SUPER VILAIN

Succès-surprise de l’année 2010, KICK-ASS connaît aujourd’hui une suite qui ne fait pas vraiment honneur au premier film. Et pour tout dire, KICK-ASS 2 est un tel contresens par rapport au concept original (du film comme des comics de Mark Millar), qu’on se demande même s’il ne va pas carrément signer l’arrêt de mort de la franchise. La sortie du film en DVD et Blu-Ray nous permet de revenir sur ce cas de suite à ne pas faire.

On a tendance peut-être un peu à l’oublier mais pour Matthew Vaughn, KICK-ASS a été un coup de poker en termes de production. Le bonhomme a acheté les droits du comics de Mark Millar avec ses propres deniers, réuni le budget et monté la production du film en indépendant, avant de se soucier d’avoir un quelconque deal de distribution avec un studio. L’idée de réalisateur/producteur derrière ce processus hautement risqué en termes financiers était surtout de s’assurer que KICK-ASS serait produit et tourné en toute liberté et serait donc son film, et pas celui d’un exécutif des studios. Forcément, la méthode a un impact sur le résultat final, et si KICK-ASS n’est pas forcément le film comic-book le plus radical de la création, il est certainement celui qui a le mieux intégré la logique post-moderne propre à son concept (et à l’adaptation d’un comics de manière générale), et ce tout juste un an après cette idiotie sur pellicule qu’était le WATCHMEN – LES GARDIENS de Zack Snyder. Comme le film a rapporté trois fois la mise, il était évident qu’une suite allait rapidement s’imposer. Mais comment retenir les piliers essentiels du film original, alors que celui-ci s’imposait par sa fraîcheur, à une époque où l’univers cinématographique Marvel (et sa phase 1 au cinéma) en était encore à ses balbutiements, et que les super-héros paradent désormais sur toutes les boîtes de céréales et trustent tous les plus gros blockbusters de l’année ?

Image de prévisualisation YouTube

C’est simple, on refile le bébé à un autre, et on s’en lave les mains ! Occupé sur X-MEN – LE COMMENCEMENT et THE SECRET SERVICE (à venir en 2015), Matthew Vaughn délègue le poste de réalisateur/auteur à Jeff Wadlow, faiseur beauf à qui l’on doit le magnifique NEVER BACK DOWN, relecture kéké/RnB des FULL CONTACT et autres KICKBOXER de notre enfance. Autant dire que pour faire suite à un premier film qui se plaît à faire la part belle aux geeks en manque d’assurance, Ladlow n’est pas vraiment l’homme de la situation. Et dans KICK-ASS 2, cela se traduit par un sabordage en règle de tout ce qui faisait le charme des personnages principaux, en marge de la société dans laquelle ils évoluent. Pour des raisons obscures, il est donc décidé que Hit-Girl va subir une crise de conscience et mettre sa vengeance de côté, pour essayer de devenir une pom-pom girl avant de se rendre compte que celles-ci sont très méchantes entre elles (!!). Ensuite, Kick-Ass perd la fille de ses rêves en deux secondes (l’un des enjeux primordiaux du premier film, rappelons-le) pour s’acoquiner avec une super-héroïne, et son but est désormais de s’associer à d’autres quidams costumés pour apprendre à en devenir un lui-même (on apprend donc qu’il n’en est pas devenu un lui-même, malgré les événements du premier film). Bref, à la vision de KICK-ASS 2, il semblerait parfois que le premier film n’ait jamais vraiment existé, mais c’est dans les passages où cette suite tente de singer les moments-clés de KICK-ASS qu’elle dévoile une toute autre philosophie, au-delà même des capacités filmiques de Jeff Wadlow, bien plus limitées que celles de Matthew Vaughn.

