QUE FAIT LA POLICE ?

La récente sortie en DVD et Blu-Ray de ROBOCOP nous permet de revenir sur ce remake tant redouté, que nous avions raté au moment de sa sortie en salles. Verdict ? Pire qu’un mauvais film, le remake signé José Padhila est surtout un film totalement inutile. Explications.

La réception particulièrement négative à l’annonce du remake de ROBOCOP a démontré, si besoin était, la popularité toujours actuelle du film original de Paul Verhoeven. Et pour cause, étant donné que le premier ROBOCOP est encore un film d’actualité aujourd’hui. En inscrivant le sujet original (l’homme dans la machine) dans un contexte particulier (pour résumer grossièrement : le capitalisme sauvage), le scénario de Ed Neumeier et Michael Miner a servi de tremplin au réalisateur de LA CHAIR ET LE SANG pour s’en donner à cœur joie dans la satire cruelle, cynique, violente et hilarante, tout en mettant en avant la prise de conscience d’une machine qui se souvient d’avoir été un homme autrefois. Près de trente ans après sa sortie, ROBOCOP pousse l’ironie jusqu’à passer pour une œuvre prophétique, notamment dans sa façon de décrire la dérive économique de la ville de Détroit, qui a d’ailleurs été mise en faillite en décembre 2013, tout juste quelques semaines avant la sortie en salles du remake !

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Sachant que la société telle qu’elle est représentée dans ROBOCOP en 1987 n’a fait qu’empirer depuis, cet exemple n’est pas le seul qui atteste de la modernité du film original. Et au-delà de la qualité artistique, ce premier constat aurait dû indiquer la direction à suivre de ce remake en matière de contexte. C’est-à-dire que pour rendre le discours de son film cohérent et contemporain, il aurait fallu que Padhila reprenne exactement là où le premier film s’était arrêté, afin d’extrapoler sur la situation actuelle et à venir. Mais quitte à risquer le jeu de la comparaison, le réalisateur brésilien préfère toutefois prendre le contrepied total de l’œuvre de Paul Verhoeven. La démarche est tout à son honneur, mais c’est un choix radical qui va rendre son remake totalement obsolète. Dans sa version de ROBOCOP, le policier Alex Murphy est déjà un détective chevronné (ce qui a finalement peu d’incidence sur l’intrigue) et a été sauvé par des prothèses mécaniques et un système informatique qui boostent ses capacités, ce qui fait de lui une machine limitée par ses capacités humaines. Pour le rendre plus efficace, les scientifiques responsables de sa condition finissent par intégrer une application qui va prendre le relai lorsqu’il s’agit de passer à l’action, tout en maintenant l’illusion pour que Murphy ait l’impression d’avoir le contrôle sur la situation. Cette version de ROBOCOP abandonne donc le terrain fertile de la symbolique biblique (dans le film de Verhoeven, Robocop faisait office de Christ ressuscité, avec toute l’imagerie imposée) pour un débat sur le libre arbitre, renforcé par la place de la famille au sein des choix qui s’imposent à notre flic du futur.

