RANDONNÉE « MORTELLE »

Projeté au dernier festival de Gérardmer, THE FOREST avait a priori tout pour déplaire, son défaut majeur étant d’être signé par Darren Lynn Bousman, réalisateur de trois épisodes de la série SAW, dont la qualité artistique n’a pas franchement marqué les esprits. Aujourd’hui disponible en Blu-ray et en DVD, THE FOREST mérite-t-il vraiment qu’on y jette un coup d’œil attentif ? Rien n’est moins sûr !

Selon Darren Lynn Bousman, THE FOREST est un projet « personnel qui me tenait particulièrement à cœur » comme il l’exprime dans le making-of, seul bonus disponible sur la galette. En rupture de suite pour SAW, de remake de film Troma (MOTHER’S DAY) ou de comédie musicale horrifique (REPO ! THE GENETIC OPERA), le réalisateur nous assène un pitch d’un classicisme absolu, propice à empiler tous les poncifs possibles avec une maladresse proprement consternante : la famille Vineyard part camper dans les Barrens, une vaste forêt située en plein cœur du New Jersey. Richard, le père de famille, tient à faire découvrir ce territoire à ses enfants, pour l’avoir lui-même, durant son enfance, parcouru avec son propre père. Au moment où d’étranges souvenirs reviennent à la mémoire de Richard, un monstre fait irruption dans la forêt et s’attaque aux campeurs : le diable du New Jersey est de retour…

Désireux de constituer un espace « aussi terrifiant que l’océan des DENTS DE LA MER », le réalisateur d’une modestie imparable a trouvé LA technique qui lui permet de se dire qu’il instaure une atmosphère terriblement anxiogène : conclure chacune de ses scènes par un plan large sur la forêt, comme pour susciter l’angoisse chez le spectateur. À force de répéter le procédé, il obtient au contraire l’effet inverse, mais ce n’est que l’un des soucis apparents de THE FOREST. Car comme son titre ne l’indique pas forcément, le nouveau film de Darren Lynn Bousman est un film de monstre, et le style visuel du réalisateur – pas vraiment maîtrisé – n’a pourtant pas changé d’un iota depuis ses débuts sur SAW II. Appliqué à THE FOREST, cela signifie que chaque apparition du diable du New Jersey est sabotée par un découpage illisible et un montage épileptique, censé dynamiser l’ensemble et masquer le manque évident de moyens. En somme, l’effet horrifique escompté est totalement neutralisé par des artifices de fabrication dignes d’un mauvais DTV, et donc à cent lieues de l’inspiration avouée.

Le fait est que Bousman s’éloigne des rives du survival pour construire peu à peu un thriller psychologique soporifique, qui tourne entièrement autour de Richard, le père de famille. En proie à des hallucinations, ce dernier a pu imaginer le diable du New Jersey, dont l’existence est ainsi mise en doute durant l’intégralité du récit, et ce jusqu’à un twist final grotesque et particulièrement mal amené. L’argument plonge le récit dans un faux rythme rédhibitoire, seulement ponctué par des scènes de randonnée pédestre pas follement passionnantes et des séquences de disputes familiales redondantes. Et pour cause, puisque tous les protagonistes sont bien trop grossièrement esquissés pour être crédibles : de l’adolescente faussement rebelle et forcément attirée par le bad guy qu’elle croise dans la forêt au pater familias psychologiquement traumatisé, tous sont interprétés par des comédiens en roue libre, bien en peine d’incarner leur personnage sans tomber dans la caricature. À ce titre, la palme revient tout de même à Stephen Moyer, qui surexprime le mal-être du père de famille en versant dans un cabotinage qui serait presque comique, s’il n’était pas aussi insupportable.

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Comme on le voit, Darren Lynn Bousman ne parvient jamais à transcender les conventions qu’il invoque, puisque chaque personnage et chaque situation sonnent faux. Dans son film, les clichés ne prennent jamais véritablement vie et le récit se déroule d’une façon profondément téléphonée. S’il s’agit bel et bien d’une œuvre personnelle, alors THE FOREST confirme qu’il n’est qu’un film inintéressant de plus dans la carrière d’un metteur en scène d’ores et déjà has been.

TITRE ORIGINAL The Barrens
RÉALISATION Darren Lynn Bousman
SCÉNARIO Darren Lynn Bousman
PRODUCTION Darren Lynn Bousman, John M. Eckert, Richard Saperstein & Brian Witten
CHEF OPÉRATEUR Joseph White
MUSIQUE Bobby Johnston
AVEC Stephen Moyer, Mia Kirshner, Allie McDonald…
DURÉE 93 mn
ÉDITEUR Metropolitan / Seven Sept
DATE DE SORTIE En Blu-ray : le 11 Février 2013
BONUS
Making-of

1 Commentaire

  1. Fest

    Ca fait envie !

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