SENS CONTRAIRE

Liam Neeson avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus, et il a pourtant signé pour un troisième opus, à la condition que la formule soit changée. Le comédien n’est cependant pas le souci principal de TAKEN 3, qui est toujours conçu sous la houlette du producteur et scénariste Luc Besson, et du réalisateur Olivier Megaton. Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes ?

Qui dit changement de formule, dit changement de décor : après Paris et Istanbul, l’ex-agent des Forces Spéciales Bryan Mills retourne à Los Angeles pour couler des jours heureux en compagnie des siens, à savoir sa fille Kim (qui découvre qu’elle est enceinte) et son ex-femme Leonore, avec laquelle il pourrait bien se rabibocher. Le bonheur est cependant de courte durée : de retour chez lui après son petit footing du matin, il découvre dans son lit le cadavre encore chaud de son ex-femme puis est rapidement accusé du meurtre de celle-ci. Poursuivi par la police, Mills part en guerre contre la Mafia russe, qu’il estime responsable de la mort de Leonore.

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Avec un tel pitch, on pourrait effectivement croire que TAKEN 3 s’éloigne de la mécanique fixée par les deux premiers opus. Dans la première partie du long-métrage, Liam Neeson n’est en effet plus le chasseur mais la proie, à la manière du personnage de Richard Kimble, le médecin accusé du meurtre de sa femme dans LE FUGITIF (on pense plus volontiers au film d’Andrew Davis qu’à la série des années 60). Mais ce changement quasi ontologique dans ce qui constituait la marque de fabrique des épisodes précédents n’est qu’un leurre, tant pour des raisons esthétiques que scénaristiques. Il y avait quelque chose à tirer de la situation dramatique amorcée par le film, compte tenu du passif personnel de Liam Neeson (Joe Carnahan avait su le faire avec LE TERRITOIRE DES LOUPS) mais faut pas pousser, on est dans un TAKEN enfin ! D’une part, les scènes d’action, si elles n’atteignent pas le niveau quasi abyssal du TRANSPORTEUR 3 (une autre suite signée Olivier Megaton, faut-il le rappeler ?), sont tout de même difficiles à suivre (c’est le moins qu’on puisse dire), lestées par une caméra tremblotante et surtout un montage haché qui confond rythme et précipitation (dans la première poursuite à pied, on compte 13 cuts pour un simple saut au dessus d’un grillage, qui dure à peine cinq secondes à l’écran !) et qui ferait passer les scènes d’action de Paul Greengrass (LA VENGEANCE DANS LA PEAU) pour des modèles de lisibilité et de découpage. D’autre part, et c’est la problématique habituelle de la franchise, le récit ne bénéficie d’aucune tenue, les invraisemblances s’accumulant les unes après les autres dans le simple but de meubler et de faire progresser l’intrigue toutes les dix minutes. Il en va ainsi de la séquence au cours de laquelle Mills, poursuivi par les flics, s’enfuit au moyen d’une trappe située sous une voiture, sous laquelle aucun de ses poursuivants n’aura même pensé à regarder – il faut attendre la venue du boss, Forest Whitaker himself, pour que ce dernier suggère de déplacer le véhicule afin de jeter un œil en dessous (ce n’est pas le boss pour rien, et Whitaker nous ressert d’ailleurs le même emploi de « policier intello à qui on la fait pas », façon LE DERNIER REMPART ou PHONE GAME). Les scènes et les situations s’enchaînent ainsi de façon approximative, et il faut bien une poursuite sur le tarmac d’un aéroport pour nous sortir de notre torpeur, mais celle-ci n’arrive malheureusement que dans le dernier quart d’heure du film. Enfin, et c’est encore plus grave, la modification du statut de Mills (de chasseur à proie, pour ceux qui n’auraient toujours pas saisi le changement de cap profond !) ne tient pas dans la durée : dès qu’il est repris par les flics, le bougre s’évade à nouveau avant même d’arriver au commissariat, donc en moins de temps qu’il ne faut pour enregistrer mentalement l’information, faisant immédiatement tomber le semblant de suspense que le récit tentait jusque-là d’instiller.

Au final, pas grand chose à se mettre sous la dent. Si vous voulez encore voir Liam Neeson casser des bras et que vous n’êtes vraiment pas regardant sur la facture des scènes d’action, TAKEN 3 peut peut-être faire la blague lors d’une bien triste soirée pizza. Mais si vous pensiez en revanche que cette suite allait transformer, que dis-je, métamorphoser l’esprit de la franchise, vous pouvez passer votre chemin. Les choses qui changent restent finalement bien les mêmes.

TITRE ORIGINAL Taken 3
RÉALISATION Olivier Megaton
SCÉNARIO Luc Besson & Robert Mark Kamen
CHEF OPÉRATEUR Eric Kress
MUSIQUE Nathaniel Méchaly
PRODUCTION Luc Besson
AVEC Liam Neeson, Forest Whitaker, Famke Janssen, Maggie Grace, Dougray Scott, Don Harvey…
DURÉE 103 mn
DISTRIBUTEUR Europa Corp Distribution
DATE DE SORTIE 21 janvier 2015

3 Commentaires

  1. Une catastrophe ce « film », à fuir comme la peste…

  2. killa

    Megaton arrête le cinéma pitié

  3. ElG

    Pire que Taken 2 et Die Hard 5 réunis, le cinéma d’action touche le fond, voir creuse le fond ! Quoi de pire que la pire des mise en scène la plus nulle possible se camouflant derrière un montage épileptique encore plus nul. Sans parler du suspense autour du vrai vilain du film, cramé dans les 5 mn qui suivent le générique de début ! Et donc un héros tellement débile qu’il ne le crame pas dès le départ ! Horrible !

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