SOUVENIRS DE L’AU-DELÀ

Certes, les premières images d’OBLIVION étaient intrigantes. Pour autant, il était difficile de s’enthousiasmer pour le film de Joseph Kosinski en gardant en mémoire le ratage de TRON L’HÉRITAGE. D’un autre côté, le sujet et le titre de ce second film nous invitent à effacer le passé et se laisser tenter par l’expérience. Mais attention aux impressions de déjà-vu !

Nous sommes en 2077 et cinquante ans auparavant, la Terre a été dévastée par une série de catastrophes naturelles et une invasion extra-terrestre. Les survivants ont réussi à quitter la planète pour s’installer dans une station orbitale. Jack et Vika sont deux techniciens dont la mission consiste à rester sur Terre pour réparer des drones qui scannent les horizons désertiques de la planète. Afin qu’ils soient le plus efficace possible dans leur mission, leur mémoire a été effacée. Pourtant, Jack fait toujours le même rêve récurrent : New York, une jeune femme qu’il ne connaît pas, mais qui lui sourit pourtant en retour, les hauteurs de l’Empire State Building, des images qui datent d’avant l’apocalypse. Voilà pour le point de départ d’une intrigue à multiples rebondissements, dont le scénario repose justement sur les diverses révélations que Joseph Kosinski tente de mettre en place au fur et à mesure qu’il progresse dans la narration de son film. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’ambition, puisqu’il réaffirme ses propres lubies avec OBLIVION : amour de la science-fiction, univers très référentiel, thématique sur l’essence de l’humanité et on en passe. De toute évidence, le réalisateur semble vouloir se démarquer de TRON L’HÉRITAGE, en jouant sur un univers totalement différent d’un point de vue thématique et stylistique, mais qui emprunte néanmoins à beaucoup de classiques du genre, de MAD MAX 2 à TERMINATOR, en passant par le roman « Je suis une légende » ou encore TOTAL RECALL, WALL-E et même, soyons fous, 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE. La volonté est évidente, mais le résultat est cependant très maladroit.

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Car même s’il tente de se démarquer de TRON, Joseph Kosinski adopte ici un ton homogène, reliant finalement les thèmes de la manipulation émotionnelle (intelligence artificielle et homme de synthèse) et de la transcendance humaine, avec un manque de maturité similaire. TRON L’HÉRITAGE avait su moderniser le film original sans forcément surélever le débat au niveau des espoirs du fandom de base, dont la volonté de porter la mythologie du film de Steven Lisberger au pinacle est peut-être un poil exagérée. De la même manière, OBLIVION ne parvient jamais à se hisser à la hauteur de ses ambitions. La faute à une mécanique narrative trop éparse et explicative, et surtout à une froideur qui n’a d’égal que la beauté de ses paysages épiques et dévastés. Et dans les deux cas, la caractérisation est particulièrement fautive, à plus forte raison quand les souvenirs du personnage de Jack tiennent plus volontiers de la carte postale que de la véritable tranche de vie, à tel point qu’ils ne dénotent pas vraiment de son quotidien parfaitement monotone avec Vika. Pire encore, le personnage n’existe finalement que dans ses fonctions (pilote de l’air, réparateur de drones) ou alors au travers de son environnement, au gré des révélations, et ce même dans sa facette la plus humaine (révélée lors d’un flashback final). Dès lors, difficile de prendre part à son parcours émotionnel, à plus forte raison quand Tom Cruise l’incarne de la manière la plus mécanique qui soit. Drôle de raisonnement pour un film qui se destine à sonder et révéler l’âme humaine. Ici et là, OBLIVION peut procurer certains plaisirs pour les amateurs de science-fiction que nous sommes, et il est d’ailleurs évident qu’en seulement deux films, Joseph Kosinski parvient à se construire une véritable personnalité de cinéaste aux thématiques très prononcées. Dommage cependant que son cinéma, aussi soigné soit-il, ne soit pas encore à la hauteur de ses ambitions démesurées.

TITRE ORIGINAL Oblivion
RÉALISATION Joseph Kosinski
SCÉNARIO Joseph Kosinski, Karl Gajdusek & Michael Arndt
CHEF OPÉRATEUR Claudio Miranda
MUSIQUE Anthony Gonzalez & M83
PRODUCTION Dylan Clark, Duncan Henderson, Barry Levine & Joseph Kosinski
AVEC Tom Cruise, Morgan Freeman, Andrea Riseborough, Olga Kurylenko…
DURÉE 126 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 10 Avril 2013

2 Commentaires

  1. Fest

    Dommage, ça partait plutôt bien… Dans le pire des cas ça fera un beau Blu-ray pour tester sa télé.

  2. @Dailyddx

    [SPOIL]
    A noter également que, par son atmosphère très proche de Moon, le film trahit très tôt chez les fans de SF sont rebondissement principal à venir, identique à celui mis en scène par Duncan Jones.

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