Ainsi, le personnage interprété par Jim Carrey, le Colonel « Bannière étoilée », renvoie bien évidemment au Big Daddy du premier film, si ce n’est qu’il sert désormais de figure paternelle au personnage de Kick-Ass, et non à celui de Hit-Girl. La différence de traitement est d’autant plus flagrante que la méthode est similaire à celle du premier film : prendre une star de renom pour interpréter un second rôle marquant et savoureux (Jim Carrey excelle, mais il n’a pas grand chose à jouer) qui incarne d’une certaine manière l’idéal philosophique du film. Dans le premier film, Big Daddy était un énergumène unique, un fou furieux en marge de la société qui tentait tout pour protéger sa jeune fille de la dure réalité du quotidien, y compris en la transformant en mini super-héroïne badass. Ici, le Colonel « Bannière étoilée » est au contraire une figure de rassemblement, qui encourage les super-héros à former une communauté susceptible de servir les citoyens quand les autorités ne font rien. Sa disparition ne fait pas tant éclater la cellule qu’il a créée, mais sabote au contraire la trajectoire reprise au final par Kick-Ass, qui sera le seul à devenir un véritable super-héros, comme annoncé par un plan final musculeux, aussi beauf que malvenu si on remet le contexte du premier film en perspective.

Pour aussi contradictoire qu’il soit, KICK-ASS 2 est surtout un produit très mal branlé. Passons sur la façon dont le film enfonce des portes ouvertes (notamment la course à la popularité du milieu scolaire) ou même sur ses séquences pseudo-choquantes (comme une scène pipi-caca qui n’aura même pas arraché un sourire à votre serviteur, c’est dire !). Mais un bonus de cette édition spéciale, consacré à la course-poursuite finale, présente quelques cascades qui sont mieux exécutées dans le cadre de ce supplément que dans la scène finale ! Il faut dire que les transparences d’une autre époque et le montage particulièrement haché finissent de rendre la séquence indigeste, à l’image du reste du film. On pourrait croire que Matthew Vaughn se chargerait de mieux protéger une franchise qu’il a lui-même initié, mais ce serait oublier le mode de fonctionnement du bonhomme : interrogé par nos soins à l’époque de LAYER CAKE, nous voulions savoir pourquoi il produisait des œuvres aussi cyniques que celles de Guy Ritchie, alors que son film en représente tout le contraire, même dans le registre du film de gangster à l’anglaise. Réponse du producteur : il n’est pas obligé d’être en accord avec le réalisateur qu’il produit, tant qu’il respecte sa vision globale. L’intention est louable, donc on va donc dire qu’il ferait mieux de choisir ses successeurs avec plus de précaution la prochaine fois !

Kickass2PosterJimCarrey

TITRE ORIGINAL Kick-Ass 2
RÉALISATION Jeff Wadlow
SCÉNARIO Jeff Wadlow
CHEF OPÉRATEUR Tim Maurice Jones
MUSIQUE Henry Jackman & Matthew Margeson
PRODUCTION Adam Bohling, Tarquin Pack, David Reid, Matthew Vaughn
AVEC Aaron Taylor-Johnson, Chloë Grace Moretz, Christopher Mintz-Plasse, Jim Carrey…
DURÉE 103 mn
ÉDITEUR Metropolitan Filmexport
DATE DE SORTIE 21 décembre 2013 en DVD et Blu-Ray
BONUS
Début alternatif
« Big Daddy revient » : la scène non tournée
Scènes version longue
Making of
« Hit Girl attaque » : la création de la séquence du fourgon
Commentaire audio de Aaron Taylor-Johnson, Chloe Grace Moretz, Christopher Mintz-Plasse et Jeff Wadlow

14 Commentaires

  1. jpk

    Tout à fait d’accord avec toi.
    J’étais personnellement mal à l’aise pendant la séance, j’avais l’impression de voir un produit MTV qui se prend pour de la contre-culture.
    D’ailleurs les méchants ont des têtes de heavy métalleux (!) et le héros écoute de la variètoche.
    C’est Justin Bieber contre Slayer.
    Je crois même que j’ai préféré THOR 2, c’est dire (sans doute parce que j’ai dormi pendant).

  2. jpk

    Et c’est marrant ce que tu dis sur M. Vaughn parce qu’à cause des films de Guy Richie, j’ai longtemps tardé à voir Layer Cake, et j’ai été très agréablement surpris de voir qu’en effet c’était un film plutôt solide, plus proche de GET CARTER et de THE LONG GOOD FRIDAY que de SNATCH.