Tout ceci serait peut-être pertinent dans une version plus intimiste de ROBOCOP, mais le projet se tire lui-même une balle dans le pied en positionnant le débat dans un environnement qui n’a jamais vraiment l’air d’avoir besoin de la présence d’une véritable machine de combat. Tel qu’elle est filmée par José Padhila, la ville de Détroit ne ressemble en rien à la zone de guerre qu’elle est devenue dans la réalité et se rapproche plus volontiers des cités urbaines du Canada (logique, le film a été tourné là-bas), des endroits où l’architecture moderne surplombe de larges avenues généralement calmes et dépeuplées. De plus, la classification PG-13 de ce remake pousse les responsables à minimiser la force de frappe de leur protagoniste principal, en le montrant régulièrement en train d’employer des méthodes d’investigation digne d’une caméra de surveillance high-tech, et surtout en train d’arrêter les malfrats qui se trouvent sur son chemin en employant un… taser. On a connu démonstration de force plus efficace, et si le questionnement moral lié au libre arbitre revient à se demander s’il faut paralyser des criminels pour les arrêter, on suggère effectivement à cette version de Murphy de changer de métier ! Mais même s’il essaie vraiment de se démarquer du film original, ce remake de ROBOCOP tente par instants de le singer dans sa tonalité caustique, notamment à travers le pastiche d’une certaine télévision américaine aux engagements politiques très orientés. De toute évidence, des chaînes de télévision comme Fox News en prennent pour leur grade à travers le personnage de présentateur interprété par un Samuel L. Jackson en roue libre, mais ce relent de verve légèrement caustique ne suffit pas à rendre le remake aussi offensif que son modèle, loin s’en faut. Tout au plus, il démontre ce qu’on savait déjà depuis presque 30 ans : que ce soit dans la combinaison entre le fond et la forme comme dans le rapport entre le sujet et le contexte, Paul Verhoeven a adopté l’angle parfait pour raconter cette histoire de la façon la plus efficace et la plus cohérente qui soit. Refaire un film qui a déjà été fait de la manière la plus cohérente qui soit, en essayant par dessus tout de garder les points fondamentaux de son identité (le titre, le personnage, le contexte) pour des raisons marketing, revient donc forcément à se prendre un mur. D’où la méfiance du public qui connaît très bien le film original, d’autant que celui-ci n’a pas pris une ride en presque 30 ans.

Aussi inutile soit-il, ce remake touche cependant du doigt le véritable contexte qui aurait pu lui permettre de s’écarter de l’ombre écrasante de son modèle : le début du film suggère que l’OCP profite des guerres à l’étranger pour écouler ses versions obsolètes de l’ED 209, avec le meurtre d’un jeune rebelle à l’appui. L’idée est d’autant plus pertinente que la décennie qui vient de s’écouler a démontré à quel point l’armement militaire est devenu l’un des plus gros enjeux économiques de notre époque, avec tout le flou moral qui en découle automatiquement. Cette matière, José Padhila l’abandonne totalement après une étonnante scène d’ouverture, ce qui revient ainsi à tuer le véritable intérêt d’un projet dont la condition même de remake d’un véritable chef d’œuvre influent s’avère être sa plus grande malédiction, et pourtant la raison même de sa propre existence.

TITRE ORIGINAL Robocop
RÉALISATION José Padilha
SCÉNARIO Joshua Zetumer
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE Lula Carvalho
MUSIQUE Pedro Bromfman
PRODUCTION Gary Barber, Brad Fischer, Eric Newman & Marc Abraham.
AVEC Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael Keaton, Abbie Cornish, Samuel L. Jackson, Jackie Earle Haley…
DURÉE 117 mn
ÉDITEUR StudioCanal
DATE DE SORTIE 05 février 2014 (en salles) 05 juin 2014 (en DVD et Blu-Ray)
BONUS
« L’illusion du libre arbitre »
« Protéger et servir »
« La combinaison de RoboCop »
« Omnicorp corporate »
Bande-annonce
5 scènes coupées

1 Commentaire

  1. Je suis à moitié d’accord avec la critique. Je partais comme un peu tous les cinéphiles qui apprécient l’original avec un a priori très négatif, et je suis finalement sorti du film satisfait. Ce remake est bien fichu et malin, dans le sens où le scénar ménage suffisamment de nettes différences pour pas être une bête redite de l’original. Murphy n’oublie pas qui il est juste après sa transformation, ce qui créé un joli enjeu avec la relation avec sa famille. Les scènes d’action pètent bien (même si elles font parfois un peu trop FPS) et les acteurs sont bien (Kinnaman correct, Oldman toujours au top, Keaton très crédible, Jackson en fait des caisses mais c’est cool). Par contre, tout le côté critique des USA totalitaires post 11 septembre est un peu balourd, l’original était bien plus acide et fin.

    Alors oui par rapport au propos de l’original c’est de l’eau tiède, et faire courir Robocop c’est une hérésie (son côté lent mais inexorable faisait tellement pour sa classe), mais pour un film de commande Padilha a su limiter les dégâts et faire un bon film d’action futuriste, dans le haut du panier actuel.

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