STAR 80

Attention événement ! Blindé d’anecdotes, le montage aussi acéré que le verbe de ses intervenants, et toujours à l’affût des pires extraits des films cités, ELECTRIC BOOGALOO de Mark Hartley – l’autre documentaire sur la Cannon – reste probablement l’un des films les plus divertissants que vous verrez en ce début d’année !

Même s’il partage certains des mêmes intervenants, ELECTRIC BOOGALOO propose l’exact inverse de THE GO-GO BOYS, le documentaire « presque » officiel sur la Cannon, dont nous vous parlions il y a tout juste quelques mois. Et pour cause, puisque l’un n’existerait pas sans l’autre ! En effet, c’est l’une des révélations du film de Mark Hartley : alors que celui-ci a cherché à contacter Menahem Golan et Yoram Globus pour les faire participer à son projet (annoncé depuis plus de trois ans), il apprend que les deux producteurs filous ont décidé de lancer leur propre documentaire à la gloire de la Cannon, afin de lui faire concurrence. Ceci explique évidemment pourquoi Golan et Globus n’apparaissent pas au générique d’ELECTRIC BOOGALOO, en dehors des images d’archives utilisées par Hartley. Mais surtout, cette absence oriente la tonalité du film vers une impartialité qui ressemble souvent à un règlement de comptes. Non pas de la part du réalisateur lui-même, mais surtout de la part de certains intervenants dont les propos particulièrement virulents ne sont pas toujours contrebalancés par l’habituelle enthousiasme et la bonhommie de Menahem Golan, ou encore les sautillements reconnaissants d’un Jean-Claude Van Damme en moule-burnes, qui sait à quel point il doit sa carrière à la Cannon. Ici, les paroles assassines du producteur Frank Yablans ou encore du superviseur musical Richard Kraft prennent souvent le dessus sur les dithyrambes d’un comédien oublié comme Adolfo Quinones. De fait, la complémentarité entre les deux œuvres semble évidente, puisqu’il convient de faire la part des choses entre les anecdotes proposées par les deux documentaires, pour avoir une idée plus spécifique du fonctionnement totalement chaotique de la Cannon, qui évoluait entre passion absolue, je-m’en-foutisme des règles élémentaires du cinéma et magouilles fiscales habituelles.

http://www.dailymotion.com/video/x2bq2o0

Mais ce serait mal connaître l’œuvre de Mark Hartley que de penser que le cinéaste aborde son sujet avec la même condescendance que certains de ses intervenants. Comme dans NOT QUITE HOLLYWOOD et MACHETE MAIDENS UNLEASHED, ses excellents documentaires sur le cinéma d’exploitation australien et philippin, le cinéaste emploie sa science du montage ciselé pour mettre en avant un condensé représentatif de la Cannon, à travers un choix d’extraits particulièrement pertinents. On y retrouve évidemment les plus grands moments de Chuck Norris, du Charles Bronson des années 80 ou encore des débuts de Dolph Lundgren en pagne, mais aussi et surtout des passages totalement psychotroniques de grands chef d’œuvres oubliés tels que THE APPLE (une comédie musicale réalisée par Golan), NINJA III (la rencontre entre le film de ninjas et l’aérobic !) ou encore AMERICA 3000, le post-apo de la Cannon ! Un tel œil pour dénicher les séquences les plus outrancières dénote ainsi d’un véritable amour pour le cinéma bis, que Mark Hartley parvient à rendre particulièrement communicatif. Il serait criminel de relater toutes les anecdotes les plus savoureuses d’ELECTRIC BOOGALOO, mais s’il fallait s’arrêter sur l’une d’entre elles pour vous convaincre d’aller acheter le DVD, autant évoquer ce passage absolument incroyable et hilarant dans lequel plusieurs intervenants racontent comment Menahem Golan a mené les négociations avec les avocats du singe interprète de Clyde dans DOUX, DUR ET DINGUE, en s’adressant directement au primate lui-même pour lui raconter le pitch du projet ! Le plus beau dans l’histoire est que le film aujourd’hui oublié a bien fini par se faire (ça s’appelle GOING BANANAS, pour les déviants qui veulent traquer le film pour se le taper en entier), ce que Mark Hartley nous rappelle, extraits du bidule à l’appui ! Pour cette anecdote et des dizaines d’autres encore, pour son rythme implacable et épuisant et pour sa propension à rappeler que le cinéma des années 80 n’était pas forcément aussi définitif qu’on veut bien se le rappeler, ELECTRIC BOOGALOO mérite déjà le titre du meilleur DTV de l’année 2015 !

À CONSULTER ÉGALEMENT
Notre critique de THE GO-GO BOYS
Notre podcast consacré à la Cannon.

TITRE ORIGINAL Electric Boogaloo : The Wild, Untold Story of Cannon Films
RÉALISATION Mark Hartley
SCÉNARIO Mark Hartley
CHEF OPÉRATEUR Gary Richards
MUSIQUE Jamie Blanks
PRODUCTION Veronica Fury
AVEC Bo Derek, Menahem Golan, Yoram Globus, Dolph Lundgren, Sam Firstenberg, Franco Nero, Richard Chamberlain, Tobe Hooper, Avi Lerner, Sybil Danning…
DURÉE 107 mn
ÉDITEUR Luminor
DATE DE SORTIE 15 janvier 2015 (en DVD uniquement)

2 Commentaires

  1. Stéphane

    Excellent documentaire en effet ! Terriblement informatif et divertissant. C’est vrai que le rythme effréné du montage dans la première partie (ça se calme ensuite quand il s’attarde sur les auteurs que la Cannon a produits) est assez épuisant à la première vision pour ceux qui ne maitrisent pas totalement l’anglais et qui tachent de suivre en lisant les sous-titres qui défilent à vitesse grand V.
    Une question me taraude cependant : pourquoi diable Cobra et Bloodsport ne sont pas du tout cités dans le doc (alors qu’il s’agit de deux grosses productions Cannon qui ont très bien marché) ?

  2. Il est vrai que le passage assez bref sur le déclin de la Cannon et donc de ces dernières productions phares tels que « Cobra » et « Bloodsport » laisse un sentiment d’inachevé, surtout quand c’est avec ces dits films qu’on à grandi…

    Mais bon, comme énoncé dans la critique, on peut justifier ça à absence d’intervenants clés comme Stallone, ne voulant vraisemblablement plus entendre parler de la Canon, ou encore Van Damme qui lui à décidé de participer au dernier moment à l’autre documentaire produit par Menahem Golan et Yoram Globus.

    Très enrichissant et sans concession donc dans l’ensemble, même si pour digérer tout le flux d’informations donnés j’ai dû mettre sur pause de temps en temps.

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