  3. Larper

    La ritournelle habituelle :
    Ritchie = cynique.
    Snyder = de la merde.
    Il ne manquait plus que Ratner et Rodriguez (= pas bien !). Ce sera sans doute pour la prochaine critique.

    Par ailleurs ;

    « Jeff Wadlow, faiseur beauf à qui l’on doit le magnifique NEVER BACK DOWN, relecture kéké/RnB des FULL CONTACT et autres KICKBOXER de notre enfance. »

    C’est vrai que « Full Contact » et autres « Kickboxer » sont des monuments de subtilité et pas de beauferies crypto gay.

  4. Nightfire

    Rien de nouveau sous le soleil chez vous…

    Quand un réalisateur ne vous est pas sympathique, vous ne lui laissez pas sa chance et vous le sabordez n’importe comment, peu importe si son film a été encensé par Quentin Tarantino (qui est quand même loin d’être un idiot) et par Mark Millar himself.

    Une malhonnêteté intellectuelle qui commence à se voir de plus en plus…

  5. Foodstuff

    Je suis tout à fait d’accord! Ce film est franchement regrètable (et je pèse mes mots tellement ce spectacle pipi-caca-vulgaire et indigeste était à la limite du regardable) surtout après un premier film qui promettait une franchise originale et sur-vitaminée. A Bannir. Et pi bon, c’est pas parce que Tarantino (que j’adore) dis qu’il a adoré que c’est forcément bien (il a bien aidé RZA à faire son film tout pourri de « fifi bras d’acier ». Ca lui arrive de se planter …)

  6. Florian

    Capture est pas le seul site à dire que le film est une daube et une parfaite anti thèse du 1er épisode… M’enfin plus facile de moquer la critique que la faire soi même…

  7. Nightfire

    « Et pi bon, c’est pas parce que Tarantino (que j’adore) dis qu’il a adoré que c’est forcément bien » : peut-être pas, mais il faudrait quand même s’interroger un minimum sur le pourquoi un réalisateur aussi renommé et intelligent a trouvé matière à mettre Kick-Ass 2 dans son top de l’année.

    En gros, chercher ce que le film a de défendable (au point qu’un grand monsieur y a prit son pied) plutôt que de la flinguer à la va-vite sur un argumentaire qui tient principalement dans « Wadlow = Never Back Down = caca ».

    • JLP

      « Il faudrait quand même s’interroger un minimum sur le pourquoi Tarantino …etc …. »

      Ben je m’en vais te l’expliquer moi, pourquoi :

      Tarantino est un cinéphile bourrin et bisseux, amateur de péloches vulgos, trashos et débilos, le plus souvent indéfendables (c’est justement pour ça qu’il les kiffe)

      Crois-tu réellement qu’il a perçu dans Kickass 2 des qualités cinématographiques indéniables?
      Non, amha, il s’est juste marré comme une grosse otarie bourrée à la bière et a renversé son pop-corn partout.

      Ensuite il est sorti de la salle et a lancé à son pote « Yaaah awesome, dude »

      Il n’en reste pas moins que Kickass 2 reste une sombre merde.

      • Stéphane MOÏSSAKIS

        Ta réponse est d’autre plus pertinente JLP, que je me souviens avoir vécu une séance en festival, avec Quentin Tarantino, qui se marrait comme un bossu pendant tout le film.

        C’était à Sitges, pendant la projection de HOUSE OF THE DEAD 2. De là où j’étais, il avait l’air d’avoir bien aimé en tout cas.

        M’étonne pas que le film ait gagné tous ces oscars depuis, et qu’il ait supplanté THE SHAWSHANK REDEMPTION au classements des 250 meilleurs films sur IMDB.

      • Nightfire

        « Non, amha, il s’est juste marré comme une grosse otarie bourrée à la bière et a renversé son pop-corn partout. » : ouais, c’est probablement juste pour ça qu’il a mis le film au même niveau que Gravity ou du dernier Woody Allen : juste parce qu’il s’est tapé un délire beauf dessus.

