QUÉ HOMBRE GUAPO

Disons-le tout net : si la carrière de Will Ferrell comporte une étrange curiosité, même au sein de toutes ses comédies absurdes, c’est bel et bien CASA DE MI PADRE, une sorte de croisement entre une telenovela et un film de « Mexploitation » quasi-intégralement tourné en espagnol. La chaîne OCS Max le diffuse actuellement durant tout le mois de mars, c’était donc une bonne occasion pour revenir dessus.

Rien que la mise en place du financement de CASA DE MI PADRE tient déjà du gag : si on en croit la rumeur, Will Ferrell aurait accepté le rôle principal du film à la suite d’un pari perdu avec le réalisateur Matt Piedmont, qui signe ici son premier long-métrage après avoir longtemps écrit des sketches pour le SATURDAY NIGHT LIVE. Vu de l’extérieur, Will Ferrell représente le gag principal de CASA DE MI PADRE puisqu’il interprète un Mexicain pur jus, malgré sa diction approximative et son accent à couper au couteau. Pas étonnant, étant donné que le titre du film semble lui-même sorti d’un bouquin de première année d’espagnol. Et il est vrai que le comédien et les scénaristes jouent avec cette distinction et la poussent à l’extrême (comme dans ce passage où le personnage de Ferrell admet qu’il ne parle pas anglais !) mais il serait tout de même difficile de monter un film entier sur ce seul ressort comique (en gros, Will Ferrell parle espagnol comme une vache américaine). Fort heureusement, CASA DE MI PADRE a de la ressource. Quitte à aller encore plus loin dans l’absurdité générale, et éventuellement laisser quelques spectateurs sur le carreau.

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Loin de jouer la carte de l’immaturité infantile qui sied généralement aux personnages de Will Ferrell, CASA DE MI PADRE le transforme en icône virile, détournée par le sérieux affiché de situations toutes plus absurdes les unes que les autres. « J’ai toujours adoré la façon dont les acteurs se prennent au sérieux dans les telenovelas… sans parler des coupes de cheveux » confiait le comédien à l’époque de la sortie aux États-Unis. Dans le film, cela se traduit par un détournement des codes filmiques du genre qui n’est pas sans rappeler celui du génial TOP SECRET des ZAZ. Mais ces passages qui jouent autant du ton mélodramatique que de leur aspect radicalement cheap (avec maquettes, miniatures et mannequins à l’appui) représentent en fait les scènes les plus sages du film. C’est dans sa façon d’explorer d’autres cinémas typiquement latins que CASA DE MI PADRE devient une sorte d’OVNI au sein de la carrière de Will Ferrell : au détour d’une scène de mariage qui vire en bain de sang (et qui – au passage – ferait pâlir d’envie Robert Rodriguez), ou encore durant un rite d’initiation mené par une divinité puma en animatronique (conçu par la Jim Henson’s Creature Shop), le film de Matt Piedmont convoque autant la série B des années 70 (jusque dans l’utilisation de tubes de l’époque en version espagnole) que les expérimentations ultra-sensorielles et psychédéliques d’un Alejandro Jodorowsky, tout en jouant constamment sur la frontière entre comédie et mélodrame.

Ceux pour qui ANCHORMAN représente la limite de l’humour absurde propre à Will Ferrell devraient être totalement largués par CASA DE MI PADRE. Matt Piedmont en a parfaitement conscience, étant donné que l’un des gags récurrents de son film consiste à montrer ses personnages partager un éclat de rire forcé, en laissant traîner la séquence jusqu’à ce qu’elle en devienne inconfortable. Mais même si son film n’est pas fait pour tout le monde, il a néanmoins un mérite, et pas des moindres : il permet clairement de situer quel Will Ferrell vous préférez. Celui qui dilue son talent dans des œuvres consensuelles, qu’elles soient amusantes (RETOUR À LA FAC, MOI DÉPUTÉ) ou pas (MA SORCIÈRE BIEN AIMÉE, ELFE). Ou celui qui repousse très loin son sens du ridicule et du sacrifice comique pour interpréter des personnages inédits, dont l’extravagance n’a d’égale que leur ineptie la plus totale. Des personnages que personne d’autre ne pourrait incarner. Pour nous, le choix est fait !

PROCHAINES DIFFUSIONS PRÉVUES
Jeudi 6 mars à 15h20
Lundi 10 mars à 07h25
Jeudi 13 mars à 17h10
Samedi 15 mars à 11h15
Mercredi 19 mars à 00h15

TITRE ORIGINAL Casa de mi padre
RÉALISATION Matt Piedmont
SCÉNARIO Andrew Steele
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Ramsey Nickell
MUSIQUE John Nau & Andrew Feltenstein
PRODUCTION Will Ferrell, Jessica Elbaum, Emilio Diez Barroso, Darlene Caamano Loquet, Adam McKay & Kevin J. Messick.
AVEC Will Ferrell, Diego Luna, Genesis Rodriguez, Gael García Bernal, Nick Offerman…
DURÉE 84 mn
ÉDITEUR TF1 Vidéo
DATE DE SORTIE 16 mars 2012 (en salles aux États-Unis) 2 octobre 2013 (en DVD et Blu-ray en France) Mars 2014 (sur OCS Max)

1 Commentaire

  1. Foodstuff

    Tout est dit. Si tu aimes Will Ferrell, tu aimeras ce film-ovni. Une petite perle!

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