REVENONS À NOS MOUTONS !

Jusqu’à présent, Aardman n’était jamais parvenu à imposer son talent sur grand écran malgré la mobilisation d’une pléthore de monstres géants, de hordes de pirates téméraires ou de dizaines de poules incarcérées. Et finalement, c’est grâce à un petit troupeau de moutons gaffeurs que le studio anglais sera parvenu à conquérir les salles obscures.

Le studio Aardman n’a pas attendu de passer au long-métrage pour devenir une star de l’animation. Les séries, les pubs, les clips et surtout les courts-métrages du studio lui avaient déjà apporté la gloire, une poignée d’Oscars et une manne financière impressionnante générée par un imposant merchandising. On aurait même tendance à penser que le studio de Bristol avait trouvé dans ces formats courts son mode d’expression idéal. David Sproxton, le cofondateur d’Aardman avec Peter Lord, l’admet d’ailleurs volontiers dans l’un des formidables webdoc proposé sur l’indispensable chaîne YouTube du studio : s’il est logique que des narrateurs voient leurs ambitions à la hausse après chaque nouvelle réussite, il semblait tout autant contre-nature pour Aardman de devoir s’adapter aux diktats du long-métrage. Mais le cinéma restant une industrie particulièrement rigide, Aardman ne pouvait croître qu’en s’étalant sur 90 minutes de métrage, une durée contraignante mais qui permettait au studio de connaître enfin une exploitation en salles digne de ce nom. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette mutation ne s’est pas déroulée sans mal. Aardman s’est d’abord heurté à un souci très concret de financement. Parce qu’il semblait difficile, voire impossible, de lever les fonds nécessaires sur le seul territoire britannique, le studio s’est acoquiné avec des géants américains, à commencer par DreamWorks. Une collaboration qui n’aura pas fait long feu (le contrat est rompu avant qu’Aardman ait livré les quatre films contractuels, abandonnant au passage LES CROODS à Katzenberg), et qui aura donné le film le plus embarrassant du studio : SOURIS CITY. S’ensuit un partenariat avec Sony pas plus concluant, avec notamment un MISSION : NOËL déjà oublié de tous.

Mais c’est évidemment artistiquement que le bât blesse : s’il fallait une preuve de la difficulté pour Aardman d’adapter ses modèles narratifs au format du long-métrage, il suffirait d’observer deux films qui, sans être mauvais (loin de là) échouent à renouer avec le charme imparable des vrais chefs-d’œuvre du studio, comme UNE GRANDE EXCURSION ou UN MAUVAIS PANTALON. Il y a tout d’abord WALLACE & GROMIT : LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU, un chouette démarquage des films d’horreur de la Hammer qui commettait cependant une double erreur fatale : oublier que le charme de la saga repose sur un cadre d’action quotidien et minimaliste (voire à ce titre la poursuite dans la cuisine de UN MAUVAIS PANTALON). Mais aussi que son efficacité est due à la dynamique du duo Wallace et Gromit, incompréhensiblement séparés pendant la moitié du MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU. Et puis il y a le cas problématique de PIRATES ! BONS À RIEN MAUVAIS EN TOUT, un film stupéfiant de beauté, qui a demandé un travail colossal au studio et qui offre d’ailleurs ses plus belles pièces à l’immanquable exposition qui a lieu actuellement au musée Art Ludique. Mais ce projet chéri de longue date par Peter Lord, est aussi une boursouflure laborieuse, qui se noie dans des rebondissements narratifs et un foisonnement visuel asphyxiant. Un crève-cœur. La situation semblait d’autant plus paradoxale que le studio Aardman n’avait pas perdu son mojo : on en veut pour preuve le dernier court-métrage en date de Wallace & Gromit, SACRÉ PÉTRIN qui, sans retrouver la grâce des deux premiers films, vaut autant, si ce n’est plus, que RASÉ DE PRÈS. Ce qui est déjà énorme. Dans un tel contexte, nous n’attendions pas forcément grand chose de SHAUN LE MOUTON, d’autant plus que, si les deux séries dont le film est adapté (VOICI TIMMY et SHAUN LE MOUTON) sont de grande qualité, leur potentiel semblait limité. Nous nous trompions.

