SANG ET EAU

Surprise : le dernier Grand prix du festival de Sundance n’est pas un petit téléfilm dramatique pour intellos du dimanche en quête de sens facile mais un vrai bon film duquel on ressort en pétant le feu, heureux d’avoir éprouvé l’incomparable force de persuasion du cinéma.

Il faut bien le dire : les films primés au festival de Sundance, c’est en général pas trop notre tasse de thé, chez Capture. Ce cinéma indépendant ricain encore plus formaté que celui des studios, à base de sujets sociaux « nécessaires », d’acteurs dans des contre-emplois trop voyants pour être honnêtes et de mise en scène plan-plan, frappe souvent par son absence de point de vue cinématographique réel. Damien Chazelle, jeune réalisateur de 29 ans et ancien batteur de jazz surtout connu jusqu’ici pour son activité (récente) de scénariste dans le domaine du cinéma de genre (LE DERNIER EXORCISME PART II, GRAND PIANO), évite tous ces écueils avec son premier film, WHIPLASH, justement parce qu’il livre un vrai film de cinéma qui ne s’embarrasse par de considérations extérieures à l’histoire qu’il souhaite faire vivre à son spectateur et parce qu’il va droit au but. Tourné en seulement 19 jours, ce petit film franc et plein sort indéniablement des tripes de son auteur, qui s’est fixé comme but de nous raconter l’expérience d’un jeune batteur de jazz, élève du conservatoire de Manhattan qui va se révéler à lui-même au contact d’un impitoyable professeur (tout le monde l’a dit mais c’est vrai : dans le rôle, J. K. Simmons est tout simplement impressionnant). En limitant son film à quelques décors récurrents et modestes, ainsi qu’à une intrigue linéaire montant en crescendo, Chazelle choisit de dépouiller son récit pour mieux en faire ressentir la pulsation primale, le tempo interne. Cela commence avec une rencontre entre les deux personnages principaux, un simple champ/contre-champ nimbé de ténèbres dans lequel l’éclairage joue un rôle important : le héros assis, éclairé par en dessous, comme si la lumière irradiait de sa batterie, et son futur professeur, tout de noir vêtu, debout et éclairé par le dessus, la lumière se reflétant sur son crâne rasé et donnant ainsi l’impression d’émaner de lui-même. En quelques minutes, Chazelle pose le face-à-face qui va guider son film et établit visuellement le dialogue conflictuel qui va le définir.

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On ne sortira plus de là jusqu’à la fin, la réalisation s’employant à jouer le même morceau tout du long. Car c’est bien d’un morceau qu’il s’agit. Et c’est toute l’intelligence de WHIPLASH, qui fait que le film touche son spectateur au cœur et ne dévie jamais de sa trajectoire, alternant les moments de tension (les cours de musique où le héros est mis à l’épreuve), les relâchements (les retours à la vie de tous les jours) et les explosions de violence, jusqu’à la coda finale, véritable morceau de bravoure chaotique qui progresse peu à peu vers une sorte d’épiphanie galvanisante et un brusque cut conclusif d’une logique néanmoins imparable. Musicien de formation ayant de son propre aveu abordé WHIPLASH comme un film d’action, Chazelle lui confère ainsi une forme jazz purement sensitive et musicale qui illustre de manière intense et physique la relation entre son protagoniste principal et son mentor antagoniste, entre un point fixe en évolution et une force motrice qui l’attire et la repousse jusqu’à obtenir une réaction. En dépeignant la violence et l’absence d’empathie avec laquelle le maître de musique va arracher le héros à son quotidien d’étudiant moyen pour extraire au forceps le talent qui sommeille en lui – jusqu’à faire douter l’un de la moralité de l’autre – Chazelle prend à contre-pied la démagogie inhérente à bien des récits de formation à l’américaine (type LE CERCLE DES POÈTES DISPARUS) et montre sans une once de concession ce que la pratique assidue d’un art exige de travail, de renoncements, de mortifications, de blessures et de douleur, allant jusqu’à représenter tout cela à l’écran, notamment à travers ces plans sur la batterie tachée de sang du héros. Véritable célébration du génie humain, WHIPLASH nous dit que celui-ci ne nous tombera pas dessus par l’opération du Saint-Esprit, qu’il nous exclura de l’humanité, qu’il nous volera nos meilleures années et qu’il fera de notre chemin vers l’accomplissement un authentique calvaire. Et c’est ainsi que ce petit film touche à la grandeur.

