SORTIE DE ROUTE

Si les premiers opus de la franchise FAST & FURIOUS ne donnaient pas franchement très envie de suivre les aventures de Dominic Torretto et de Brian O’Conner, le cinquième épisode, bien plus jouissif que les précédents, avait largement redressé la barre. FAST 6 allait-il poursuivre dans la même veine ou FAST 5 n’était-il qu’un amusant accident de parcours ? L’attente était bien réelle ; les espoirs sont déçus.

Après le casse de Rio de Janeiro, grâce auquel Toretto et sa team ont mis la main sur cent million de dollars, le groupe s’est séparé. Luke Hobbs (incarné par Dwayne « The Rock » Johnson), chargé de coffrer la bande dans le cinquième épisode, retrouve Torretto pour lui demander de reformer son équipe et de l’aider à traquer un criminel de grande envergure, Owen Shaw (Luke Evans), ancien membre des Forces Spéciales. En échange, toute la bande aura droit à l’amnistie et pourra rentrer sur le territoire américain. Torretto, d’abord réticent, accepte le deal proposé par Hobbs lorsqu’il s’aperçoit que Shaw est secondé par Letty, son ancienne compagne, donnée pour morte quelques années plus tôt dans FAST & FURIOUS 4.

On prend les mêmes et on recommence ? De prime abord, FAST & FURIOUS 6 s’inscrit dans la continuité du précédent opus, en reprenant la même équipe devant et derrière la caméra. Responsable des trois derniers opus (dont un TOKYO DRIFT de bien triste mémoire), le réalisateur Justin Lin reforme la bande de Torreto, pour le grand plaisir des spectateurs adeptes de la blague lourdingue et de l’humour bas du front. Roman, Tej, Han ou encore Gisele (interprétée par l’incandescente et sublime Gal Gadot) sont donc de retour, ce qui pose déjà l’un des problèmes fondamentaux du film en terme de caractérisation de personnages. Plus proche du coup de coude forcé au spectateur, leur présence n’est que prétexte à épater la galerie dans une sorte de numéro de cirque faiblard et mal pensé. En effet, dans FAST & FURIOUS 5, l’humour servait à conférer une certaine substance aux personnages, alors que les punchlines de cette suite ne parviennent jamais à créer une connivence avec le spectateur, puisqu’elles ne sont là que pour tirer le film vers la comédie pure et simple, quand on ne frise pas la parodie.

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Ce problème de caractérisation cache un plus grand souci d’approche narrative : que le scénario ne brille pas par son originalité, passe encore (ce n’est généralement pas le lot de cette franchise). Que l’écriture ne soit pas d’une rigueur absolue, admettons (même si le spectateur un tant soit peu sophistiqué sait qu’une balle peut stopper un spécialiste en arts martiaux, ce que Han et Roman ne semblent pas prendre en compte quand ils oublient de sortir leur pétoire et se font rétamer la tronche). Mais il suffit d’une scène d’introduction poussive – qui met en scène un énième duel entre les deux personnages principaux pour déterminer lequel est le conducteur le plus rapide – pour comprendre que le réalisateur et le scénariste semblent s’engager dans la mauvaise direction avec ce sixième épisode, qui tente un peu trop de retrouver la « magie » du précédent film. D’une part, cette séquence ne pose pas le sujet du film et préfère au contraire répéter les acquis, mais elle souffre de surcroit d’un montage et d’un rythme bancals, et surtout de la comparaison avec la séquence du train qui ouvrait le précédent épisode, un braquage particulièrement impressionnant et immersif.

Tout le film est dans la droite lignée de cette scène plate et déjà vue, avec une intrigue et une caractérisation qui sont sacrifiés sur l’autel du rythme à tout prix et des acquis avérés de la franchise. Dans ce cadre, il est donc impossible d’éprouver une quelconque empathie envers les personnages du film, qui sont réduits à l’état de pantins qui gesticulent sous nos yeux. A cet égard, la dernière séquence du long-métrage, qui introduit d’ailleurs un nouveau bad guy, incarné par Jason Statham (présent en tout et pour tout dix secondes à l’écran, mais qui devrait jouer un rôle majeur dans le septième épisode), provoque également la disparition d’un membre de la team, sans qu’aucun travail particulier n’inscrive cet accident dans un rapport mémoriel avec le spectateur. Faire décéder des personnages de cette façon-là, alors qu’ils constituent des éléments relativement centraux des deux derniers opus, achève la (petite ?) crédibilité que le cinquième épisode était parvenue à insuffler à la série.

