SAUVONS LES APPARENCES !

Rares sont les films à sketches qui parviennent à maintenir un intérêt soutenu et une véritable cohérence interne. LES NOUVEAUX SAUVAGES de l’Argentin Damián Szifrón fait partie de ceux-là.

Plusieurs personnes se retrouvent dans un avion et découvrent qu’elles ont été réunies par une connaissance commune bien décidée à se venger de leur comportement destructeur. Une jeune serveuse de restoroute s’aperçoit que son client est l’homme qui a ruiné sa famille et se demande si elle doit lui servir un dernier repas. Un automobiliste double et insulte copieusement le conducteur qui vient de lui faire un tête-à-queue, avant de tomber en panne d’essence quelques kilomètres plus loin dans un désert perdu au milieu de nulle part. Un expert en démolition au caractère plutôt explosif refuse de payer la fourrière pour récupérer sa voiture et décide de mener son combat contre l’administration jusqu’au bout. Une famille aisée tente d’éviter la prison à leur fils aîné, responsable d’un accident de voiture qui a coûté la vie à une femme enceinte. Enfin, une jeune mariée découvre le soir même de son mariage qu’elle a été cocufiée par son mari, et décide de rester pour transformer sa vie en enfer. Voilà pour les nombreuses petites intrigues racontées dans LES NOUVEAUX SAUVAGES. Comme on peut le constater, la thématique du film de Damián Szifrón tourne clairement autour des relations sociales, en faisant tomber le masque de chacun de ses protagonistes, dès lors que leur propre dysfonctionnement leur éclate à la tronche. Comme son titre l’indique, LES NOUVEAUX SAUVAGES carbure de manière réjouissante à l’humour cruel, mais sans jamais se dispenser d’une étude pertinente du caractère humain pour autant.

Image de prévisualisation YouTube

Mieux encore, ce regard anthropologique et sociologique est enrichi par une véritable liberté de ton qui permet à chacun des sketches d’aller au bout de la démarche. Le savoir-faire cinématographique de Damián Szifrón est évident, mais il ne s’exprime pas seulement par une mise en image soutenue et généralement inventive. LES NOUVEAUX SAUVAGES bénéficie également de son indéniable sens du rythme qui parvient à rendre l’expérience globale vraiment appréciable. En effet, conscient des effets pervers d’un film à sketches en matière d’intérêt, le réalisateur s’est arrangé pour que chaque nouvelle histoire puisse supplanter la précédente dans sa folie comme dans sa pertinence. Ce travail de montage global est l’une des grandes réussites du projet, tant et si bien que le spectateur est parfaitement conditionné par le ton général du film quand arrive le dernier sketch, un petit morceau de bravoure aussi caustique que touchant. Autre qualité estimable au sein d’un projet qui aurait pu sombrer dans certaines facilités, LES NOUVEAUX SAUVAGES n’affiche aucune prétention cynique qui aurait pu lui valoir quelques accolades supplémentaires auprès des spectateurs prompts à juger leur prochain, puisque Damián Szifrón s’attache au contraire à rendre justice à ses protagonistes en cherchant l’humanité qui découle de leurs défauts.

Il y a vraiment à boire et à manger dans LES NOUVEAUX SAUVAGES, puisque chaque sketch aborde le ton de la comédie en touchant tour à tour à d’autres genres périphériques, qu’il s’agisse de l’horreur comme du drame social, en passant même par le thriller et le western ! Damián Szifrón aurait voulu nous démontrer qu’il est parfaitement à l’aise dans chacun de ces genres qu’il ne s’y serait pas mieux pris. Il ne reste plus qu’à vérifier si c’est bien le cas auprès de ses précédents films (EL FONDO DEL MAR, TIEMPO DE VALIENTES, tous les deux inédits chez nous), mais aussi avec ce qu’il nous réserve à l’avenir, étant donné que le succès international du film devrait lui ouvrir quelques portes. En attendant, il convient de célébrer LES NOUVEAUX SAUVAGES pour ce qu’il est vraiment : une œuvre qui fustige les conventions sociales de manière énergique et impertinente. Elles sont tellement rares de nos jours !

TITRE ORIGINAL Relatos Salvajes
RÉALISATION Damián Szifrón
SCÉNARIO Damián Szifrón
CHEF OPÉRATEUR Javier Julia
MUSIQUE Gustavo Santaolalla
PRODUCTION Agustín Almodóvar, Pedro Almodóvar, Esther García, Matías Mosteirín & Hugo Sigman
AVEC Ricardo Darín, Erica Rivas, Rita Cortese, Julieta Zylberberg, Dario Grandinetti…
DURÉE 122 mn
DISTRIBUTEUR Warner Bros France
DATE DE SORTIE 14 janvier 2015

1 Commentaire

  1. Moonchild

    En parfait accord avec la critique, le film est une réussite globale, l’écriture, les dialogues, les acteurs, mais surtout (et c’est plus rare dans ce genre de film) la mise en scène suit (fluidité, côté percutant) ; ma préférence va aussi au dernier segment, qui n’a jamais fantasmé ou déliré sur un mariage qui partirait en sucette … ?

    Le film marche très bien (en tout cas à Toulouse) et ma foi, c’est mérité.

    PS : avant d’oublier, toujours dans le registre large de la comédie, je conseille à ceux qui le peuvent d’aller jeter un œil sur le dernier Boorman, Queen and country, une vraie réussite (drôle et touchant à la fois) ; cela fait vraiment plaisir de voir Boorman nous torcher un chouette truc (après un petit trou d’air) ; film testamentaire (selon ses dires, c’est le dernier) mais absolument pas crépusculaire car joyeux, lumineux et plein de promesses sur la vie …

Laissez un commentaire