TITRE ORIGINAL Whiplash
RÉALISATION Damien Chazelle
SCÉNARIO Damien Chazelle
CHEF OPÉRATEUR Sharone Meir
MUSIQUE Justin Hurwitz
PRODUCTION Jason Blum, Helen Estabrook, David Lancaster et Michel Litvak
AVEC Miles Teller, J. K. Simmons, Paul Reiser, Melissa Benoist, Austin Stowell, Nate Lang…
DURÉE 107 mn
DISTRIBUTEUR Ad Vitam
DATE DE SORTIE 24 décembre 2014

6 Commentaires

  1. Fest

    Beau résumé de la conception du cinoche (et de la technique, donc) chez Capture.

  2. Moonchild

    Impression assez mitigée face à ce film cousu de fil blanc et qui use tout de même de grosses ficelles, notamment le final à multiples « rebondissements ». C’est marrant, parce que dans le dernier Opération frisson, Yannick Dahan dénonçait à juste titre la tendance à la hausse des twists ou ruptures scénaristiques dans les films hollywoodiens et même les films indépendants, pratique cherchant trop souvent à masquer l’indigence de nombreux scripts.

    Parmi les points positifs du film, le personnage et l’interprétation du jeune Miles Teller, ce dernier suscitant un véritable intérêt et une vraie empathie malgré un comportement parfois détestable avec sa famille et sa petite amie (mais au moins on est en face d’un personnage nuancé et un brin complexe) ; la musique (jazz en big band) est également une plus-value indéniable.

    Gros point négatif en revanche, le personnage de JK Simmons, sans aucune nuance et dans une surenchère comportementale et injurieuse qui confine au grotesque.

    Au final, un film qui vaut le coup d’œil mais certainement pas un bon film.

    • ginger

      Si tu le dis…(t’as pas du comprendre l’émission de Dahan, il était questions de twist invraisemblables qui forçaient le public à reconsidérer toute l’intrigue qui s’était déroulé. J’ai pas vu ça dans Whiplash, sauf le hasard de la rencontre dans le pub jazz…et encore, le héros étant jazzeux, c’est pas si étonnant)

      • Moonchild

        Tu n’as pas dû me lire ou me comprendre complétement, je ne parlais pas que des twists mais aussi des ruptures et des ficelles scénaristiques (l’accident de voiture, la rencontre dans le club, et enfin la dernière séquence durant le JVC où il y des renversements de situation successifs), ces dernières me semblant un peu too much dans ce film.

        Pour le coup, oui, ce sont des artifices qui gangrènent de plus en plus le cinéma actuel parce que très souvent ce sont des cache-misères ; mais il y a aussi de formidables films qui ont pu en user, je prends l’exemple de mon film de chevet, en l’occurrence Vorace d’Antonia Bird (Ravenous en anglais).

        • Alex

          N’importe quoi tu essaye de reprendre un propos de Yannick Dahan sans même l’avoir compris , l’accident de voiture et alors ?? Oui il fait un aciddent car tellement « perturbé » et « impliqué » émotionnellement dans ce qu’il entreprend (en plus avec une place en jeu qu’il risque bien de perdre) qu’il perd toute concentration en voiture et ce fait tamponer par un camion , cela est cohérent par rapport a la situation du donc je ne vois pas le problème .

          Pour la rencontre au bar elle ne se fait pas vraiment au hasard puis ce qu’il croise une affiche un peu plus tôt dans la rue de ce fameux concert , ce n’est qu’ensuite en allant au bar qu’il voit le nom de son prof inscrit sur le tableau des musiciens et qu’il rentre dans le bar .

