ROBOTS COPS

Des robots géants, un savant fou, un pays au bord de l’apocalypse, une fliquette novice qui révèle son étoffe d’héroïne sur le terrain : tout, dans PATLABOR, annonce le gros film de genre bourrin. C’était sans compter sur l’auteur du film, Masami Yuuki, et le réalisateur Mamoru Oshii.

Mamoru Oshii était déjà un metteur en scène reconnu à l’époque de la réalisation de PATLABOR. Ce film a pourtant tout de l’œuvre de jeunesse, notamment parce que les obsessions du futur auteur de GHOST IN THE SHELL ne sont là qu’en germe. Si Oshii ne s’était probablement pas totalement épanoui artistiquement à l’époque, la création collégiale du film est également en large partie responsable de cette spécificité de PATLABOR : ce projet multimédia avait été en effet conçu par le collectif Headgear comme une franchise capable de se décliner sur une foultitudes de supports (OAV, cinéma, manga) qui étofferaient cet univers tout en optimisant la rentabilité du projet. Un coup de maître, quand on sait à quel point PATLABOR allait devenir l’un des titres les plus lucratifs de la japanimation. Ce triomphe est d’ailleurs très largement imputable à l’efficacité du film, qui n’a rien perdu de son pouvoir de fascination.

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C’est ce que permet de constater le très beau Blu-ray que vient de sortir Kazé qui offre une seconde jeunesse à PATLABOR. Non seulement le transfert respecte enfin le format d’origine (ce qui s’avère extrêmement payant dans le face à face final entre les deux méchas), mais il bénéficie de plus d’une très belle copie qui revalorise les décors, l’animation (avec quelques instants carrément homériques) mais aussi le superbe travail de design de Yutaka Izubuchi qui n’a pas pris une ride. Un petit miracle, considérant que le film accuse tout de même 25 ans d’âge. Niveau éditorial, c’est par contre le désert avec des menus qui, pour le coup, semblent déjà datés. Qu’importe : revoir le film dans de tels conditions suffit à notre bonheur.

Le monde de PATLABOR est donc avant tout celui de son auteur Masami Yuuki, qui a porté ce projet pendant des années avant qu’Oshii ne rejoigne Headgear. Le film, pinacle du sous-genre « real robot », vaut donc en large partie pour le traitement ultra réaliste de son monde futuriste : PATLABOR n’est finalement rien de plus que l’histoire de fonctionnaires pugnaces et intègres, en prise avec une bureaucratie obtuse voire carrément asservie aux lobbies des grands industriels. Le Japon connaissait une crise financière lors de la conception du film, et l’état troublé du pays s’en ressent indubitablement dans PATLABOR. Que les outils de travail de nos héros soient des robots de plusieurs mètres de haut n’améliore en rien leur ordinaire. Bien au contraire : comme le montre avec humour la seconde grande scène d’action du film, la présence des robots justiciers est perçue comme un mal nécessaire par les Tokyoïtes râleurs. Loin des personnages introspectifs des films suivants d’Oshii, l’équipe de l’Unité 2 est ainsi constituée de flics tout ce qu’il y a de communs, qui ont du mal à concilier les exigences de leur métier avec leur quotidien (un des membres de l’équipe se plaint du fait que son absence du foyer matrimonial pourrait lui coûter son mariage). Et c’est bien dans ce traitement quotidien que réside l’un des grands attraits de PATLABOR : après avoir ancré pendant plus d’une heure le travail de l’Unité 2 dans une réalité banale, voire parfois carrément barbante (les personnages doivent souvent passer par la case « rendez-vous chez le supérieur » avant de pouvoir agir) le film s’éloigne du contexte quotidien, pour embarquer l’équipe, et les spectateurs avec eux, dans un univers de science-fiction débridé et totalement coupé du reste du monde, puisqu’il s’agit d’une plate-forme high-tech perdue dans l’océan, au large de Tokyo. Ce final destructeur démontre – déjà ! – que Oshii n’a pas son pareil pour mettre de violents coups d’accélérateurs dans la narration posée de ses films. La technologie numérique n’est évidemment pas encore là pour épauler ses désirs de cinéaste, mais on sent déjà une volonté farouche de libérer la caméra dans ces envolées galvanisantes, notamment dans une course poursuite entre les Patlabor et des petits robots qui, étrangement, préfigurent les Tachikomas de GHOST IN THE SHELL : STAND ALONE COMPLEX.

Si l’humour (souvent imparable) tranche également avec l’œuvre à venir d’Oshii, c’est finalement à travers la personnalité et les mobiles du grand méchant du film, Eiichiro Hoba, que l’on retrouve le plus la patte de l’auteur : de la scène d’ouverture, d’une beauté morbide fascinante, à sa relecture d’une catastrophe biblique, ce savant fou est finalement, dans ses doutes métaphysiques et dans son caractère désespéré, le seul personnage qui annonce Ash d’AVALON ou Motoko Kusanagi de GHOST IN THE SHELL. Il est aussi à l’origine d’une séquence frôlant le fantastique horrifique, avec cette nuée d’oiseaux aux yeux rouges qui attendent l’héroïne au sommet de l’Arche. En dehors de cette exception, Oshii a encore à cette époque les pieds sur terre. Évidemment, il en sera autrement sur PATLABOR 2 qu’il réalisera quatre ans plus tard. Mais ceci est une autre histoire.

En bonus : si vous voulez en savoir plus sur la genèse du projet, voici un excellent article sur la naissance d’Headgear et de la saga PATLABOR au sein de ce non moins excellent site de fan consacré à Mamoru Oshii.

TITRE ORIGINAL Kidô keisatsu patorebâ: Gekijô-ban
RÉALISATEUR Mamoru Oshii
SCÉNARIO Kazunori Itô et Masami Yûki
MUSIQUE Kenji Kawai
PRODUCTION Mitsuhisa Ishikawa, Makoto Kubo, Taro Maki et Shin Unozawa
AVEC LES VOIX (VO) Toshio Furukawa, Mîna Tominaga, Ryûnosuke Ôbayashi, etc.
DURÉE 103 mn
ÉDITEUR Kazé
DATE DE SORTIE juillet 1989 (dans les salles japonaises). Sortie du Blu-ray et du DVD : 26 septembre 2012

1 Commentaire

  1. Malàstrana

    « Patlabor » qui débarque sans prévenir en hd, ça pour une surprise ! Qu’en est-il de la qualité du sous-titrage ? J’espère que les 2 autres ne vont pas tarder à arriver 🙂

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