SOUDAIN LE VIDE

Deuxième guerre mondiale : téléporté dans une autre dimension en survolant le triangle des Bermudes, le pilote William Grey n’a d’autre choix que de s’impliquer dans la guerre qui fait rage entre « les survivants » humains et la race extra-terrestre des « Veilleurs » et de mener une bataille décisive pour l’issue de la grande guerre. Voilà le pitch de DARK VOID, dernier jeu AAA confié par Capcom aux petits nouveaux de Airtight Games. Mais à l’instar du récent BIONIC COMMANDO, on regrette que le grand éditeur japonais n’ait pas géré la licence en interne !

Disons-le tout net : comme beaucoup de jeux d’aventure ou de science-fiction, DARK VOID n’arrive pas vraiment à digérer ses influences, qui vont de la littérature de science-fiction classique à LA GUERRE DES ETOILES, en passant par les comics américains d’inspiration rétro-futuriste. Le fait que ces modèles soient d’ailleurssouvent cités par d’autres jeux faits dans le même moule (action à la troisième personne, designs steam-punk sous influences) n’aide pas les développeurs à insuffler une personnalité propre à leur projet. Dans l’absolu, il n’est donc pas étonnant que les mises en place et les missions du jeu semblent répétitives et déjà faîtes ailleurs, à plus forte raison si on demande au joueur d’incarner un bellâtre aventurier dans la droite lignée du désormais célèbre Nathan Drake (la présence au générique du comédien Nolan North compte également pour beaucoup). Sur le papier, DARK VOID propose cependant un élément prometteur, qui pourrait changer la donne en apportant un peu de sel à une action généralement très dirigiste dans le domaine du TPS, puisqu’il s’agit d’un jet-pack fièrement porté par le héros sur la jaquette. En attendant les joutes volantes, cet accessoire iconique a le mérite d’apporter un peu de verticalité dans les échanges de coups de feu, mais c’est encore trop peu pour tromper l’ennui, faute d’une absence de motivation véhiculée par les cinématiques. Oui, l’idée est bonne, mais l’exécution laisse cependant à désirer, la faute à une absence de perspective forcée qui limite les sensations de vertige, qui auraient pu être véritablement grisantes. Autre problème : le jet-pack à pleine puissance, présenté dans un courtprologue, se fait tellement attendre que le joueur se demande, à mi-chemin dans le jeu tout de même, s’il aura vraiment le droit de faire l’expérience des batailles aériennes promises par le potentiel du jeu, et s’il pourra enfin se repaître d’une adaptation vidéoludique, certes officieuse mais en bonne et due forme, des super-héros tels que Iron Man ou le Rocketeer.

Au delà de la maniabilité franchement frustrante lors des phases volantes et de la redondance fatigante des scènes d’action, le problème de Dark Void réside donc dans sa façon de mettre en place les éléments qui le constituent en tant que jeu vidéo, donc dans sa façon de raconter ET de faire vivre son histoire au joueur potentiel. En effet, il est difficile de se laisser berner par une construction narrative en trois actes, étant donné que les auteurs ne cherchent jamais vraiment à présenter leurs personnages, ou à expliciter les enjeux de façon globale. Forcément, la sauce ne prend pas et le joueur n’a d’autre choix que d’avancer dans l’intrigue en se rattachant à ce qui lui est demandé de faire, plutôt que d’avoir une vue d’ensemble des enjeux, comme c’est hélas trop souvent le cas dans le médium qui nous concerne ici. Les quelques pointes de mélancolie (notamment dans lefinal) et l’usage de personnages secondaires évocateurs (notamment la présence bazardée de l’inventeur Nikola Tesla) n’y font rien : DARK VOID sabote le peu d’intérêt qu’il lui reste au fur et à mesure de sa progression et l’arrivée tant attendue de l’élément aérien peine à relancer la machine comme il se doit… Pour ceux qui ne suivent pas l’actualité hollywoodienne, rappelons que les droits d’adaptations de DARK VOID ont été achetés par Brad Pitt himself, en vue de développer une nouvelle franchise dans laquelle il pourrait tenir le rôle principal. Il faut donc croire qu’il y avait là matière à raconter une bonne histoire. Espérons que la star de SE7EN et OCEAN’S ELEVEN s’en souciera un peu plus que les développeurs de Airtight Games…

TITRE ORIGINAL Dark Void
GENRE Action / Aventure
ÉDITEUR Capcom
DÉVELOPPEUR Airtight Games
CONSOLE Xbox 360 / PS3 / PC
DATE DE SORTIE 22 janvier 2010

4 Commentaires

  1. David BERGEYRON

    Bah tu vois que tu sais parler de technique dans tes chroniques ^^

    En même temps, même si le jeu avait été superbement réalisé et doté d’une jouabilité sans faille, le récit, les missions et les personnages restent suffisamment inintéressants pour ennuyer le joueur.

    Mais bon, je n’étais pas contre un peu plus de rythme ni même une bonne sensation de puissance et de vitesse dans les séquences en jet pack.

    Chapeau bas en tout cas Mr Moïssakis pour avoir terminé ce pénible Dark Void. Très pro le mec, vraiment très pro …

    C’est qui le prochain qui passe dans la moulinette de l’approche narrative du jeu vidéo ? Darksider ?

  2. Stéphane Moïssakis

    Darksiders ouais. Quand je l’aurais fini 😉

  3. David BERGEYRON

    Bon ben on est pas là de relire une chronique sur Game Parallax alors ^^
    J’espère que Thomas prendra la relève 😉

  4. Oh moi, tu sais, à part les bande-annonces 😀

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