PRINCE DES TÉNÈBRES

En 2012, pour des raisons diverses et variées, nous avons raté quelques jeux majeurs, sur lesquels il nous semblait cependant important de revenir. Aujourd’hui, petit retour sur THE DARKNESS II, disponible depuis février dernier.

Ceux qui se seront convertis suffisamment tôt à la génération de consoles actuelles gardent probablement un souvenir affectueux de THE DARKNESS. Il faut dire que lors de sa sortie voici déjà 5 ans, le titre des Suédois de Starbreeze savait proposer, outre son excellence technique, une expérience rare dans le cadre du FPS. En effet, si l’on effectuait un sondage auprès de ceux qui se sont essayés au jeu pour savoir quel en était le moment le plus marquant, il est peu probable qu’une majorité d’entre eux vous réponde en évoquant une fusillade ou un passage gore parmi les nombreux qui parsemaient l’aventure. Il faudrait plutôt s’attendre à entendre cité le moment où Jackie Estacado, l’anti-héros que l’on incarne, rentre chez lui et partage un moment d’intimité avec sa petite amie Jenny, avec câlin sur le canapé et possibilité de regarder ensembles DU SILENCE ET DES OMBRES en intégralité à l’appui (voir la vidéo ci-dessous). Réussir à injecter une fibre émotionnelle palpable dans un genre aux potentialités par essence limitées dans le domaine n’était pas un mince exploit pour l’époque. Starbreeze prouvait par là même et après l’excellent RIDDICK un talent certain pour transposer ludiquement des œuvres pré-existantes, voire même à les transcender dans le cas présent (tant il faut bien avouer que le comic-book d’origine ne s’impose pas comme un des fleurons du genre).

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Autant dire donc que nous étions de prime abord plutôt sceptique envers cette suite. Son arrivée plutôt tardive lui épargnait certes à tout le moins l’accusation d’opportunisme, l’absence de Starbreeze, parti voguer vers d’autres horizons, ne lassait en revanche pas d’inquiéter. Digital Extremes, le nouveau studio en charge du destin d’Estacado, n’est pas parmi les pires de la place publique mais leurs quelques réussites jusqu’alors se rangeaient surtout dans la catégorie des sympathiques séries B portées par d’occasionnelles idées de gameplay bien troussées (en témoigne DARK SECTOR et son arme façon KULL) plus que par de quelconques accomplissements narratifs. Le marketing de THE DARKNESS II annonçait d’ailleurs un titre dans cette veine, lui qui préférait mettre en avant une violence débridée, un nouveau style graphique plus proche du comics et un principe de quad-wielding offrant quatre fois plus de moyens de démastiquer du mafieux. La surprise fut alors d’autant plus grande de se retrouver, en lieu et place du succédané décérébré que nous redoutions, face à un digne successeur au premier volet. De toute évidence conscient que l’attachement des joueurs à ce dernier provenait largement de sa charge émotionnelle, les développeurs s’attachent ainsi à remettre celle-ci au premier plan pour cette suite, et ce à tous les niveaux. Même morte, Jenny demeure le principal moteur dramatique et sa présence, qui hante le héros (de manière tant figurative qu’incarnée) confère au jeu une tonalité tragique qui perce de façon poignante derrière la décontraction de façade (le jeu revendiquant ses origines de façon plus prononcée que l’original, que ce soit dans son intrigue comme dans son aspect visuel, et l’on y retrouve une certaine ambiance propre aux récits mafieux).

Digital Extremes assure ainsi une continuité tonale bien marquée, que l’on ne manquera pas d’imputer au retour au poste de scénariste de Paul Jenkins, qui officiait déjà sur le premier et a longtemps écrit la BD. Loin de se contenter d’une simple redite, ce dernier emmène également le récit vers des terrains inexplorés, notamment par le biais d’un jeu sur la perception de la réalité. Là où THE DARKNESS marquait la transition entre ses chapitres par des voyages dans un Enfer aux allures de première guerre mondiale, sa suite envoie régulièrement Jackie Estacado dans un asile de fous, où il est interné comme patient, peuplé par les personnages qui constituent son entourage. Un ressort narratif certes déjà usité par bien d’autres œuvres, mais qui s’intègre parfaitement ici, en ce qu’il permet un approfondissement de l’exploration de la psyché du protagoniste, parvient à instiguer chez le joueur le doute quant à la nature de ce qu’il traverse et lui offre in fine de déterminer le parcours de Jackie, la résolution de l’arc narratif qui s’y relie étant laissé à son appréciation. Par ce biais, THE DARKNESS II  réussit à se placer dans la droite lignée de son prédécesseur, en insufflant au genre une finesse dans la caractérisation et une marge de manœuvre narrative que l’on a encore guère l’habitude d’y trouver. On irait même jusqu’à penser que dans l’exercice, le jeu nous paraitrait presque plus abouti qu’un BIOSHOCK considéré pourtant comme un maître étalon. Du bien bel ouvrage en somme, malheureusement passé quelque peu inaperçu, comme souvent dernièrement pour ce genre de jeu un peu « milieu de tableau ». Au prix où on peut le trouver actuellement, il serait dommage de ne pas lui donner sa chance.

Disponible sur Xbox 360 / PS3 et PC.

Pour en savoir un peu plus sur THE DARKNESS II, voici une interview de deux de ses développeurs, Cliff Daigle et Sheldon Carter, publiée sur GameParallax à l’époque de la sortie du jeu, il y a tout juste un an.

1 Commentaire

  1. Vendu !

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