        Je crois plutôt que le mec est assez érudit pour faire la différence entre un gros nanard rigolo et un film qui lui remue assez le cerveau pour le mettre dans un top (House Of The Dead II, il ne l’a jamais cité nulle part, je me trompe ?)

  8. Weta

    « House of the dead 2 » non, mais « Freddy contre Jason », si.

    Ce n’est pas parce qu’il s’agit de Tarantino, qu’il faut tout prendre au pied de la lettre.

    Spielberg et Carpenter (et le regretté Kubrick) voue un culte à Claude Lelouch, est ce que ça en fait pour autant un bon cinéaste ? 😉

  9. JZ

    Nan mais ce qui est le plus drôle c’est de voir des mecs taxer Capture Mag de malhonnêteté intellectuelle, de faire des raccourcis du genre : « Ritchie = cynique.
    Snyder = de la merde.
    Il ne manquait plus que Ratner et Rodriguez (= pas bien !). Ce sera sans doute pour la prochaine critique.  » ou encore: « Quand un réalisateur ne vous est pas sympathique, vous ne lui laissez pas sa chance et vous le sabordez n’importe comment, peu importe si son film a été encensé par Quentin Tarantino » Pour ensuite ne fournir pour seul argumentaire que Tarantino a aimé le film et que par conséquent ça ne peut pas etre une merde…. finalement elle est la la malhonnêteté intellectuelle, utiliser comme on le veut sans se soucier d’être un brin cohérent dans ce que l’on raconte, on peut dire ce qu’on veut sur Capture mais il y a un ligne éditoriale clair et cohérente, utiliser Tarantino comme un argument d’autorité inébranlable et inattaquable ce n’est ni l’un ni l’autre.

    • Nightfire

      « Pour ensuite ne fournir pour seul argumentaire que Tarantino a aimé le film et que par conséquent ça ne peut pas etre une merde » : finalement, elle est plutôt là la malhonnêteté intellectuelle : déformer les propos des gens pour se donner le beau rôle.

      « Spielberg et Carpenter (et le regretté Kubrick) voue un culte à Claude Lelouch, est ce que ça en fait pour autant un bon cinéaste ? » : probablement pas, mais étant donné que ces trois grands noms le vénèrent, il faudrait aussi éventuellement revoir la filmo du gars, juste au cas où.
      Un peu comme QT vis à vis de Wadlow.

  10. jerome M.

    pour en revenir au film quand meme:

    le look de ce kickass2 et sa maniere de remaker certaines sequences du premier (BO a l’appui) fait tristement penser a ces suites DTV du genre Wrong Turn 12 ou Hostel 24…
    Le nouveau real a plutot bien reussi a assurer la continuite visuelle mais il manque ce qui faisait le charme de l’original: du coeur et une morale parfois trouble mais comprehensible. Cette suite veut en rajouter dans le mauvais gout et le trash mais il ne suffit pas de montrer des pom-pom girls repandant des jets de diarhée numerique et d’exhiber les boules anales de la mere du mechant pour en faire un film subversif et punk. Loin de la! Ces exces se revelent en fait assez puerils et achevent de me convaincre que le film n’a pas saisi comment fonctionnait les ruptures de ton qui faisaient tout le charme du film de Vaughn.
    A noter egalement que le comics de Millar n’arrivait pas vraiment a la cheville du premier. De toutes facons, je pense que le concept du gamin qui se prend pour un super-heros etait de toutes facons compromis des le final du premier episode: une fois devenu kick-ass pour de bon, l’histoire ne peut alors s’orienter que vers un remake de spider-man (pour l’ado normal qui combat le crime apres les cours, sauf que dans kick-ass, il est mauvais eleve). Pas etonnant donc que le 2 soit un reboot deguisé avec un heros gauche et mal assuré bavant d’envie de rejoindre les troupes de Jim Carrey la ou ca aurait pu/du etre l’inverse.

Laissez un commentaire