Alors oui, les séquences d’action elles-mêmes sont peut-être impressionnantes, mais elles ne se hissent jamais au même niveau que celles qui essaimaient le cinquième épisode. Là où FAST & FURIOUS 5 parvenait à dissimuler ses problèmes scénaristiques majeurs et son racolage putassier par une jouissance communicative et totalement régressive, FAST & FURIOUS 6 ne fait qu’empiler des séquences d’action diaboliquement chères, mais paradoxalement assez pauvres visuellement, puisqu’elles sont plombées par un surdécoupage intempestif, qui empêche le spectateur d’en savourer tous les effets. Au final, FAST & FURIOUS 6 n’est donc qu’une suite boursouflée du cinquième opus et ne fait que répéter, en les travestissant, en les exacerbant, toutes les caractéristiques présentes dans le précédent film, sans jamais parvenir à en retrouver la saveur et à susciter la même sympathie. Un peu à la manière d’EXPENDABLES 2, le dernier FAST & FURIOUS pêche fondamentalement par son absence de sérieux, tant dans le scénario (qui carbure au second degré et aux clins d’œil forcés) que dans la fabrication. Espérons que le prochain réalisateur de la franchise, qui devrait être James Wan (metteur en scène de SAW et d’INSIDIOUS) prenne son film davantage au sérieux, histoire de revenir vers le style du cinquième opus, qui avait su trouver l’alchimie entre buddy movie, actioner pur et dur et film de bagnoles.

TITRE ORIGINAL Fast and Furious 6
RÉALISATION Justin Lin
SCÉNARIO Chris Morgan
CHEF OPERATEUR Stephen F. Windon
MUSIQUE Lucas Vidal
PRODUCTION Vin Diesel, Neal H. Moritz, Clayton Townsend
MUSIQUE Lucas Vidal
AVEC Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson, Michelle Rodriguez…
DURÉE 2h10
DATE DE SORTIE 22 mai 2013

3 Commentaires

  1. Zhibou

    J’ai finalement trouvé cet épisode sympathique, mais bien moins équilibré que le cinquième.

    Finalement le gros souci que je reproche à la série est d’être trop attaché à son héritage surchargé de personnages. Une sous intrigue entière avec Paul Walker qui rembobine sur les faits du 4, merci quoi. Dernière preuve du bordel feuilletonesque qu’est devenu la saga : le film se conclu sur une séquence qui se décide enfin à rattacher le wagons avec F&F 3 (qui était jusque là le plus avancé dans la timeline).
    En fait, je suis convaincu que les deux derniers films aurai sans doute beaucoup gagné à ne pas être des Fast & Furious. La « marque » devient un poids, et je serais curieux de voir ce que Justin Lin pourrait faire sans.
    Niveau intrigue, ça tourne carrément en rond donc, et on attends patiemment le prochain gros morceau d’action. De ce point de vue ça reste plutôt satisfaisant, vu la démesure employé. Au final, je peux citer un nombre incalculable de défauts (quasiment tous d’écriture), mais je ne peux nier le plaisir immédiat que procure l’action.

    Mais vraiment, pour le prochain, il faudra concentrer le récit sur quelques chose de plus fluide. Mais James Wan… Death Sentence… tout ça… c’est jouable.

  2. Dicky Moe

    Perso j’ai quand même largement pris mon pied devant ce nouvel opus. Et pareil, le seul vrai point noir pour moi, c’est qu’il retombe quelque peu dans ce qui faisait du quatrième une grosse daube (et qu’avait évité le cinquième) en ramenant Michelle Rodriguez sur le tapis et en s’empêtrant du coup dans une sous intrigue drama mal écrite (forcément) et inintéressante. Et puis sérieux, on se fiche pas mal de voir Paul Walker gazouiller dans l’herbe avec sa femme et son gamin.
    Mais heureusement, la surenchère reprend vite le dessus et on a quand même une bonne accumulation de scènes qui envoient du pâté : j’étais sûr que le tank sur l’autoroute c’était le climax, je m’attendais pas à ce qu’ils rajoutent une dernière demi-heure monstrueuse avec cinq bagnoles qui poursuivent un méga avion !
    Bref, un peu chiant par moment, ce dernier F&F est pour le reste toujours aussi con et jouissif. Moi je dis : vivement la suite ! (Wan à la réal et Statham en bad guy, ça peut le faire !)

  3. xenocross

    Je me suis permis de faire un comparatif avec le grand bourrin qu’est michael bay quand j’ai vu le film: la scène de londres rappelles bad boys 2 et le foutoir de la poursuite sur l’autoroute, le premier transformers. Et pour Wan, comme zhibou l’as dit: Vengeance + Muscle Car + Wan, ca avait donné Death Sentence donc autant dire que le père Moritz a pas intérêt à trop castrer James Wan. Wait and See dans à peu près un an. Très bon article au passage.

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