Inutile de tergiverser : SHAUN LE MOUTON est simplement le meilleur long-métrage du studio Aardman sorti à ce jour. De fait, il est aussi la preuve que le studio peut finalement très bien exporter son talent dans le long-métrage. Si l’on peut imputer ce miracle en partie à ses réalisateurs, Mark Burton et Richard Starzak, ces vieux briscards de l’animation restent plus des mercenaires (aussi talentueux soient-ils) que de véritables auteurs. Les raisons de cette réussite sont donc contextuelles. Deux éléments distinguent SHAUN LE MOUTON des précédents longs-métrages du studio. Le financement tout d’abord, qui ne vient plus des États-Unis, mais de l’Europe via StudioCanal : plus libre que jamais, Aardman n’a à aucun moment dû réduire son film au plus petit dénominateur commun ou, pour reprendre les termes de Peter Lord, n’a jamais dû « prendre en considération le marché américain, qui menaçait au loin ». Aardman reste une compagnie typiquement européenne, et cette association semblait « naturelle » (dixit, également, Lord). Mais SHAUN LE MOUTON est également un film à l’humilité extrêmement saine. En terme de budget, le film reste dans un registre en deçà de leurs précédents projets, avec une moyenne de deux secondes de métrage obtenues par jour et par animateur, soit le double (environ) de PIRATES ! BONS À RIEN, MAUVAIS EN TOUT.

Film plus petit donc, plus local aussi, SHAUN LE MOUTON est également plus direct en terme narratif. En premier lieu, le film est muet. Les personnages sont par conséquent limités à des archétypes : la maman, le bébé, le héros, le méchant sans oublier les meilleurs du lot, les fêtards. Ils ne s’embarrassent jamais d’une psychologie inutile, et leur évolution à travers le film est aussi simple que percutante. Les péripéties sont également linéaires et les enjeux limpides. Un canevas d’une clarté totale, simple mais jamais simpliste (le film est extrêmement bien écrit), bref le terrain de jeu parfait pour que Mark Burton, Richard Starzak et leur équipe accumulent les péripéties les plus rocambolesques (les cinéastes sont fans de Jacques Tati et de Buster Keaton, et ça se sent !), les tours de force d’animation (les séquences dans lesquelles les moutons évoluent déguisés sont incroyables) et surtout une palanquée de gags désopilants qui font de SHAUN LE MOUTON l’une des meilleures comédies vues depuis bien, bien longtemps au cinéma. Ce film en tout point formidable, nous rappelle donc l’essentiel : c’est bien en se recentrant sur l’identité du studio, et ce sans jamais chercher à plaire au plus grand monde, que SHAUN LE MOUTON risque d’être, à terme, plus ancré dans la mémoire collective que tous les précédents longs-métrages d’Aardman. Au cinéma, peut-être encore plus que dans toute autre forme d’expression artistique, c’est en se recentrant sur le cœur des créatifs, que l’on peut aspirer à l’universalité.

TITRE ORIGINAL Shaun the Sheep Movie
RÉALISATION Mark Burton & Richard Starzak
SCÉNARIO Mark Burton & Richard Starzak
CHEF OPÉRATEUR Charles Copping & Dave Alex Riddett
MUSIQUE Ilan Eshkeri
PRODUCTION Paul Kewley, Julie Lockhart, Peter Lord & Nick Park
DURÉE 85 mn
DISTRIBUTEUR StudioCanal
DATE DE SORTIE 1er avril 2015

9 Commentaires

  1. Equy

    Mais quelle critique idiote!!!!!!!!!!!!! Réfléchissez avant d’écrire et de de vous prendre pour des….. à vous de compléter

    • ginger

      ?????????

      Pourquoi ?

  2. Equy est un con

    Equy, tu es un con.

  3. Stéphane MOÏSSAKIS

    On pourrait presque croire que ce brave Equy s’est trompé de critique hein…

  4. Il pensait être sur FURIOUS 7…

  5. Juledup

    Des… Moutons ? Des… Robots ? Des… bonhommes en mousse ? Des.. Equy ?

    NOM DE DIEU, mais donne-nous donc cette réponse avant que je ne devienne fou !

  6. runningman

    Etant déjà un fan de la série, je n’en attendais pas moins du film qui est tout simplement génial!!!

  7. Mad dragon

    Effectivement étant un grand fan du studio Aardman, je ne retrouvais pas le génie du studio sur les long métrages qui du coup restent moins marquants que leurs courts. De mémoire seul Chicken Run malgré quelques lacunes représentait le studio sur grand écran..

  8. sacha

    Etant moi aussi , fan du studio Aardman depuis toujours ; avec ce dernier opus , je n’ai eu l’impression que de revoir une multitude de petits gags , déjà exploités dans leurs autres productions , avec les personnages de la série animé dont avec ma fille , nous connaissions déjà leur psychologie et leurs ressorts comiques
    … nous sommes sorti de la salle déçu , avec une grosse impression de déjà vu !

    je leur souhaite malgrès tout un succès en salle , ce qui leur permettrait de réaliser d’autres long-métrages … car je reste fan 🙂

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