          Et pour la dernière séquence qui ne compte que deux « renversements » de situations (appel sa un twist si tu veux mais deux c’est rien du tout et ils sont utiles ceux la) c’est quand finalement on apprend que le prof savais que le jeune l’avais balancer et qu’il fait jouer autre chose a son groupe que le morceau « Whiplash » , du coup le jeune se retrouve dans la merde car il s’est amené sur scène avec cette partition comme son prof lui avait demandé a la sortie du bar (bien sur c’était calculé , une façon pour le prof de se venger de s’être fait viré a cause du jeune) bref cette scène amène donc a la perte de controle du jeune joueur qui incapable de jouer un morceau qu’il ne connait pas fini par partir de la scène mais se souvenant ensuite des propos de son prof lui disant qu’un gagnant ne doit pas baisser les bras il décide donc de revenir sur scène et faire un solo de la mort qui tue , voila tout est a sa place , toi tu voudrais enlever tout sa du film alors que c’est ce qui fait sa beauté , si tu veux enlève toutes les scènes se sera plus simple , après pour le professeur grossier je suis un peu d’accord qu’il va trop loin parfois .
          Sinon moi ce qui ma fait adoré ce film c’est en grande partie la façon magistral qu’a le réal de filmer la musique , on voit de suite qu’il était musicien , faut qu’il fasse des clips il ferait un malheur , donc pour conclure Whiplash est un très bon film sans bout de gras et qui comme le dis MR Bordas va droit au but , un grand moment d’émotion pure !

  3. Alex

    N’importe quoi tu essaye de reprendre un propos de Yannick Dahan sans même l’avoir compris , l’accident de voiture et alors ?? Oui il fait un aciddent car tellement « perturbé » et « impliqué » émotionnellement dans ce qu’il entreprend (en plus avec une place en jeu qu’il risque bien de perdre) qu’il perd toute concentration en voiture et ce fait tamponer par un camion , cela est cohérent par rapport a la situation du donc je ne vois pas le problème .

    Pour la rencontre au bar elle ne se fait pas vraiment au hasard puis ce qu’il croise une affiche un peu plus tôt dans la rue de ce fameux concert , ce n’est qu’ensuite en allant au bar qu’il voit le nom de son prof inscrit sur le tableau des musiciens et qu’il rentre dans le bar .

    Et pour la dernière séquence qui ne compte que deux « renversements » de situations (appel sa un twist si tu veux mais deux c’est rien du tout et ils sont utiles ceux la) c’est quand finalement on apprend que le prof savais que le jeune l’avais balancer et qu’il fait jouer autre chose a son groupe que le morceau « Whiplash » , du coup le jeune se retrouve dans la merde car il s’est amené sur scène avec cette partition comme son prof lui avait demandé a la sortie du bar (bien sur c’était calculé , une façon pour le prof de se venger de s’être fait viré a cause du jeune) bref cette scène amène donc a la perte de controle du jeune joueur qui incapable de jouer un morceau qu’il ne connait pas fini par partir de la scène mais se souvenant ensuite des propos de son prof lui disant qu’un gagnant ne doit pas baisser les bras il décide donc de revenir sur scène et faire un solo de la mort qui tue , voila tout est a sa place , toi tu voudrais enlever tout sa du film alors que c’est ce qui fait sa beauté , si tu veux enlève toutes les scènes se sera plus simple , après pour le professeur grossier je suis un peu d’accord qu’il va trop loin parfois .
    Sinon moi ce qui ma fait adoré ce film c’est en grande partie la façon magistral qu’a le réal de filmer la musique , on voit de suite qu’il était musicien , faut qu’il fasse des clips il ferait un malheur , donc pour conclure Whiplash est un très bon film sans bout de gras et qui comme le dis MR Bordas va droit au but , un grand moment d’émotion pure !!

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