel Price. Dans le cas de MEDAL OF HONOR, l’influence est d’autant plus flagrante que le jeu reprend la structure narrative (incarnation de multiples personnages, cinématiques à la première personne) qui a fait la force de MODERN WARFARE, sans parler évidemment du contexte guerrier actualisé. Et au jeu des comparaisons, le titre de Danger Close ne sort évidemment pas grandi…

Par la force des choses, MEDAL OF HONOR s’éloigne donc du précédent opus de la licence, MEDAL OF HONOR AIRBORNE, qui mettait en scène les parachutistes de la seconde guerre mondiale dans un environnement relativement ouvert. Le jeu nous propose ici d’incarner quatre personnages fictifs, des soldats de l’armée américaine qui, au lendemain des évènements du 11 septembre, vont jouer un rôle décisif dans la chasse aux Talibans pendant l’invasion américaine en Afghanistan. Ceux qui s’attendent à une oeuvre revancharde et décomplexé, une sorte de RAMBO II vidéoludique dans lequel le boss final ne serait nul autre qu’un Ben Laden armé jusqu’aux dents de lance-roquettes et de grenades atomiques peuvent passer leur chemin. L’histoire du jeu vidéo nous a appris que les développeurs se sont rarement embarrassés d’une quelconque pudeur (même morale parfois) quand il fallait taper dans le spectaculaire, et c’est bien le seul point sur lequelMEDAL OF HONOR diverge véritablement de MODERN WARFARE, qui tient plus d’un James Bond relativement (j’ai bien dit relativement hein) plausible que du jeu va-t-en-guerre auquel il est généralement assimilé. MEDAL OF HONOR prône quant à lui une certaine idée du réalisme, en enchaînant les missions d’infiltration et de tir à lunettes (les passages les plus efficaces d’ailleurs) avec des scènes de batailles à hauteur d’hommes. Et ici, il n’est pas tant question de créer la controverse, mais plutôt de saluer, une fois de plus, la valeur sacrificielle des soldats qui tombent pour nous sur le champ de bataille. Bref, à quelques détails près, cette nouvelle mouture de MEDAL OF HONOR n’est pas vraiment un « jeu du beauf » comme on les appelle ici, et quelque part, il faut bien reconnaître que c’est un poil frustrant, surtout que certains de vos frères d’armes se payent quand même la tête de l’emploi ! Malgré quelques variantes (un raid aérien en hélicoptère qui ne propose pas grand chose que le joueur n’aura pas expérimenté ailleurs), MEDAL OF HONOR ne se contente pas seulement d’emprunter le contexte de MODERN WARFARE, mais il en pille carrément l’essence de son gameplay jusque dans l’emplacement des commandes du personnage ! Ici et là, le jeu lance donc des évènements scriptés (une prise d’otage au ralenti, la mort d’un ennemi en gros plan et on en passe) qui forcent encore plus la comparaison. Mais si les développeurs d’Infinity Ward savent manier l’art de la narration au sein des phases de jeu (au point de rarement laisser le joueur souffler, notamment dans les révélations de l’intrigue en pleine action), ceux de Danger Close préfèrent accumuler de façon linéaire les péripéties relativement pépères, entre nettoyage de grottes en vision infrarouge et prise d’assaut d’une colline surplombée d’une mitrailleuse ennemie. Avec une approche aussi timorée mais centrée sur le contexte, difficile de rendre les protagonistes attachants, surtout en l’espace d’une campagne relativement courte, même comparée à celles des CALL OF DUTY. Soyons clairs, si l’on excepte des fréquentes baisses de frame rate plutôt honteuses pour un jeu aussi récent (et pas forcément au top dans sa réalisation), MEDAL OF HONOR n’a rien d’un produit déshonorant (sans jeu de mots) pour quiconque vient chercher sa petite dose d’action à la première personne, avec un multi relativement solide. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit probablement du jeu le moins risqué du moment et à ce stade, il est pourtant difficile de donner tort à Electronic Arts, puisque le jeu a déjàfranchi la barre des 100 millions de dollars, malgré la controverse soulevée par le fait que l’éditeur a annoncé (avant de se rétracter d’ailleurs) qu’il serait possible d’incarner un taliban dans certains modes multi. La preuve ultime de l’opportunisme dont font preuve les auteurs ? Le jeu se conclut sur un morceau de Linkin Park, le groupe le plus néo-beauf de ces dernières années (TRANSFORMERS anyone ?). Ah, si seulement MEDAL OF HONOR avait fait preuve d’autant de bon goût que le clip ci-dessous !

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5 Commentaires

  1. Ddx

    « Ben Laden armé jusqu’aux dents de lance-roquettes et de grenades atomiques peuvent passer leur chemin »
    Dites moi si je me trompe, mais est-ce qu’on ne trucidait pas Saddam lui-même à la fin de Soldier of Fortune (l’everest du shoot sanglant à la sauce texane) ?

    Si je comprend bien, COD serait un show à la Bruckheimer quand MoH chercherait à faire du Bigelow ?

  2. Stéphane MOÏSSAKIS

    Si MOH cherche à faire du Bigelow en tout cas, c’est raté…

  3. David

    Mouai tout ça c’est bien beau mais la vrai question est : Medal of Honor mérite t-il une place au panthéon du jeu de Beauf ?

  4. Stéphane MOÏSSAKIS

    Ben, pas tout à fait mon bon David, si tu as lu le papier jusqu’au bout… Et c’est bien malheureux d’ailleurs !

  5. Fest

    Le jeu marche bien, c’est vrai, mais les exemplaires commencent déjà à se multiplier dans les rayons d’occasion… D’après les premiers avis en tous cas MOH souffre terriblement de la comparaison avec Black Ops.

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